Noël à Lausanne: «On ne s'attendait pas à tant de réactions sensibles»
«Les wokes rouges-verts lausannois ont de la suite dans les idées.» Ce coup de gueule publié récemment sur Facebook, à propos de la possible disparition du mot «Noël» dans le nom des festivités lausannoises dès 2027, ne vient ni d’un Lausannois ni même d’un Vaudois. Son auteur est Damien Raboud, député UDC au Grand Conseil valaisan. Sous sa publication, les commentaires, eux aussi agacés, se sont multipliés.
Voilà qui aurait pu satisfaire les ambitions des porteurs du nouveau projet, désireux de faire rayonner les festivités hivernales bien au-delà de la capitale vaudoise. Et notamment grâce à une appellation anglophone, sauf qu'ils n’avaient visiblement pas imaginé la levée de boucliers provoquée par la révélation de ce nom de travail.
Posons tout d'abord le contexte. Après douze éditions, Bô Noël tirera sa révérence à la toute fin décembre 2026. Organisé depuis 2015 par l’agence lausannoise Trivial Mass, le marché de Noël cédera sa place à un nouveau concept, dès l'hiver 2027. Retenu à l’unanimité par la Ville parmi six candidatures, le projet de l’association Lausanne Winter, provisoirement baptisé «Lausanne Magic Winter», annonce vouloir étendre les festivités à l’échelle de la ville, de mi-novembre au 31 décembre. Le traditionnel marché de Noël restera au cœur du programme, enrichi d’animations et d’un spectacle de clôture. Le mandat confié aux nouveaux organisateurs court jusqu’en 2030.
Depuis cette annonce la semaine passée, des critiques se sont multipliées sur les réseaux sociaux. Deux éléments semblent cristalliser le mécontentement:
- La disparition du mot «Noël» dans l'appellation actuelle, perçue par certains comme une volonté d'effacer les racines chrétiennes de la fête.
- Le choix de l'anglais pour baptiser un événement ancré dans la capitale vaudoise.
Député et chef du groupe UDC au parlement vaudois, Cédric Weissert partage ces réserves:
Mais sa critique va au-delà du choix linguistique:
Selon lui, «à vouloir faire plaisir au plus grand nombre, on perd complètement l'essence même de cette fête». Le député ne se dit guère surpris que Lausanne ait franchi ce pas et affirme que, dans les villes à majorité de gauche, certains partis exerceraient une pression pour faire disparaître les références à Noël.
Et en Valais?
Son collègue de parti valaisan Damien Raboud va dans le même sens:
Observe-t-on une tendance similaire en terre catholique du Valais? Selon l'UDC Raboud, on y retrouve les mêmes «courants idéologiques» qui souhaitent «neutraliser» Noël. Il estime cependant que les traditions, dans les villages et les villes du Vieux-Pays, sont encore bien vivantes et les gens y sont fortement attachés. «Il est cependant évident que sans un travail de transmission, d’abord dans les familles, mais aussi par l’école et le monde politique, nous arriverons au même résultat que Lausanne à terme», redoute-t-il.
Surpris par l'ampleur des réactions agacées
Contacté par watson, Robin Moret reconnaît que la polémique a pris les organisateurs de court. Membre du comité de l’association Lausanne Winter aux côtés de Charles Jenny et Lionel Hofman, il nous confie: «On ne s'attendait pas à autant de réactions», tout en soulignant «l'attachement des Lausannois aux traditions de Noël». Il tient surtout à rassurer les sceptiques:
Quant au choix d'une appellation anglophone, il répond, selon le trentenaire, à l'ambition de créer un événement d'envergure locale, nationale et internationale, susceptible d'attirer aussi bien les Lausannois que les visiteurs suisses et étrangers. Mais le marché de Noël restera le «poumon» des festivités, promet Robin Moret. Le programme s'étendra de mi-novembre au 31 décembre, avec des décorations, des animations et plusieurs espaces de marché, ainsi qu'un spectacle de clôture. Les détails seront dévoilés en 2027.
Présidente de l’association des commerçants lausannois et membre du jury ayant sélectionné le projet, Anne-Lise Noz tient elle aussi à relativiser la controverse.
Elle insiste surtout sur les retombées attendues pour les commerces locaux, grâce à une manifestation destinée à attirer davantage de visiteurs, notamment alémaniques. «Nos commerces ont tout intérêt à ce que l’on parle du dynamisme de Lausanne en décembre», souligne-t-elle.
Le nombre de stands de restauration: sujet sensible!
Autre enjeu pour les nouveaux organisateurs: la place accordée aux stands de restauration et de boissons. GastroLausanne avait vivement critiqué leur multiplication au fil des éditions de Bô Noël, ainsi que les autorisations de diffuser de la musique en extérieur jusque tard dans la soirée, dénonçant une concurrence déloyale envers les établissements lausannois.
Robin Moret ne s'avance pas encore sur la répartition future des stands. «Nous allons travailler avec les associations faitières, dans le cadre d'une gouvernance collaborative, afin de définir un ratio équilibré», explique-t-il.
