Cette Romande a été expulsée de son Uber pour une raison insolite
Tout commence le vendredi 9 octobre en fin d'après-midi au centre de Lausanne. Géraldine doit se rendre à l'anniversaire de son frère et commande une voiture via l'application Uber. Elle emporte deux bouteilles de vin, bien rangées dans un sac. A l'arrivée du chauffeur, elle monte à l'arrière du véhicule. Les deux bouteilles s'entrechoquent alors légèrement.
Ce bruit attire aussitôt l'attention du conducteur, qui lui demande si elle transporte de l'alcool. Comme Géraldine acquiesce, il lui annonce alors qu'il refuse de la prendre en charge et la somme de descendre. D'abord stupéfaite, cette Lausannoise s'est exécutée sans insister lorsque son chauffeur Uber lui a demandé de descendre. Avec le recul, elle se dit choquée par son comportement.
Le second chauffeur, à qui elle explique l'incident, semble très étonné.
Ce refus, Géraldine peine à le comprendre. «Je ne faisais rien de mal ou d'illégal et je n'avais pas consommé d'alcool. Au nom de qui, de quoi, ce monsieur invente-t-il des lois?», s'indigne-t-elle. La Lausannoise pointe aussi une contradiction:
Et d'ajouter, en référence à la tradition viticole vaudoise: «Dans un canton producteur de vin comme le nôtre je trouve cela scandaleux et malvenu.»
Des convictions personnelles en cause?
Pourquoi ce chauffeur a-t-il refusé sa cliente? Etait-ce par conviction religieuse, par opposition personnelle à l'alcool ou pour une autre raison? Selon le récit de Géraldine, le conducteur ne lui a fourni aucune explication sur ses motivations.
L'affaire soulève néanmoins une question de fond: un professionnel du transport peut-il imposer ses propres interdits à ses passagers? Faudrait-il désormais préciser, lors d'une réservation, si l'on transporte de l'alcool ou certains aliments dans un sac?
Selon nos vérifications, Uber interdit dans sa charte générale le transport de récipients ouverts contenant de l'alcool. Cette disposition ne mentionne toutefois pas les bouteilles fermées. Reste à établir si des règles particulières s'appliquent aux chauffeurs exerçant en Suisse.
Uber Suisse réagit
Géraldine a signalé l'incident à la plateforme. Dans un premier message rédigé en anglais, Uber lui a présenté ses excuses et indiqué que son système éviterait désormais de la mettre en relation avec le même conducteur. Une mesure qui ne règle pas le problème: qu'adviendrait-il d'un autre client confronté à une situation similaire?
Sollicité par watson, le porte-parole d'Uber Suisse a transmis une prise de position écrite:
Mais surtout, l'entreprise nous affirme ceci:
Uber déclare aussi prendre ce signalement au sérieux:
La société ne nous précise toutefois pas quelles mesures pourraient être prises, ni si le conducteur a été contacté pour s'expliquer. Elle n'a pas non plus répondu aux questions de watson pour savoir si des incidents similaires c'était déjà produit en Suisse.
Des refus similaires ont déjà suscité des controverses ailleurs en Europe. En mai 2025, un chauffeur de bus parisien avait été sanctionné par la RATP après avoir refusé l'accès à une jeune femme dont il jugeait la jupe trop courte. En 2019, un autre conducteur avait été accusé d'un refus similaire, supposément motivé par ses convictions religieuses. Ce dernier avait contesté ces accusations et porté plainte.
Le cas lausannois illustre la difficulté de concilier les convictions individuelles et les exigences d'un service commercial. Sans connaître les motivations réelles du conducteur, impossible toutefois d'affirmer qu'il a agi pour des raisons religieuses et donc enfreint les directives d'Uber.
Quant à Géraldine, le constat est plus prosaïque: elle voulait simplement se rendre à un anniversaire avec deux bouteilles de vin.
