«Ça va mal finir»: un conflit empoisonne ce quartier romand
«Ils roulent sur le trottoir, ils nous insultent. Jeudi dernier, ils sont restés jusqu'à 2 heures du matin. Les gens sont à bout», déplore Paul*, un habitant de Prilly (VD). Depuis plus d'un an, un groupe de mineurs et de jeunes adultes se réunit devant la Coop, au centre de la ville, et perturbe la tranquillité du voisinage. Des feux d'artifice ont été tirés sur la police, des containers incendiés, des détritus jonchent le sol au petit matin et des dérapages de scooters raisonnent jusque tard dans la nuit.
Pour étayer ses propos, Paul nous emmène à l'intérieur de l'immeuble appartenant à la Coop, situé derrière le centre commercial, à la rencontre d'autres voisins. Les tags sur les murs et les plafonds sautent aux yeux. «Des odeurs d'urine se dégagent parfois de la cage d'escalier», soupire Claude*.
Hausse des sollicitations
Du côté des habitants, la situation semble s'être détériorée depuis 2026. La Municipalité de Prilly et la Police de l'Ouest lausannois (POL) insistent toutefois sur le fait que l'augmentation des nuisances et des troubles à l'ordre public ne peut être établie statistiquement. En revanche, le volume des appels et des sollicitations du voisinage est en hausse. Une «recrudescence» qui s'est «particulièrement manifestée durant la période estivale», précise le lieutenant Berney.
Parmi les profils des fauteurs de troubles, on retrouve des mineurs, mais surtout des majeurs en recherche d'emploi, en réinsertion professionnelle ou à l'aide sociale (AI) pour la plupart. Des garçons qui habitent principalement Prilly ou les communes voisines, détaille la POL.
«Les habitants décrivent des nuisances répétées dans la nuit qui perturbent leur sommeil, affectent leur santé, leur vie familiale et leur capacité à travailler dans de bonnes conditions», explique Lumia Claramunt, vice-syndique en charge notamment de la sécurité.
L'arrivée de l'hiver
Claude et sa compagne Lucie* envisagent justement de déménager. Sylvio*, lui, s'en ira prochainement. Il assure que ce n'est pas dû aux nuisances, mais reconnaît se réjouir de partir. «Tant que ma fille n'est pas rentrée, je ne dors pas», se désole-t-il. En cause: la présence, certains soirs, d'un groupe pouvant aller jusqu'à 20 personnes devant la porte de l'immeuble. Et avec l'arrivée de l'hiver, les voisins craignent un déplacement à l'intérieur du bâtiment.
Malgré les interventions de la police, les prises de contact avec la gérance et, plus récemment, avec les autorités communales, les quatre voisins ont l'impression que rien ne bouge. Un sentiment partagé par Hector*, le gérant du bistrot qui donne sur la place devant la Coop. Chaque matin, il fait un tour du secteur pour récupérer les chaises piquées durant la nuit. Certaines sont cassées.
Pas de «baguette magique»
Le lieutenant Berney comprend que des incidents, comme un container en feu, puissent accroître le sentiment d'insécurité. A l'inverse, il conteste les critiques sur l'inaction de la police.
Les sanctions comportent des amendes pouvant aller jusqu'à 500 francs, des travaux d'intérêt général, la confiscation des scooters ou la prise de contact avec les représentants légaux lorsqu'il s'agit de mineurs.
Il assure que ses collègues gardent quotidiennement un œil sur la situation. Parfois, le dialogue est facile. A d'autres moments, les échanges sont plus compliqués, en particulier si de l'alcool est consommé.
Etre «tous ensemble»
Les principaux concernés sont bel et bien conscients du problème. Nous les rencontrons samedi 17 octobre vers 17 heures sous l'abri où ils se réunissent. Ils sont quatre, âgés de 16 à 17 ans. D'ici environ une heure, ils seront une dizaine, dont des majeurs. Certains arrivent masqués, puis découvrent peu à peu leur visage.
Confrontés aux nuisances et aux troubles à l'ordre public reprochés, ils reconnaissent en partie les faits, sans toutefois que l'on comprenne qui a réellement fait quoi. Ils rigolent, se renvoient la balle et évitent les détails. L'ambiance est bon enfant, les discussions fusent. Et le mécontentement gronde aussi de leur côté:
En effet, les jeunes racontent avoir été «virés» de plusieurs endroits avant de venir devant la Coop. «Nous voulons un lieu où nous pouvons être tous ensemble», confient-ils. Pourquoi ne pas se réunir à la maison de quartier de Prilly? «Parce qu'elle ferme trop tôt», répondent-ils à l'unisson. Les échanges avec les éducateurs pour une ouverture tardive n'auraient pas été concluants. «Regardez où on doit se poser», lance Luca, à moitié assis sur son scooter.
Et de critiquer le fait que les habitants les prennent en photo, les filment et les observent depuis les balcons: «Ils sont trop sur nos côtes», fustige Sébastien*. La majorité d'entre eux concède néanmoins que les déchets retrouvés le matin puissent déranger et qu'un grand groupe d'hommes soit impressionnant pour le voisinage.
Des rencontres prévues
En octobre, deux rencontres entre une vingtaine de jeunes et les équipes «Jeunesse, sport et cohésion sociale» de la commune de Prilly ont eu lieu. «Elles ont permis d'identifier, entre autres, un besoin de disposer de lieux où se retrouver», détaille la Municipale Lumia Claramunt. L'ouverture de l'Afterschool certains soirs de semaine est désormais envisagée.
En parallèle, les autorités municipales ont été en contact avec des habitants. Elles sont également en relation avec la Coop et la Police de l'Ouest lausannois. «Différentes mesures ont été prises, comme la fermeture du parking souterrain la nuit pour des raisons de sécurité», confirme Giovanni Iacomini, responsable communication de la Coop. Et à la vice-syndique d'assurer:
Afin d'informer le plus grand nombre, un point de situation sera fait fin octobre. Enfin, une première séance interprofessionnelle aura lieu le 11 novembre. Elle réunira notamment la POL, les services communaux, les professionnels de la jeunesse et les représentants de la Coop.
(*prénoms d'emprunt)
