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«L'échec de Zurich montre qu'Extinction Rebellion a peu d'avenir en Suisse»

Extinction Rebellion l'avait annoncé en grande pompe, ils voulaient bloquer Zurich pour forcer la main du Conseil fédéral sur les questions climatiques. Mais à peine quelques centaines de personnes, principalement romandes, se sont mobilisées. Autopsie de ce qui ressemble, pour le moment, à un échec.
07.10.2021, 05:5107.10.2021, 18:05
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«Intimidante et historiquement sans précédent». Voilà les mots choisis en juin dernier par Extinction Rebellion pour présenter sa volonté de paralyser Zurich dès le 4 octobre. L'objectif? Obliger le Conseil fédéral à déclarer l'état d'urgence climatique. Au soir du troisième jour, force est de constater que, pour l'instant, leur action n'a pas le succès espéré. Nos Sept sages n'ont absolument pas bronché et la mobilisation n'est pas celle à laquelle on pouvait s'attendre.

A la veille du blocage, le mouvement annonçait que plus de 400 Suisses étaient prêts à agir. Finalement, lundi, seules 200 personnes s'asseyaient dans les rues de Zurich pour tenter de bloquer le centre-ville. Ce mercredi, ils n'étaient plus que 100 et ont été interceptés par la police avant même de sortir de la gare. Pour comparaison, une action similaire organisée en avril 2019 pour bloquer Londres avait réuni plusieurs milliers de personnes durant plus de dix jours.

A quel point est-ce un échec?

Interrogée en juin dernier sur l'événement zurichois, Anaïs Tilquin, membre de l'équipe média de XR pronostiquait: «On ne peut pas mettre en prison des milliers de citoyens qui ont peur pour leur survie.» Alors, aujourd'hui, est-elle déçue de voir aussi peu de Suisses dans les rues? «Ce n'est pas du tout un flop. Nous sommes seulement au troisième jour, c'est une rébellion qui va durer plus longtemps que ça. Vous pouvez me croire, il y a encore des choses à venir.»

«Demain, il y aura plus de monde ou moins de monde, je ne sais pas et je m'en fous»
Anaïs Tilquin, Extinction Rebellion

Elle assure que les activistes reviendront bloquer Zurich tous les matins jusqu'à ce que le Conseil fédéral les entende. «Vous vous rendez compte du courage qu'il faut pour se faire arrêter par la police? Cela montre à quel point ces gens sont désespérés.»

«Ce n'est probablement pas ce qu'ils espéraient, évidemment qu'on préfère toujours être 15 000 que 200», observe Estelle*, une syndicaliste romande, habituée à organiser ce genre d'événements. Elle souligne toutefois que le nombre de participants n'est pas le seul critère à prendre en compte pour juger la réussite d'une manifestation. Selon elle, la régularité et la médiatisation ont aussi leur importance:

«Même quand vous êtes dix, cela contribue à sensibiliser des gens»
Estelle, Syndicaliste romande

Conseiller en stratégie et communication politique, François Cherix se montre beaucoup plus critique, notamment sur le fait qu'Extinction Rebellion minimise l'importance du nombre de personnes mobilisées. «Ce n'est pas tellement honnête, c'est une manière de sauver la face. Hormis la médiatisation, cette action n'est en tout cas pas un succès.»

Une stratégie qui ne fonctionne pas en Suisse

Aux yeux de François Cherix, la désobéissance civile prônée par Extinction Rebellion n'est pas adaptée à la Suisse où la démocratie directe règne en maître. «Il est très difficile d'avoir une telle stratégie dans un pays où on vote sur tout, même les cornes des vaches.»

«La désobéissance civile repose sur l'idée que la société civile est contrariée par les méchants politiques. L'échec de Zurich montre que ce postulat n'est pas juste en Suisse»
François Cherix, conseiller en stratégie politique

S'il souligne que les manifestations font partie de la démocratie et aident à mettre en avant des problématiques, le spécialiste en communication politique craint que les actions à répétition d'Extinction Rebellion ne finissent par lasser les Suisses. «On a l'impression d'un marketing qui tourne en boucle. Si vous êtes uniquement dans le blocage, sans proposition concrète, votre discours s'use très vite», pointe l'élu socialiste.

«En Suisse, ils n'ont pas d'avenir. Peut-être dans d'autres pays, mais pas en Suisse»
François Cherix, conseiller en stratégie politique

Surtout que François Cherix l'assure, la prise de conscience a eu lieu, tant au niveau des politiques que des citoyens. «Au fond, la grande question maintenant, c'est de savoir quelles sont les bonnes mesures à prendre.»

Le spécialiste précise, par ailleurs, qu'Extinction Rebellion n'a pas adressé son ultimatum aux bons interlocuteurs. En effet, le Conseil fédéral représente le pouvoir exécutif. C'est en réalité le Parlement qui conçoit les lois pouvant inverser la politique climatique suisse. «Cela montre que ces personnes ne connaissent pas notre système. Ils dupliquent des actions utilisées à l'étranger.»

«Extinction Rebellion cherche une simplification extrême des processus. Ils ne veulent pas s'encombrer de la réalisation concrète, par exemple en lançant une initiative populaire»
François Cherix, conseiller en stratégie politique

Un lieu, une météo et des horaires défavorables

Et si la faible mobilisation rencontrée par Extinction Rebellion ne tenait qu'à des questions très pratiques? «C'est vrai que déplacer des Romands en Suisse allemande, c'est toujours compliqué. On évite au maximum les rassemblements à Zurich parce que ça paraît être le bout du monde», confie Estelle, la syndicaliste. Sans avoir fait de véritable étude, elle constate également que la météo défavorable – comme celle des derniers jours – nuit, logiquement, à la mobilisation.

Autre contrainte logistique: Enrôler des volontaires un jour de semaine. «C'est vrai que c'est difficile parce que les gens doivent prendre congé, mais c'est là où la perturbation est la plus grande et que l'on peut vraiment interrompre le quotidien des gens», confirme Anaïs Tilquin d'Extinction Rebellion.

De son côté, François Cherix se montre une nouvelle fois critique. «Aller à Zurich était une erreur, cela montre une méconnaissance de la Suisse. Cela fait longtemps que l'on voit que les questions vertes ont plus d'impact en Romandie.» D'ailleurs, 85% des 134 personnes arrêtées lundi étaient romandes.

«Les Alémaniques sont plus pragmatiques, ils s'intéressent aux mesures pratiques et beaucoup moins aux discussions idéologiques»
François Cherix

*Prénom d'emprunt

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