Crans-Montana n'a pas échappé à la connerie humaine
Nous vivons dans une époque où les drames, quels qu'ils soient, finissent par être politisés. Une époque où tout doit être polémique. Où chaque avis est tranché comme une lame de rasoir. Où chaque individu est soigneusement rangé dans un camp. Où celui qui ne partage pas votre opinion est automatiquement considéré comme un connard. Plus de place au gris, ni aux nuances. C'est une guerre du clic où tout doit être soit blanc, soit noir.
Pendant quelques heures, pourtant, le drame de Crans-Montana a semblé échapper à cette violence. Dans toute sa tragédie, son injustice, sa brutalité, cet évènement a réuni un pays, un continent - pour ne pas dire le monde entier.
Il n'était pas encore question de désigner des coupables, de blâmer un camp - encore moins de donner son avis. Seulement de pleurer, tous ensemble, les jeunes vies injustement perdues, arrachées, envolées. De saluer le travail inestimable des secours et de prier pour la santé des blessés.
Mais notre époque est féroce. Son besoin viscéral de chercher l'indignation, les réactions, d'attirer l'attention, de blablater, y compris dans les moments les plus douloureux. Ces instants qui nécessiteraient de se feutrer dans un silence digne et solidaire. De faire preuve d'un peu d'élégance et d'humilité.
Le drame de Crans-Montana n'a, hélas, pas échappé à la connerie humaine.
Pendant que des parents recherchaient leurs enfants dans l'angoisse la plus absolue, que des proches pleuraient leurs disparus, que les services de santé s'attelaient à sauver des vies, que les autorités se mettaient frénétiquement en quête de réponses, que des internautes bien intentionnés relayaient les avis de disparition ou que des citoyens offraient leur foyer à des familles désemparées, la police vaudoise appelait ainsi à la retenue.
Au surlendemain du drame, les posts Facebook lunaires de personnalités publiques se sont ainsi mêlés aux stories accusatrices et autres rumeurs infondées de quidams sur Instagram. Des inepties de politiciens en manque de buzz, aux gémissements d'une poignée de journalistes critiquant le travail de leurs confrères internationaux qui, pourtant, fournissaient - pour la plupart - un travail remarquable.
C'est une honte. C'est intolérable. L'heure n'est pas à l'ego mal placé ni à se faire justice soi-même. L'heure n'est pas à désigner X ou Y coupable dans une story vite torchée depuis son canapé, dans l’unique but d’ajouter du bruit à l’horreur. Face à cette tragédie, nous devons aux victimes et à leurs proches le minimum: du respect.
Alors, par pitié: silence.
