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Je ne digère pas que les QR codes aient remplacé les menus au restau

Les QR codes pour lire les menus énervent certaines personnes.

Image: Shutterstock

Rendez-nous les cartes! Pourquoi devrions-nous avoir peur de toucher un bout de carton alors que nous sommes déjà en train de respirer l'air des autres?

Christina Cauterucci / slate

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Un article de Slate

Au restaurant, avant la pandémie, la vision d'une tablée entière les yeux fixés sur des téléphones me faisait frémir. J'étais toujours bien contente de ne pas être ces gens-là, ou de ne pas être assise avec eux. Moi, je faisais toujours en sorte que la conversation soit naturelle et ininterrompue à ma table. Moi, j'avais construit des frontières solides entre ma vie en ligne et la vie réelle.

Mais aujourd'hui, sans nous demander notre avis, les restaurants du monde entier nous ont tous transformés en ces gens que je jugeais naguère. Je déteste ça. Il est temps de faire marche arrière.

Omniprésence

Aux États-Unis, tout a commencé quand les restaurants ont rouvert après les premières vagues de fermetures imposées au printemps dernier. Inquiets à l'idée que des coronavirus égarés ne s'attardent sur les cartes physiques, les restaurant ont scotché des QR codes à leurs tables et sous-traité l'acheminement du menu au convive et à son smartphone. Cela pouvait sembler logique lorsqu'on pensait encore que le coronavirus se diffusait largement par le biais des surfaces, or nous savons à présent que ce risque de contamination est faible.

Dans une myriade de communautés de tous les États-Unis, les taux de vaccination sont élevés et le nombre de cas de Covid-19 assez bas. Le public est revenu dans les salles de concert, il se presse dans les boîtes de nuit et retourne travailler au bureau.

Pourtant, alors même que nous mangeons, postillonnons et éternuons dans des restaurants désormais sans jauge, un grand nombre de ces établissements nous obligent encore à utiliser notre propre smartphone pour déterminer ce que nous voulons manger. Pourquoi?

Pourquoi devrions-nous avoir peur de toucher un bout de carton communautaire alors que nous sommes déjà en train de respirer l'air des autres, ce qui est théoriquement bien plus dangereux?

Les évidents inconvénients du menu sur QR code valaient bien la peine d'être supportés lorsqu'il s'agissait d'une mesure de santé publique temporaire et je compatis vraiment avec les restaurateurs et les employés qui ont été obligés de réinventer leur cadre de travail tous les quatre matins pour s'adapter aux variations de règlementations municipales et aux nouvelles découvertes en matière de santé publique.

Mais l'omniprésence persistante du QR code alors qu'un consensus existe sur la faible transmission par les surfaces et que tous les espaces publics ont rouvert me pousse à m'inquiéter à la perspective que les menus uniquement numériques ne deviennent une des nouveautés induites par la pandémie ancrées pour toujours dans la vie publique.

Peut-être les restaurateurs se réjouiront-ils de la fin des cartes en carton qui leur permettra de se débarrasser d'une dépense certes modeste, mais permanente? Peut-être leurs employés vont-ils savourer la liberté nouvelle de ne pas avoir à se coltiner la réimpression des menus chaque fois qu'une nouvelle entrée saisonnière y fait son apparition?

Peut-être les serveurs seront-ils enfin libérés de cette partie de la clientèle qui semble toujours vouloir commander l'unique plat épuisé (et qui peut être facilement effacé du menu numérique dès qu'il n'est plus en stock)? Peut-être la partie de la clientèle qui adore consulter son téléphone au restaurant sera-t-elle plus que ravie de devoir le sortir pour consulter la carte? Et que d'autres se réjouiront d'avoir une surface potentiellement maculée de graisse et d'invisible morve de moins à manipuler.

La coupe du numérique est pleine

Mais pas moi! Je suis lasse d'avoir à négocier une nouvelle plateforme numérique chaque fois que je mange au restau. Devoir passer les dix premières minutes d'une interaction sociale sur mon téléphone me fait suer. Je ne veux plus jamais tomber, comme ce fut la cas la semaine dernière, sur un QR code qui mène à un site internet où chacune des sept pages de la carte est un fichier PDF distinct sur lequel il faut cliquer, zoomer et qu'il faut refermer avant de pouvoir passer au suivant.

«Un de mes proches a bientôt 80 ans, il adore manger au restaurant et ne possède qu'un téléphone à clapet sans la moindre connexion»

Si vous trouvez que j'en fais des caisses, laissez-moi vous poser une question: êtes-vous déjà allé au restaurant avec des parents de la génération des baby-boomers pendant la pandémie? Non? Alors avez-vous déjà tenté d'expliquer à vos parents nés avant les années 1960 comment configurer un Roku ou connecter leur imprimante Bluetooth? Eh bien c'est exactement le même genre d'expérience pénible, insupportable et fatale à la paix des familles.

Un de mes proches a bientôt 80 ans, il adore manger au restaurant et ne possède qu'un téléphone à clapet sans la moindre connexion. Il est déjà exclu d'une bonne partie de notre société de plus en plus numérisée. Avant la pandémie, le restaurant américain était l'un des rares endroits dont les pratiques le rendaient encore parfaitement à l'aise et où il savait exactement ce qu'on attendait de lui une fois le seuil franchi. À présent, il ne sait jamais à quoi s'attendre ou ce qu'on va lui demander de faire lorsqu'il déjeune à l'extérieur.

Les menus numériques par défaut sont un repoussoir pour d'autres types de clients. Ses détracteurs ont noté très justement que la tendance au paiement sans argent dans les magasins d'alimentation ou autres en interdit de facto l'accès à ceux qui n'ont pas de comptes en banque. De la même manière, pour un client qui n'a pas de smartphone ou un bon forfait data -ce qui concerne environ un quart des adultes dont les revenus annuels sont inférieurs à 30'000 dollars (25'321 euros)- une carte sur QR code signifie faire des démarches dont il n'avait jusque-là aucune nécessité. Même chose pour les voyageurs étrangers dont les smartphones ne fonctionnent pas forcément sur le sol américain.

Les QR codes sont également une porte d'entrée pour diverses arnaques et malwares et pour la surveillance numérique. Il n'existe aucune bonne raison d'ajouter une étape risquée, socialement mortelle et qui exclut une partie de la population à un système physique qui fonctionnait très bien jusqu'à ce que la pandémie ne frappe.

Les interactions sociales, un plat qui se mange froid

Certains restaurants sont même allés plus loin et n'ont pas seulement numérisé le menu mais également toutes les étapes du repas. Il y a deux mois, je me suis rendue dans un restaurant basque dont le service en terrasse était autrefois fantastique. La clientèle y était désormais sommée de compulser un énorme site internet où figuraient les options de menus. Il nous fallait commander plats et boissons sur une plateforme en ligne et entrer notre numéro de carte bleue sur nos minuscules claviers de téléphone avec nos gros doigts patauds. Ensuite, il fallait attendre qu'une notification nous avertisse du moment où nos boissons seraient prêtes à être récupérées à l'intérieur du restaurant. Lorsque nous avons décidé de commander une seconde bouteille de cidre en plein milieu du repas, il nous a fallu refaire toutes les démarches en ligne. On avait bien plus l'impression de se faire livrer un repas à emporter ou de passer une commande sur Amazon que d'être au restaurant.

Il est possible que j'évolue dans une bulle sociale rétive au progrès, mais je ne connais qu'une seule personne déclarant aimer cette nouvelle expérience des QR codes au restaurant. Ma collègue, une célibataire d'une trentaine d'année qui vit à Washington, affirme qu'elle aime les restaurants qui nécessitent désormais que la clientèle consulte le menu, commande et paie par le biais du QR code, éliminant ainsi la plus grande partie des tâches du serveur. (Ce mode de fonctionnement est peut-être logique pour les restaurants confrontés à une pénurie de personnel depuis la réouverture. Je serai ravie de payer un peu plus cher dans un restaurant avec un nombre adéquat d'employés correctement payés). Comme chaque convive commande et paie pour lui-même, explique ma collègue, c'est plus simple de dîner avec un groupe d'amis qui auraient sinon eu du mal à répartir l'addition et cela permet d'esquiver les conversations embarrassantes avec des types lors de rendez-vous pour savoir qui va payer.

«Je ne connais qu'une seule personne déclarant aimer cette nouvelle expérience des QR codes au restaurant»

Je peux comprendre son point de vue. Lors d'un rendez-vous en tête à-tête sans avenir ou d'une interaction sociale arrivée au bout de ses possibilités, attendre d'obtenir puis de payer l'addition peut paraître interminable. Mais quand on va au restaurant, n'est-ce pas avant tout dans l'idée de vivre une expérience extrêmement pratique et rapide? Comme me l'ont dit plusieurs employés de restaurants pendant la pandémie, les gens vont au restaurant pour y être bien reçus.

En ce qui me concerne, le plaisir de lire attentivement un menu physique fait tellement partie de l'expérience du restaurant que j'ai obligé mes amis à faire semblant de le faire lors d'un dîner par Zoom au début de la pandémie. Nous venons tous de vivre l'année la plus isolée et soumise aux écrans de nos vies. S'il existe un moyen de rendre une interaction sociale familière plus concrète et plus humaine, et moins froidement transactionnelle, ne la laissons pas passer.

Ce texte a été traduit par Bérengère Viennot.

Cet article a été publié initialement sur Slate. Watson a changé le titre et les sous-titres. Cliquez ici pour lire l'article original

Après ce long sujet, voici des photos d'un pantalon de 70 mètres de long

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Un pantalon de 70 mètres de long présenté à Beromünster (LU)
source: sda / urs flueeler
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