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Une énorme catastrophe couve en mer Rouge et la Suisse rechigne à aider

L'ONU a besoin d'argent pour transférer le pétrole d'un vieux pétrolier sur un autre navire au large des côtes du Yémen. Si l'opération de sauvetage n'a pas lieu à temps, une énorme catastrophe écologique risque de se produire. La Suisse a jusqu'à présent accordé 300 000 dollars - d'autres Etats versent des millions.
03.07.2022, 08:00
Chiara Stäheli / ch media

«Le monde doit agir maintenant ou la bombe à retardement ne s'arrêtera pas». Des mots forts adressés par les Nations Unies à la mi-mai à plus de vingt pays invités - dont la Suisse - lors d'une conférence des donateurs. La raison de cette inquiétude? Un pétrolier de plus de 40 ans qui se trouve depuis 2015 à environ sept kilomètres des côtes du Yémen, en mer Rouge. Le pétrolier, baptisé «FSO Safer», a longtemps été utilisé comme station de stockage et de transbordement de pétrole, mais il se trouve aujourd'hui dans un état délabré et n'est plus en mesure de manœuvrer.

Près de 140 000 tonnes de pétrole brut sont actuellement stockées sur le pétrolier «FSO Safer» sur la mer Rouge.
Près de 140 000 tonnes de pétrole brut sont actuellement stockées sur le pétrolier «FSO Safer» sur la mer Rouge.photo: keystone

Selon les estimations de l'ONU, le navire chargé de plus de 140 000 tonnes de pétrole brut pourrait s'effondrer ou exploser d’ici peu. Il s'ensuivrait une énorme catastrophe écologique sous la forme d'une marée noire. Celle-ci ne dévasterait pas seulement les communautés de pêcheurs sur la côte yéménite de la mer Rouge, détruisant ainsi les moyens de subsistance de plusieurs centaines de milliers de personnes, mais aurait également un impact massif sur la vie marine.

«Une marée noire provoquerait une catastrophe humanitaire et écologique et entraînerait des coûts économiques considérables dans toute la région»
L'équipe de l'ONU au Yémen met en garde.

Ceux-ci devraient se chiffrer en milliards de dollars.

Le pétrolier au large des côtes du Yémen

Graphique: chi, source: UN

La Suisse contribue à hauteur de 300 000 dollars

Pour éviter une telle catastrophe, l'ONU a besoin d'argent. Elle s'est chargée du problème, car le Yémen, véritable propriétaire du pétrolier, n'est pas en mesure de le faire en raison de la guerre civile qui perdure. Dans une première phase, 80 millions de dollars sont nécessaires. C'est le montant requis pour pomper le pétrole du pétrolier vers un autre navire et pour nettoyer les citernes du «FSO Safer» après le transbordement. Comme Russell Geekie, porte-parole principal de l'ONU au Yémen, l'a confirmé, les Etats membres ont jusqu'à présent contribué ou promis environ 60 millions de dollars. Sur cette somme, la Suisse met 300 000 dollars à disposition.

L'organisation de protection de l'environnement Greenpeace est déçue par la Suisse: «Nous ne comprenons pas pourquoi la Confédération n'a accordé que 300 000 francs à l'ONU. Pour d'autres Etats, la protection de l'environnement et de la population a plus de valeur». A titre de comparaison, l'Allemagne verse 8,4 millions de dollars, les Pays-Bas 7,9, la Grande-Bretagne 5 et la Suède 3,1. Les plus gros donateurs sont les Etats-Unis et l'Arabie saoudite avec 10 millions de dollars chacun.

Dans une lettre, Greenpeace demande au ministre des Affaires étrangères et président de la Confédération, Ignazio Cassis, d'augmenter «substantiellement» ce montant afin d'éviter une catastrophe écologique en mer Rouge. A noter que l'aide humanitaire de la Suisse s'engage depuis des années au Yémen.

«Si le pétrolier venait à s'effondrer, tout cet engagement n’aura servi à rien»
Greenpeace

Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) relativise: «Les autres pays européens ont en partie accordé des fonds d'un montant équivalent ou ont complètement renoncé à des contributions». En outre, la Suisse aide l'ONU à établir des contacts avec des entreprises qui pourraient devenir d’éventuels donateurs. Du point de vue du DFAE, «le sauvetage du pétrolier ne peut pas dépendre uniquement des fonds publics». La solidarité d'acteurs privés est également nécessaire «pour que les Etats n'aient pas à puiser dans les finances prévues pour couvrir les besoins humanitaires considérables des habitants du Yémen».

Le temps presse

Alors que la Suisse se retire de cette responsabilité, Russell Geekie, du bureau de l'ONU au Yémen, lance l'alerte: «C’est une course contre la montre, car la question n'est pas de savoir si le pétrolier va s'effondrer ou exploser, mais quand». Il est donc impératif, selon lui, d'obtenir les fonds avant la fin juin. Car pour une opération de sauvetage, les conditions météorologiques doivent également être favorables. Selon Geekie, la période allant jusqu'à l'automne serait optimale, mais ensuite, cela deviendrait difficile:

«Les courants et les vents forts vers la fin de l'année augmentent la probabilité que le navire s'effondre et rendent le travail de l'équipe de sauvetage encore plus dangereux»

Pour obtenir le plus rapidement possible les 20 millions de dollars restants, l'ONU a lancé un crowdfunding en ligne. Les particuliers peuvent participer financièrement à l'opération de sauvetage. En outre, le crowdfunding doit servir à «sensibiliser les gens au problème et à encourager des contributions supplémentaires de la part des États membres et des entreprises privées», explique Russell Geekie.

Si l'on parvient à réunir les 80 millions de dollars d'ici fin juin, l'opération de sauvetage sera lancée. Celle-ci devrait durer environ quatre mois. Selon les estimations des experts de l'ONU, 64 millions de dollars supplémentaires seront nécessaires pour ensuite remorquer le pétrolier et l'éliminer.

Le total de 144 millions de dollars ne représente toutefois qu'une fraction des coûts qu'engendrerait une explosion du pétrolier. L'effort financier pour le nettoyage de la mer est actuellement estimé à 20 milliards de dollars. Selon les calculs de l'ONU, il faudrait plus de 25 ans pour que les populations de poissons se reconstituent. Et ce qui inquiète surtout les experts, c'est qu'une marée noire aurait pour conséquence la fermeture des ports proches. L'approvisionnement du pays en denrées alimentaires, en carburant et en biens de première nécessité serait considérablement restreint. C'est pourquoi le bureau de l'ONU au Yémen écrit:

«Si plusieurs dizaines de millions de dollars sont mis à disposition maintenant, ce sont plusieurs milliards de dollars que nous pourrons économiser à l'avenir»

(aargauerzeitung.ch)

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