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Nous avons rencontré Eliane, codirectrice de l'association LISA à Lucerne.
Nous avons rencontré Eliane, codirectrice de l'association LISA à Lucerne.
Work in progress

«Le Covid a poussé presque toutes les travailleuses du sexe dans la précarité»

Eliane Burkart est assistante sociale HES et, depuis peu, codirectrice de l’association LISA. Cette dernière s’engage pour de meilleures conditions de vie et de travail des travailleuses et travailleurs du sexe. Un regard en coulisse et une discussion sur une carrière un peu particulière.
19.04.2022, 11:0019.04.2022, 11:32
Larissa Speziale
Larissa Speziale
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L’association LISA (Luzerner Verein für die Interessen der Sexarbeitenden ou Association lucernoise pour les intérêts des travailleuses et travailleurs du sexe) s’engage pour l’amélioration des conditions de vie et de travail des travailleuses et travailleurs du sexe dans le canton de Lucerne. Ses quelque 20 collaboratrices et collaborateurs sont en contact direct avec les personnes exerçant cette profession.

LISA prodigue, par exemple, des conseils et propose des repas de midi hebdomadaire, dans un container ou encore dans la rue. S’y ajoutent des consultations gynécologiques, un bureau de conseil et une offre de prévention santé dans tous les établissements érotiques du canton. LISA est dirigée par Daniela Gisler et Eliane Burkart, toutes deux assistantes sociales. J’ai rencontré Eliane Burkart pour en savoir plus sur son quotidien professionnel et ce qui l’a mené au travail du sexe.

Eliane, où en est la prostitution de rue?
La pandémie a déclenché des crises existentielles chez presque tous les travailleuses et travailleurs du sexe. Nombre de ces personnes travaillent selon une procédure d’annonce et sont donc passées à travers les mailles du filet. Du jour au lendemain, elles n’ont plus eu de revenu, mais n’ont touché aucune indemnité. Et la plupart d’entre elles n’avaient pas d’économies. Personne ne savait combien de temps l’interdiction d’exercer allait durer. Aujourd’hui encore, nombre de travailleuses et travailleurs du sexe ont, à juste titre, des angoisses existentielles. Les «affaires» n’ont pas encore vraiment repris. Leur situation de travail est devenue plus précaire. La clientèle a changé: certaines personnes essaient de négocier et de faire baisser les prix, ou exigent des rapports sexuels sans préservatif.

Comment l’association LISA a-t-elle apporté son aide pendant la crise?
Pendant le confinement, nous avons tout de suite mis sur pied un fonds d’aide d’urgence et cherché explicitement à récolter des dons à cet effet. Pendant un certain temps, nous avons payé les primes d’assurance maladie des travailleuses et travailleurs du sexe et avons contribué à leur loyer. Nous avons aussi remis des bons alimentaires Caritas. Désormais, nous essayons de faire prolonger les allocations pour perte de gain. Ces aides ont certes été peu élevées, mais elles ont contribué à une certaine stabilité.

Tu es codirectrice de l’association LISA depuis six mois. Comment as-tu obtenu ce poste?
J’ai commencé par un apprentissage de commerce, puis travaillé dans une école. J’ai ensuite étudié le travail social à la Haute Ecole de Lucerne. Pendant nos études, nous avons eu la possibilité d’effectuer un stage à l’étranger ou de participer à un projet en Suisse. Je voulais partir à l’étranger et travailler avec des femmes. J’ai donc procédé à des recherches et sur Google, je suis sans cesse tombée sur le centre pour femmes Olga à Berlin. Il s’agit d’un point de contact et de conseil pour les femmes toxicomanes, les femmes transsexuelles et les travailleuses du sexe à la Kurfürstenstrasse, en plein centre-ville. Je m’intéressais déjà au travail du sexe et j’ai envoyé une candidature spontanée, et j’ai été engagée. Ce thème m’a beaucoup touchée.

A mon retour, l’association LISA cherchait des conseillères et conseillers pour le container. J’ai commencé par être payée à l’heure et exerçais un autre travail en parallèle. J’ai ensuite obtenu un CDI et suis devenue directrice suppléante. Quand la directrice d’alors, Birgitte Snefstrup, a pris sa retraite, Daniela et moi avons postulé comme codirectrices.

Quelles sont tes tâches?
En premier lieu, je dirige l’association. D’une part, je gère et développe nos offres et je me charge du personnel. D’autre part, nous sommes bien ancrés dans un réseau régional et national et, au sein de celui-ci, discutons de notre évolution. Nous sommes responsables de la gestion des membres et de la collecte de fonds. LISA n’est que partiellement financée par l’Etat. Nous devons donc prendre les choses en main et dépendons des dons des particuliers et des fondations.

Enfin, nous nous engageons auprès des autorités et du monde politique pour de meilleures conditions de vie et de travail des travailleuses et travailleurs du sexe; nous leur donnons ainsi une voix.

Es-tu encore en contact avec les travailleuses et travailleurs du sexe?
Oui, Daniela et moi tenons à travailler sur le terrain. C’est pour cela que nous avons voulu être codirectrices. Nous consacrons une partie de notre temps de travail au conseil dans notre container et dans la rue. Nous effectuons aussi des entretiens de conseil dans notre bureau. Et parfois, je me rends dans les établissements érotiques. Cela nous permet de connaître leurs besoins et d’en savoir plus sur les conditions de vie et de travail des travailleuses et travailleurs du sexe.

Quels sont tes plus grands défis?
Mon objectif consiste à communiquer que les humains sont tous égaux, quel que soit le travail qu’ils exercent. Le travail du sexe reste très stigmatisé. Je veux que cela change. C’est la raison pour laquelle j’en parle, même si cela est parfois mal vu. Je tiens à expliquer les choses et à m’engager pour les personnes qui sont poussées aux marges de la société. C’est épuisant, mais il reste encore beaucoup à faire.

Un autre défi est le financement de notre association. Nous sommes d’avis que nos offres devraient être financées par le secteur public. En effet, la santé publique profiterait du fait que l’on se préoccupe des conditions de vie et de travail des travailleuses et travailleurs du sexe. Ces conditions se répercutent autant sur la santé de ces personnes que sur celles de la clientèle, de leur conjointe ou conjoint et de leur famille.

J’imagine que, parfois, ton travail te pèse. Comment t’en détaches-tu?
Je n’y arrive pas tous les jours. Quand on est passionné par son travail, il est difficile de s’en détacher. Je suis mère, ce qui m’aide. Dès mon retour à la maison, je retrouve mon rôle et mes tâches maternelles et je ne pense plus au travail. Pourtant, certaines situations ou histoires me touchent plus que d’autres. Par chance, nous sommes une très bonne équipe et je ne suis pas seule à porter ce poids.

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