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Interview

«A Tel Aviv, vous pouvez vous asseoir dans un bar et boire une bière»

Daniel Kirschenbaum est un médecin qui participe à des projets de recherche à Zurich et à Tel Aviv. En pleine pandémie, il s'est rendu en Israël pour participer à un projet de recherche. La vie qu’il décrit en Israël reflète ce qui risque de nous attendre en Suisse dans les mois à venir.

Michael Kern
Michael Kern



Votre patron à l'hôpital universitaire de Zurich, Adriano Aguzzi, a fait forte impression peu avant le premier confinement en Suisse, avec une vidéo dans laquelle il mettait en garde la population contre le coronavirus. On lui reprochait d’avoir utilisé un ton trop alarmiste. Quel regard portez-vous sur la vidéo aujourd'hui, un an après?
Daniel Kirschenbaum:
Le ton utilisé était définitivement justifié. Ce qu’en pense la population n'est pas déterminant. Au début de la pandémie, il était question de gagner du temps pour éviter que le système de santé ne soit surchargé. Dans ce contexte-là, sensibiliser la population en amont était la meilleure solution.

En juin 2020, vous vous êtes rendu à Tel Aviv pour faire des recherches, et vous y séjournez toujours. Quelles ont été vos premières impressions après l’atterrissage?
J’avais pris le premier vol depuis l‘Europe à destination d‘Israël depuis le début de la pandémie. Voir les aéroports vides comme ça était une première. Le premier confinement était déjà terminé en Israël, mais les mesures étaient encore très strictes. Dans le taxi de l'aéroport, j'étais séparé du chauffeur par un plexiglas et un tuyau était utilisé pour aérer l’arrière de la voiture. Les fenêtres devaient tout le temps rester ouvertes. J’étais d‘office en quarantaine. Deux semaines plus tard, je pouvais de nouveau reprendre une vie normale.

La vie reprend son cours en Israël.

Quelles sont les différences que vous avez pu voir entre la Suisse et Israël?
En Suisse, la population est assez disciplinée. En Israël, la population ne suit pas les mesures à la règle. Par exemple, si quelqu’un ne comprend pas ce qui est dit à cause du masque, il a juste à enlever son masque et à parler plus fort. En Israël, cela ne se passe pas comme en Suisse, le ministre de la santé décide quelque chose et tout le monde ne respecte pas ce qui est dit. En plus, il existe de fortes tensions entre les différentes populations en Israël.

Qu'est-ce que cela veut dire concrètement?
Il existe de grandes différences entre la population laïque, comme celle de Tel Aviv, et les Juifs ultra-orthodoxes en termes de respect des instructions. Dans les yeshivot (lycées juifs),les mesures sont moins respectées et lorsque la police tente d'intervenir, les Juifs ultra-orthodoxes organisent de grandes manifestations, au cours desquelles, des bus sont incendiés.

Les Juifs ultra-orthodoxes représentent 40% de la charge de travail mais, selon les rapports, ils ne sont que 2% à recevoir des amendes pour ne pas avoir respecté les mesures.
Savoir qui respecte les règles et qui ne les respecte pas est un sujet fâcheux. Parallèlement, un grand nombre de volontaires vient aider les personnes en quarantaine ou hospitalisées dans les milieux orthodoxes. Par ailleurs, il existe diverses règles parmi les Juifs ultra-orthodoxes, dont beaucoup suivent également les instructions. Mais finalement, ce sont ceux qui font le plus de bruit qu’on entend.

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Des milliers de Juifs ultra-orthodoxes assistent aux funérailles d'un chef religieux le 3 décembre 2020. Il avait déjà été hospitalisé pour une infection au COVID-19. keystone

En comparaison avec d’autres pays, Israël a enregistré un nombre particulièrement élevé de cas lors des deuxième et troisième vagues. Quelles sont d’après vous les raisons qui expliquent un tel écart?
Après le premier confinement, la population était de moins en moins disciplinée et ne respectait plus les règles. Le gouvernement a également laissé entendre que l’on allait reprendre une vie normale. Lors de la deuxième vague, lorsque les mesures ont de nouveau été renforcées, certaines populations, comme les Juifs ultra-orthodoxes, ne respectaient pas les mesures. Même s’il ne s’agit environ 10% que de la population, ils représentent 40 % des personnes infectées, selon les médias. Cette population est aussi affectée dans son mode de vie, d’un point de vue social.

A quoi cela peut-être dû?
Les familles ultra-orthodoxes ont souvent de nombreux enfants et vivent nombreux dans de petits appartements. La vie sociale ainsi que la prière et les études sont des éléments très importants dans leur vie quotidienne. Leur mode de vie permet au virus de circuler beaucoup plus rapidement.

Israël a commencé très tôt à vacciner la population et compte aujourd'hui le plus grand nombre de personnes vaccinées au monde. Qu’est-ce qu’ils ont fait de mieux?
C'est relativement simple. Israël dispose simplement de plus de vaccins par habitant que les autres pays parce qu'il s’est assuré de les avoir avant tout le monde et a également payé plus cher que l'UE. Si on disposait de 700 000 doses de vaccin en Suisse chaque semaine, la campagne de vaccination aurait sûrement plus de succès aussi. De plus, la distribution des doses de vaccin en Israël est très bien organisée et de nombreux bénévoles offrent leur aide.

Qu'est-ce qui rend exactement la campagne de vaccination en Israël si efficace?
Le système de santé est entièrement numérique et uniforme. Les rendez-vous peuvent être pris en ligne ou via des applications sur les smartphones. Vous recevez un SMS de confirmation ou un appel d'un ordinateur qui vous explique ensuite le tout en détail. Après avoir reçu la première dose, vous recevez automatiquement le rendez-vous pour la deuxième vaccination. Les postes de vaccination à proximité sont toujours suggérés. Dans mon institut de recherche, par exemple, un bus de vaccination a été organisé pour les chercheurs et les étudiants non-israéliens. Il y a de grands et petits postes de vaccination partout. Par exemple, dans la zone de vie nocturne populaire de la rue Dizengoff, vous pouvez vous asseoir à un bar, boire une bière et vous faire vacciner.

Avez-vous vous-même été vacciné?
Oui, j'ai déjà reçu la deuxième vaccination le 26 janvier 2021. À l'époque, seules les personnes âgées étaient vaccinées, il restait quelques doses de vaccin, dans une ville arabe près de la frontière, parce que les gens n’étaient pas venus à leurs rendez-vous. J'y suis donc allé après le travail et j'ai pu me faire vacciner relativement tôt. Je voulais pouvoir me rendre de nouveau à Zurich dès que possible, car je travaille là aussi.

Les élections auront lieu en Israël le 23 mars 2021. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu cherche à être réélu. Quelle rôle joue sa gestion de la pandémie sur un plan politique?
Benjamin Netanyahu sait très bien ce qu’il fait et j'imagine que les prochaines élections ont été décisives pour obtenir cette grande quantité de vaccins aussi rapidement et de manière efficace. Mais au final, c’est le travail d'un premier ministre. Non?

D’après certaines personnes, Netanyahu ouvre les frontières du pays trop rapidement afin d’être populaire.
Le nombre de cas, d'hospitalisations et de décès est en fait en baisse constante.

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Le Premier ministre Benjamin Netanyahu visite un gymnase avec son carnet de vaccination numérique. keystone

Récemment, le troisième confinement en Israël . Toutefois, de nombreux services ne peuvent être utilisés que par des personnes ayant été vaccinées. A quoi cela ressemble concrètement?
Une fois que on est vacciné, on peut obtenir le «passeport vert» dans l'application Corona. Pour ce faire, les données de l'assurance maladie sont demandées en amont. On peut également demander un code QR à imprimer. On doit toujours le présenter lorsqu’on veut s‘asseoir dans un restaurant ou se rendre dans une salle de sport, par exemple.

Donc, si on ne veut pas être vacciné, on ne peut pas utiliser ces services. La population sera-t-elle d’accord avec cette manière de faire?
On peut se demander si cela ne restreint pas trop la liberté individuelle. Mais la majorité de la population comprend et accepte cette approche. Pour moi, c'est également justifié d'un point de vue médical, car les premières expériences montrent que les personnes vaccinées ne tombent pratiquement jamais malades elles-mêmes et propagent probablement moins le virus. Cependant, il existe aussi des personnes qui cherchent à entrer en contact avec des personnes vaccinées. Par exemple, j'ai lu dans le journal que sur les plateformes de rencontres telles que Tinder, certaines personnes indiquent qu'elles ont été vaccinées.

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Certains Israéliens essaient d'obtenir un rendez-vous sur Tinder avec l'ajout «vacciné». image: tinder / captures d'écran watson

Les personnes vaccinées savourent-elles à pleines dents leur liberté retrouvée ou y a-t-il encore une certaine crainte?
Tout cela n’est pas encore très clair. Mais bien sûr, certaines personnes profitent pleinement de leur liberté. J'ai entendu parler, par exemple, d'une grande fête dans le désert qui n'était probablement pas autorisée. Mais j'ai tendance à être un peu prudent à propos de tels événements. Cependant, j'ai récemment participé personnellement à un atelier avec des conférences et des événements, comme par exemple manger un bout au marché de Jérusalem.

«Il y aura encore des infections dans le futur, mais je suis optimiste, celles-ci ne seront majoritairement pas problématiques»

Certains médias, y compris en Suisse, ont rapporté ces derniers jours qu'Israël est sur le point de procéder à un quatrième confinement. Cela correspond-il à la réalité?
Non. La semaine prochaine, même les bars sont censés ouvrir. Tous les chiffres vont dans la bonne direction. On parle d'un taux d'infection trop élevé. Mais le fait est que l'infection chez une personne vaccinée est un risque beaucoup plus faible. Le test peut s'avérer positif et la personne peut présenter des symptômes similaires à ceux de la grippe, mais il n'y a pas de conséquences graves comme par exemple une insuffisance respiratoire. Des infections se produiront encore à l'avenir, mais je suis convaincu qu'elles ne poseront plus de problèmes.

Et les mutations virales?
Jusqu'à ce que les données d’un point de vue épidémiologique montrent le contraire, je suis convaincu que la vaccination offrira également une certaine protection contre les variantes virales.

Alors, la lutte contre le Covid est terminé en Israël?
On ne peut pas dire qu’elle sera terminée à un moment précis. Mais je pense que nous arriverons à un stade où il ne sera plus utile de compter les nouvelles personnes infectées chaque jour. Dès que la proportion de cas graves deviendra très faible, qu'elle ne surchargera plus le système de santé, nous pourrons probablement dire que nous avons vaincu la pandémie. Le seul moyen de revenir à la normale est que le plus grand nombre de personnes se fassent vacciner le plus rapidement possible. Je pense qu'Israël est sur la bonne voie et que tous les autres pays le seront aussi.

Article de watson.ch, traduit de l'allemand par Sejla Besic. Pour lire l'article original, c'est par ICI!

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