On a testé le Nightjet des CFF et c'était «l'enfer»
Voyager en train de nuit et profiter du romantisme de la grande époque. C'est ce qu'espéraient nos deux journalistes avant d'embarquer à bord du Nightjet des CFF à destination d'Hambourg. Mais rien ne s'est vraiment passé comme prévu: au moins l'une d'entre elles renoncera à l'avenir aux voyages nocturnes.
Le voyage chaotique de Rahel Empl
On ne m'y reprendra plus. Avant de réserver, je m'étais laissé guider par la nostalgie et le romantisme. Partir pour Hambourg en train de nuit pendant les vacances d'automne semblait une excellente idée.
A nous le merveilleux voyage dans le temps: adolescente, dans les années 1990, je faisais souvent cela, par exemple pour rallier Rome ou Amsterdam.
Pour notre voyage de fin d'études, on avait pris le luxueux Pau Casals, qui nous avait emmenés sans secousses, comme en flottant, à Barcelone. A l'époque, il fallait facilement compter 800 francs pour traverser l'Europe en avion. Le train constituait à l'inverse une solution plus abordable.
Les teints de mon mari et moi ont pâli en payant, au guichet des CFF, les billets pour le Nightjet des Chemins de fer fédéraux autrichiens (OBB) entre Zurich et Hambourg. 390 francs pour un compartiment double avec lavabo privé et petit paquet de bienvenue, aller simple, pour deux personnes. Mon mari a alors murmuré:
Mais j’ai insisté. Parce que, «tu te rends compte comme c’est romantique», de voyager en train de nuit. Et puis, l’idée d’arriver reposés le lendemain pour découvrir Hambourg nous séduisait. Ça devait bien valoir ça, pour nous et pour notre conscience écologique.
Quelle idiote.
J'ai dormi une heure tout au plus cette nuit-là. Et je n'ai pas vraiment fait l'expérience d'un retour dans le passé, plutôt celle d'une autoroute de l'enfer. Secousses, freinages constants, inclinaisons dans les virages, ronflements dans le compartiment d'à côté…
Tout cela ne perturbait pas mon sommeil d'adolescente de l'époque, mais à 46 ans, c'est une autre histoire.
Quelques points à améliorer
Le Nightjet n'y peut rien si, à mon âge, je suis si sensible. Il peut en revanche faire quelque chose pour tout le reste. Par exemple pour ces draps qui démangent horriblement. Ou pour la porte des toilettes, et son design années 1990. Impossible de la fermer correctement. Elle n'arrêtait pas de s'ouvrir et se refermer bruyamment pendant la nuit.
Au vu du tarif, je m'attendais à une cabine confortable avec des espaces de rangement et une liberté de mouvement raisonnable, mais une fois qu'on a rangé nos valises (pourtant pas si gigantesques), on ne pouvait plus se tourner. Le pire: la moquette de la cabine, qui dégageait une odeur désagréable. Et ce qui m'a achevée, c'est qu'on n'était pas seuls, comme prévu. Un milliard de micro-bestioles nous tenaient compagnie.
Peut-on faire plus insalubre? La gorgée de prosecco de notre pack de bienvenue n'a pas aidé. Puisqu'en fait, ce n'était pas du prosecco, mais un mousseux allemand que je ne supporte pas.
On ne me fera donc jamais remonter dans un Nightjet. A moins d'avoir avalé des somnifères. Ou à moins que ma collègue, Stephanie Schnydrig ait quelque chose de plus positif à raconter. Il y a quelques jours, elle a testé une couchette individuelle dans le nouveau train.
Le voyage désenchanté de Stephanie Schnydrig
A la base, je considère les trains de nuit comme une formidable promesse. Chaque fois que je lis les destinations; Amsterdam, Vienne ou Budapest sur le tableau d'affichage de la gare, je me dis:
C'est bien sûr presque trop beau pour être vrai. Chaque mythe romantique de ce genre s'accompagne d'histoires presque horrifiques, comme celle de ma collègue, Rahel Empl.
Mais, désormais, selon la promesse des CFF, tout va s'améliorer. Le Nightjet nouvelle génération, déjà en service sur le réseau OBB, relie depuis peu Zurich et Bâle à Hambourg. D'autres liaisons vers Vienne et Amsterdam devraient suivre en 2026. Les CFF parlent du «train de nuit le plus moderne d'Europe».
Ils sont particulièrement fiers d'une nouveauté: les «mini cabines», qui offrent «un confort et une intimité maximaux aux voyageurs seuls dans un espace réduit». Elles intègrent une table rabattable pour le petit-déjeuner, un miroir et une lampe de lecture personnelle. Pour les voyageurs à deux, on peut même les relier entre elles grâce à une porte coulissante.
Bon, alors essayons.
Il est 20h30 un jeudi soir à Zurich, l'inauguration de la ligne Zurich-Hambourg est imminente. Lorsque le convoi arrive, je monte, pleine d'espoir. Mais dans le wagon avec les mini-cabines, mon enthousiasme s'envole rapidement. Rien ne ressemble à un train de nuit, mais plutôt à un hôtel capsule sur rails.
Les hôtels capsules, aussi surnommés «hôtels cercueil», sont des formes d'hébergement ultra-compactes particulièrement répandues au Japon. Conçus pour les petits budgets là où l'espace se fait rare, ils se situent à proximité des gares ou des quartiers «chauds». En Suisse, on en recense trois: à Zurich, Bâle et Lucerne.
Un persistant problème de porte
Désormais, il y en a un quatrième qui se déplace, me dis-je en parcourant l'étroit couloir. A ma gauche, les alvéoles à deux étages qui servent de couchettes. Ma cabine se trouve en bas. Le contrôleur me tend une carte à puce qui permet à la fois de déverrouiller la porte et les minuscules compartiments à bagages. «En principe», faut-il préciser. Car, lorsque je vais rapidement aux toilettes et que je reviens, la porte est bloquée. La carte clignote, mais rien ne bouge. Mon voisin de capsule connaîtra plus tard le même problème. Heureusement, le contrôleur n'est pas loin et me laisse rentrer.
Je commence alors à m'installer dans ce que je surnomme déjà «micro cabine» intérieurement. Elle est en effet très étroite, même pour mon 1,63 mètre. Pour faire le lit, je dois veiller à ne pas me cogner les coudes, les pieds ou la tête.
Il n'y a pas davantage de place pour les bagages. Deux petits casiers trônent devant les cabines, l'un pour les chaussures, l'autre pour les bagages à main. Mais ma grosse veste ne rentre dans aucun des deux, alors je la fourre à côté de moi dans la couchette. Les voyageurs qui ont beaucoup d'affaires peuvent en revanche les ranger dans un compartiment spécial; idem pour les vélos et les équipements sportifs.
Une nuit difficile
Avant d'aller me coucher, je commence à me sentir un peu mal à l'aise en fermant la porte de l'intérieur.
J'éteins la lumière et essaie de ne plus y penser. Mais pas moyen de trouver le sommeil.
La climatisation souffle sans discontinuer et je ne trouve pas l'interrupteur. Je grelotte sous la fine couverture. Comme personne n'occupe le lit supérieur, j'en profite et utilise un drap et une couverture supplémentaires… j'ai finalement suffisamment chaud pour m'endormir d'un sommeil agité.
Le lendemain matin, à huit heures, le Nightjet arrive à l'heure à la gare d'Hambourg-Altona. Auparavant, nous avons eu droit au petit-déjeuner classique: un petit pain blanc sec, du beurre, de la confiture, du café. Je ne veux pas me plaindre. Après tout, on nous l'a servi au lit, mais à peine arrivée en ville, j'entre dans un joli café pour m'offrir un latte et peux enfin profiter de la promesse de ce mode de déplacement: savourer Hambourg, véritable joyau pendant l'Avent avec ses marchés de Noël.
Un trajet de retour redouté
Peu avant minuit, j'embarque à nouveau pour Zurich. Pas vraiment dans mon assiette sur le quai, je redoute de revivre la même chose dans l'autre sens. Mais je dois avouer m'être déjà un peu habituée au côté exigu. Le retour se passe nettement mieux, je m'endors plus rapidement et je suis étonnamment reposée à mon arrivée en Suisse le lendemain matin.
Conclusion: je reprendrai probablement le Nightjet malgré tout. Y compris en mini-cabine. Car son prix est tout à fait comparable à celui d'un billet d'avion: en réservant assez tôt, on peut trouver une cabine à partir de 57 francs. Il est tout de même plus probable cependant que je craque pour une classe supérieure. Par exemple, une couchette privée «Comfort» à partir de 124 francs par personne, avec toilettes et douche privées? Oui, pourquoi pas. Pour que mon rêve romantique du train de nuit puisse continuer.
(Traduit et adapté par Valentine Zenker)
