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Uber de Genève sous le choc: «Je vais aller à l'aide sociale»

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«Je vais aller à l'aide sociale»: les Uber de Genève sous le choc

Les chauffeurs de véhicules Uber dans le canton de Genève devront cesser leur activité samedi. L'Etat a gagné un procès contre la multinationale. Kader et Zouhair, directement concernés par cette décision judiciaire, dénoncent tous deux cette situation, mais pas pour les mêmes raisons.
03.06.2022, 20:4304.06.2022, 11:49
Jonas Follonier
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Zouhair (la bonne quarantaine) et Kader (un peu plus jeune) conduisent des voitures Uber à Genève, en tant qu'indépendants. Dès samedi soir, ils ne pourront plus exercer leur métier, comme tous leurs collègues du canton. En cause, la décision du Tribunal fédéral tombée ce vendredi, reconnaissant les chauffeurs Uber comme des salariés et obligeant ainsi la branche des chauffeurs privés à Genève à cesser toute activité dès ce samedi 3 juin tant que l'entreprise ne sera pas conforme à la loi genevoise sur les taxis et les voitures de transport avec chauffeur (LTVTC).

Pas le temps de se préparer

Joint pour watson, Kader, propriétaire de deux véhicules, commente cette victoire de l'Etat de Genève. «Cette décision me semble drastique par son caractère instantané. On aurait très bien pu prendre la même décision, mais offrir un petit moment aux chauffeurs, en leur donnant un mois pour se préparer à la suite.» Le chauffeur indépendant critique également un autre aspect de la décision du jour:

«Il y a quasi 1500 chauffeurs actifs à Genève, 90% d'entre eux vont se diriger vers l’hospice général. Le manque à gagner, c’est donc l’Etat qui va le payer. Sans parler de la moitié des Genevois qui sont passés du taxi à Uber.»

Autrement dit, la société Uber est moins impactée par ce verdict que les personnes qui travaillent pour elle. Et selon Kader, il y a un deuxième perdant, après les chauffeurs: c’est l’Etat. Un fait que relève aussi Zouhair:

«Les vrais perdants sont les chauffeurs Uber. Et les seuls gagnants sont les taxis.»

Pour lui, on devrait plutôt parler d'échec de la part de l'Etat, plutôt que de victoire. «Il n'y aura qu'à voir lundi, quand 500 personnes seront arrivées au centre d'aide sociale.»

Le statut des chauffeurs,
la vraie question?

Après la colère quant à la situation présente, vient la réflexion sur le fond. En aucun cas Kader ne remet la justice suisse en question. «Quand on voit les conditions de travail des professions ubérisées de manière générale, on est évidemment favorable à la demande de l'Etat qu'Uber déclare ses employés.» Si notre interlocuteur sait que certains employés ne partagent pas son avis, il pense néanmoins représenter une nette majorité:

«C’est beaucoup plus rentable d’être salarié. Et plus sûr: regardez ce qu'on va vivre maintenant.»

Son collègue, lui, est en désaccord profond avec cette idée. Pour Zouhair (et il estime aussi son opinion majoritaire parmi les chauffeurs Uber), être salarié n'est pas souhaitable. «Actuellement, c'est nous qui acceptons telle ou telle course. Etre salarié d'une multinationale comme Uber, cela impliquerait d'accepter tout ce que nous dit d'accepter l'employeur!» On le voit, le tableau des sensibilités parmi les personnes concernées n'est pas unicolore.

Et maintenant?

Il faut dire qu'Uber est en procès depuis des années. «On est arrivés à la conclusion d'un bras de fer sans fin», constate Kader. Une situation étonnante? Non. «Dès qu’il y a un endroit où ça ne fonctionne pas avec l'Etat, l'entreprise se tire. Pourquoi? Parce que si elle se met en conformité, elle est censée le faire aussi dans les autres pays.» Zouhair approuve. Pour lui, cela ne serait pas arrivé sans la démarche des politiques, qu'il considère d'ailleurs comme des menteurs:

«Tout ce que l'Etat veut, c'est qu'Uber paie des impôts à Genève. Après avoir imposé une taxe, qu'il a ensuite jugée insuffisante, il nous a instrumentalisés nous, les chauffeurs.»

Ce que Zouhair compte faire maintenant? «Même si je préfèrerais rester indépendant, je vais me préparer à l'examen de taxi. Mais ce sera en octobre. Donc entre-temps, je vais aller toquer à la porte de l'hospice, et ce n'est pas de gaîté de cœur.» Quant à Kader, il a d'autres plans. Une chose est sûre: nos deux interlocuteurs sont convaincus qu'ils vont s'en sortir d'une manière ou d'une autre. «On est des battants!», sourit Kader, avant de laisser place à la tristesse: «Mais si vous saviez comment je suis alarmé pour mes collègues.»

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