DE | FR
Fondation Bartimée

Image: Youtube

Elle déballe tout sur les méthodes douteuses d'une fondation vaudoise

Le Canton de Vaud a ouvert une enquête sur d'importants dysfonctionnements au sein d'une fondation accueillant des personnes souffrant d'addiction, dont des individus condamnés. watson a rencontré l'ex-employée dont la ténacité a fait bouger les choses. Le directeur reconnaît un «souci d'encadrement».



Mobbing, conditions de travail inquiétantes et menaces de mort, ce mardi, 20 Minutes dévoile les graves dysfonctionnements qui secouent la fondation Bartimée à Grandson (VD). Spécialisé dans la lutte contre les addictions, l'institut accueille également des personnes souffrant de troubles mentaux et ayant été condamnées par la Justice pour des crimes ou des délits. La personnalité du directeur «aussi génial que maléfique» est notamment pointée du doigt par les nombreux témoignages d'anciens employés.

«Il traite les gens sur le terrain comme des moins que rien. Il est dénigrant, lunatique et très méprisant»

Une ex-employée dans 20 Minutes

Le Canton de Vaud, qui participe au financement de la fondation, a confirmé à 20 Minutes qu'une procédure était en cours. Les faits auraient pourtant déjà été dénoncés en 2016, sans résultat. Si cette affaire a finalement éclaté au grand jour et qu'une enquête officielle a été lancée, c'est en grande partie grâce à l'acharnement d'Estelle*, une ex-employée de l'institution. watson a pu la rencontrer.

Trop de souffrance
pour ne rien faire

À l'été 2020, en compagnie d'une collègue, la jeune vaudoise a tenté d'alerter une première fois le canton des dysfonctionnements de l'institution. Malgré une réponse du service compétent, la situation n'a pas évolué. Enervée mais pas surprise par le manque de réaction des autorités, Estelle a persévéré ce printemps en alertant un autre service et en menaçant de parler à la presse si rien n'était fait. Elle explique:

«J'ai démissionné, mais je ne pouvais pas tourner la page en me disant que le système était aussi pourri. Je savais qu'il y avait des gens auxquels je tenais - autant des résidents que des collaborateurs - qui souffraient là-bas et je ne pouvais pas les laisser comme ça. Et j'avais tellement subi que j'avais besoin de me défendre et de me dire que j'avais changé les choses pour être en accord avec moi-même.»

La jeune femme a travaillé durant plusieurs années au sein de la fondation Bartimée en parallèle de ses études. Au début, cela ne devait être qu'un petit job de veilleur, payé 130 francs par nuit. Mais l'institution est très vite devenue omniprésente dans son quotidien. «J'y pensais 24 heures sur 24, c'était un stress permanent. À chaque fois, j'avais la boule au ventre plusieurs jours avant de devoir y aller», confie-t-elle.

«Je me sens extrêmement coupable, tout ça n'est pas normal, je le savais et pourtant j'ai continué parce que j'avais besoin d'un petit boulot»

Tout comme ses anciens collègues interrogés par 20 Minutes, Estelle décrit le mobbing dont elle a été la cible de la part de certains de ses responsables, notamment du directeur, ultra-colérique. «C'était un climat de peur total et la hiérarchie minimisait toujours ce qu'on avait vécu.»

Des responsabilités impossibles à gérer

La jeune femme raconte également avoir souffert des problèmes d'effectifs, de la désorganisation et du manque d'encadrement régnant au sein de l'institution. Des maux qui se répercutent inévitablement sur les conditions de travail et la sécurité des employés mais aussi sur le bien-être des résidents.

«La pratique au sein de la fondation était très loin de mes valeurs. C'était une course permanente donc c'était impossible de bien faire»

Alors qu'elle n'a aucune formation dans le domaine de l'addiction, Estelle se retrouve à gérer des situations qui la dépassent. Par exemple, elle doit assurer l'accueil et la surveillance médicale de résidents censés être abstinents qui ont consommé des stupéfiants et qui refusent de lui dire lesquels.

Elle doit également administrer de la méthadone, un substitut aux opiacés qui peut s'avérer très dangereux en cas de mauvais dosage. Et si elle est en mesure d'assurer cette tâche, car elle a travaillé dans le domaine médical par le passé, Estelle affirme que ce n'est pas le cas de certains de ses ex-collègues qui ont une formation insuffisante, voire aucune.

Nuit d'horreur à la fondation

«Pour vous rendre compte, j'aimerais juste vous raconter une de mes pires soirées à la fondation: j'ai été réveillée en pleine nuit par un résident qui me dit qu'il faut vite venir. Je me lève et, au milieu du couloir, il y a un autre résident allongé dans une mare de sang. Mon collègue fait ce qu'il peut, mais il n'a aucune formation médicale alors je prends les choses en main. Le résident a le cœur qui bat, mais il ne respire plus. Il a un énorme caillot de sang dans la bouche. J'y vais avec les doigts et je lui enlève. Il reprend sa respiration, l'ambulance arrive, mais il décède quand même quelques heures plus tard. Il avait un cancer en phase terminale sauf que personne ne nous l'avait dit. Mon collègue était choqué, alors, au milieu de la nuit, j'ai passé deux heures à nettoyer le sang. Il y en avait des litres, partout: sur le sol, dans le lavabo, dans sa chambre. C'était vraiment traumatisant. Le pire, c'est l'odeur. Même encore aujourd'hui, j'en ai des flashbacks. J'ai eu une première formation dans le domaine médical alors j'ai essayé de faire au mieux. Mais si ce n'avait pas été moi?»

Menaces de mort et harcèlement sexuel

Estelle explique aussi que l'un des résidents intimidait régulièrement les employés, physiquement ou verbalement, allant parfois jusqu'aux menaces de mort. «On peut aussi parler d'harcèlement sexuel, il avait des gestes ou des propos déplacés envers les femmes», ajoute-t-elle. Bien que rapportées à sa hiérarchie, ces attitudes n'étaient jamais sanctionnées d'après elle.

«Au printemps, des collègues m'ont rapporté des menaces de mort à mon égard. J'ai été au travail en croyant que c'était mon dernier jour... Alors j'ai démissionné»

Poussée à bout par son travail, Estelle assure être passé à deux doigts du burn-out et avoir failli rater ses études à cause de cela. Pour se remettre sur pied, la jeune femme a pu compter sur l'aide d'une psychologue . «C'est elle qui a identifié que si ça n'allait pas dans ma vie, c'était à cause de ce qu'il se passait là-bas. Elle était vraiment choquée et ça m'a permis de réaliser que ce n'était pas moi qui n'avais pas les épaules, c'était juste que c'était humainement impossible de supporter ça.»

L'espoir de changer
le système

Aujourd'hui, la jeune femme poursuit ses études et a trouvé un nouveau petit job, dans le même domaine: «Le fonctionnement est totalement différent, c'est vraiment sain.» Elle confie que le but de sa démarche n'était pas de dénoncer des personnes mais bien le système, dans son ensemble, qui dysfonctionne à ses yeux.

«J'étais choquée qu'un truc pareil soit possible en Suisse et en plus durant des années»

«C'est objectivement pas normal que je puisse me retrouver toute seule, à 24 ans, à faire une sortie à Montreux avec huit résidents dont quatre qui ont commis des crimes, peut-être des meurtres. C'est moi qui dois les garder à l'oeil? Mais je n'ai aucune autorité sur eux. Un drame comme l'affaire Adeline, c'est vite arrivé. Pour moi, c'est comme si on encourageait à ce que ça se passe...»

Au-delà des résultats de l'enquête menée par le canton de Vaud à l'encontre de la fondation Bartimée, Estelle espère donc des changements plus globaux dans la prise en charge des personnes souffrant d'addictions et des individus condamnés, bénéficiant de mesures thérapeutiques. «Il faut davantage de personnel formé, un meilleur encadrement et surtout des contrôles. Mais des contrôles qui ne soient pas annoncés à l'avance...»

«Nous avons un souci de personnel et d'encadrement», admet le directeur

Contacté, Bruno Boudier, directeur de la fondation Bartimée, confirme la procédure menée par le Canton de Vaud. «Comme dans beaucoup d'institutions traitant de la dépendance, nous avons un souci de personnel et d'encadrement», reconnaît-t-il. Mais le directeur affirme que la fondation travaille au quotidien pour tenter de résoudre le problème.

Interrogé sur les dysfonctionnements soulevés par ses ex-employés, Bruno Boudier explique devoir «vérifier» ce qu'il s'est réellement passé mais assure ne pas vouloir en nier la véracité: «S'ils l'ont vécu comme ça, c'est qu'il doit y avoir une forme de vérité. Il faut en prendre acte et travailler pour que cela ne se reproduise plus.»

Il souligne également que les formations obligatoires, notamment concernant les médicaments, ont dû être interrompues à cause du Covid mais ont pu reprendre depuis. En revanche, le directeur affirme que son devoir de réserve l'empêche de répondre aux accusations de mobbing le visant personnellement.






Le Japon

1 / 78
Le Japon
source: reddit
Share on FacebookShare on TwitterShare via WhatsApp

«Derrière mon succès sur TikTok, il y a une sorte de paranoïa»

Plus d'articles «Actu»

Aux Pays-Bas, le journaliste blessé par balles est décédé

Link zum Artikel

En Norvège, ne pas signaler ses retouches sur Insta peut coûter cher

Link zum Artikel

Droits LGBT: l'UE menace la Pologne et la Hongrie

Link zum Artikel

La pluie, c'est nul mais ça inspire de belles chansons! En voici 9

Link zum Artikel

Comment Pegasus prouve que l'Iphone n'est pas aussi sûr que le prétend Apple

Apple met régulièrement en avant la sécurité de ses smartphones. Le logiciel espion Pegasus a pourtant pu infiltrer l'Iphone en utilisant les failles de son système. Explications.

Malgré son prix, l'Iphone est loin d'être aussi inviolable que le prétend Apple. Voilà le constat qui s'impose à la suite des dernières révélations concernant Pegasus, ce logiciel espion développé par la société israélienne NSO et qui a infecté plus de 50 000 téléphones à travers le monde.

En juin dernier, l'épouse d'un activiste emprisonné au Maroc a reçu un iMessage malveillant qui n'a fait aucun bruit mais qui a permis à Pegasus de s'activer sur le téléphone. Dès ce moment-là, le …

Lire l’article
Link zum Artikel