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image: Shutterstock, réalisation: sainath bovay

L’initiative anti-F-35 n'est-elle pas plutôt un vote contre les Etats-Unis?

La gauche pacifiste lance ce mardi à Berne son initiative contre l'achat de l'avion de combat américain F-35. Qui séduit bien au-delà des habituels cercles antimilitaristes.
30.08.2021, 19:0231.08.2021, 16:29

On ne parlera pas d’un «complot contre l’Amérique». Mais, simplement, d’une coalition opposée à l’acquisition de l’avion de combat F-35. En choisissant, fin juin, l’appareil du constructeur américain Lockheed Martin, le Conseil fédéral a donné naissance à une alliance en partie contre-nature, unie contre l’initiative du Groupe pour une Suisse sans armée (GSSA), lancée ce mardi à Berne. Les pacifistes seraient-ils en passe de réussir un coup de maître?

Il y a un début à tout

Comme le concède «Barock», l’un des fidèles commentateurs du site de watson: «Ce sera bien la première fois que je signerai une initiative du GSSA, mais en l'occurrence, il a raison de s'opposer à l'achat d'avions américains, alors que la France offre un appareil, le Rafale, à la qualité éprouvée et adapté à nos besoins.»

Anti-impérialistes et antimilitaristes d’un côté, partisans d’une défense européenne de l’autre, se retrouvent dans un commun rejet. Pour des raisons bien souvent différentes. Justement, l’union fait la force.

L’expression est mesurée, mais l’étonnement est de rigueur chez les libéraux du Foraus, un groupe de réflexion qui ne fait pas mystère de son inclination européenne. «Si l’on part du postulat que les avions encore lice fin juin sont très bons, il est surprenant que le Conseil fédéral n’ait pas davantage inclus de critères politiques, voire géopolitiques, dans sa prise de décision, ce qui aurait favorisé le choix d'un modèle européen», juge Darius Farman, codirecteur du Foraus.

Le général de Gaulle serait content

Membre historique du GSSA, à la barre lorsque les Suisses votèrent sur la suppression de l’armée en 1989, Tobias Schnebli sourit de la situation:

«Il y a eu débat au sein du GSSA sur la pertinence de cette initiative anti-F-35, qui nous rend en quelque sorte partenaire d’un programme d’armement, alors que nous restons fondamentalement des pacifistes»
Tobias Schnebli

Oui, ce militant de la première heure sourit en pensant à tous ceux qui, pas le moins du monde antimilitaristes, soutiendront le texte initié par le GSSA et ses alliés de gauche, les socialistes et les Verts. «J’imagine le Romand francophile, souverainiste à la manière d’un de Gaulle, refusant le lien atlantiste avec les Etats-Unis, s'amuse Tobias Schnebli. Mais, quand bien même l’anti-américanisme reste ancré dans une partie de la gauche, je ne suis pas sûr que ce soit en priorité l’hostilité aux Etats-Unis qui, chez nous, motive l’opposition au F-35.»

«Si le choix du Conseil fédéral s’était porté sur de vieux F-16 pas chers, peut-être n’aurions-nous pas lancé d’initiative»
Tobias Schnebli

Editorialiste, cofondateur du site Bon pour la tête, Jacques Pilet a un passé militant anti-américain. C’était au temps où les Etats-Unis faisaient la pluie et le beau temps en Amérique latine. Dans les années de guerre froide, aux côtés des dictateurs. «Cette époque est révolue», précise le journaliste, devenu depuis un fervent partisan de l’intégration de la Suisse dans la famille européenne.

«L’achat d’un avion européen permettrait de détendre l’atmosphère avec l’UE», estime-t-il. Comme lui, beaucoup d’autres, à l'image du think tank Foraus cité plus haut, défendent cette option, suite à la rupture fin mai de l’accord-cadre avec Bruxelles.

«Techniquement, politiquement, stratégiquement»

Féru d’aviation, Jacques Pilet s’oppose à l’acquisition du F-35 aussi pour des «raisons techniques». «Cet appareil est trop lent en phase ascensionnelle. Une aberration dans un pays montagneux comme la Suisse», affirme-t-il. Sa préférence va au Rafale français, l’un des quatre modèles encore en concurrence lorsque le Conseil fédéral a fait son choix.

«Techniquement, le Rafale offre tout ce dont la Suisse peut avoir besoin. Plus que l’Eurofighter, dont le programme me paraît flou, le Rafale est très performant contre les drones armés. Et puis, sur un plan politique et stratégique, il est issu d’un pays, la France, qui a des intérêts communs avec les nôtres.»
Jacques Pilet

Face à des adversaires déterminés, à des arguments balayant tous azimuts, les nombreux partisans de l'avion de combat américain n'auront pas la partie facile.

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