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Hitler a-t-il tué sa nièce? Des documents sèment le doute

Hitler a-t-il tué sa nièce? De nouveaux documents sèment le doute
Image: watson

Hitler a-t-il tué sa nièce?

Un historien a découvert des documents jusqu'ici inconnus et rouvre l'enquête sur l'une des morts les plus mystérieuses de l'histoire du nazisme. Adolf Hitler a-t-il assassiné sa nièce, Geli Raubal, d'une balle dans le torse?
06.11.2026, 21:0406.11.2026, 22:38
Julian Schütt

Angela «Geli» Raubal n'était qu'une jeune Allemande parmi tant d'autres. Mais un détail a fait la différence dans son destin: c'était la nièce d'Adolf Hitler, de 19 ans son aîné. La relation familiale et personnelle de Geli Raubel était compliquée. Elle était la fille de sa demi-sœur du Führer, qui s'appelait elle aussi Angela.

Le matin du 19 septembre 1931, elle est retrouvée morte dans le luxueux appartement d'Hitler, situé sur la Place du Prince-Régent (Prinzregentenplatz), à Munich. Selon le rapport de police, la jeune femme de 23 ans a été tuée d'une balle dans le torse. Une balle tirée du pistolet de son oncle.

Avant même sa mort, sa relation avec Adolf Hitler, de 19 ans son aîné, faisait l'objet de spéculations. Après son décès, les rumeurs se multiplient. S'agissait-il d'un accident, d'un suicide ou d'un meurtre?

L'alibi d'Hitler tombe

Cet épisode de la vie d'Adolf Hitler continue d'intriguer les historiens. Jusqu'ici, les chercheurs estimaient qu'il disposait d'un alibi pour le 19 septembre 1931: il avait quitté Munich pour des meetings politiques dans d'autres villes allemandes. Mais récemment, Harald Sandner, un spécialiste allemand de la vie du dictateur, a découvert des documents encore inconnus dans les archives municipales et nationales de la ville de Munich.

Il a retrouvé deux avis de décès ainsi qu'une inscription dans le registre des décès. Cette dernière situe la découverte du corps de Geli Raubal au vendredi 18 septembre 1931, à 10h15, soit la veille de la date utilisée jusqu'ici. Or, Hitler se trouvait encore à Munich ce jour-là. Il pourrait donc être l'auteur du meurtre. Ce n'est que plus tard qu'il s'est rendu à Nuremberg, puis à Hambourg pour un meeting électoral. Selon le témoignage d'une personne présente sur place, il aurait par ailleurs semblé quelque peu «éprouvé» pendant son discours.

Pas d'autopsie

Harald Sandner a minutieusement reconstitué tous ces événements dans un livre, La mort d'Angela "Geli" Raubal: suicide ou intervention d'un tiers? (réd: uniquement sorti en allemand, traduction libre). Sa publication est prévue fin novembre, mais plusieurs révélations importantes ont déjà filtré. Harald Sandner y affirme avoir découvert des dizaines d'indices laissant supposer de possibles opérations de dissimulation de la part des autorités chargées de l'enquête.

L'historien y voit une manipulation délibérée orchestrée par le parti nazi, la police munichoise et la justice. Aucune autopsie n'aurait par exemple été ordonnée pour Geli Raubal, ce qui était déjà inhabituel à l'époque dans les affaires de décès par arme à feu.

Harald Sandner a soumis ses documents à Thomas Weber, historien reconnu spécialiste de l'époque contemporaine, qui les juge authentiques. Mais ce dernier hésite toutefois à en conclure qu'Hitler a lui-même tué sa nièce. Le fait qu'il se serait trouvé à Munich le soir du meurtre fait tomber son alibi, mais ne prouve pas qu'il a commis le crime.

«Oncle Alf»

Ian Kershaw, l'un des plus éminents biographes d'Hitler, souligne l'importance de Geli Raubal dans son ouvrage de référence en deux volumes. Avec Eva Braun, sa compagne de longue date, elle fut la seule femme pour laquelle Hitler avait de la considération. D'ordinaire, il préférait les jeunes femmes dociles, qu'il considérait, selon Ian Kershaw, comme des «objets, des ornements dans un monde d'hommes». Elles devaient l'écouter en silence pendant qu'il se lançait dans ses interminables tirades. Avec condescendance, il les appelait «ses petites princesses».

Selon Kershaw, Hitler développa pour la première et unique fois de sa vie une profonde «dépendance affective» envers une femme. Toutes les sources sérieuses consacrées à Geli Raubal s'accordent à la décrire comme une jeune femme vive et extravertie. On ignore toujours si elle a eu des relations sexuelles avec Hitler, qu'elle appelait sagement «oncle Alf».

Leur relation était en tout cas chargée d'érotisme. Elle était la seule femme qu'il autorisait à occuper le devant de la scène lors de ses réunions entre hommes. Il aimait l'exhiber à ses côtés. Pendant un temps, il lui paya des cours de chant. Mais elle n'avait pas l'étoffe d'une cantatrice, car les exercices l'ennuyaient.

«Mon oncle est un monstre»

Mais elle préférait s'amuser et s'entourer d'admirateurs, ce qui, en revanche, n'amusait pas du tout Hitler. Celui-ci était sujet à de violentes crises de jalousie. Son comportement autoritaire et possessif pesait lourdement sur la jeune femme. Elle n'avait pas le droit de sortir sans lui ou un accompagnateur qui lui était loyal, et devait rentrer tôt. Tous ses faits et gestes étaient surveillés. Elle se sentait prisonnière et, au bout de deux ans, était devenue amère. Selon des sources historiques, elle aurait déclaré:

«Mon oncle est un monstre. Personne ne peut imaginer ce qu'il me fait subir»
Geli Raubal

Lorsqu'Hitler apprit qu'elle entretenait une liaison avec son garde du corps et chauffeur Emil Maurice, il voulut abattre ce dernier. Dès lors, Geli chercha plus encore à se libérer de l'emprise de son oncle, sans y parvenir. Jusqu'ici, le consensus est historiens est que Geli Raubal s'était suicidée par désespoir, n'ayant plus supporté l'emprise étouffante d'Hitler et son obsession du contrôle.

Hitler en 1931, déjà un homme puissant

Les nouvelles découvertes de Harald Sandner rendent toutefois à nouveau plus plausible l'hypothèse d'un meurtre. Le NSDAP, le parti nazi, disposait selon lui déjà d'une influence suffisante sur la police et la justice munichoises pour faire falsifier les documents relatifs au décès.

Plusieurs scénarios auraient pu justifier une opération de dissimulation. Il aurait pu s'agir de cacher qu'Hitler avait abattu sa nièce parce qu'elle voulait prendre ses distances avec lui et s'installer avec un autre homme. Ou bien le parti aurait pu la faire éliminer parce qu'elle se rebellait trop ouvertement. Il fallait à tout prix empêcher que des révélations sur la vie intime du chef du parti soient rendues publiques.

Il faut dire qu'en septembre 1931, Hitler était déjà devenu très influent. Lors des élections au Reichstag, l'année précédente, le NSDAP était devenu la deuxième force politique du pays. Il cherchait également à séduire des milieux moins radicaux ainsi que de potentiels bailleurs de fonds issus de l'industrie et de la finance.

Le parti s'employait activement à construire le mythe Hitler, qui devait apparaître comme un dirigeant vertueux et respectable. Il fallait empêcher par tous les moyens que le moindre soupçon de son implication dans la mort de sa nièce ne se répande. Cela pourrait expliquer, selon Harald Sandner, que les autorités l'aient aidé à construire un alibi.

Le parti tenta d'abord de présenter le décès comme un accident. Geli Raubal aurait joué avec l'arme de son oncle et le coup serait parti. Mais cette version n'était pas crédible et la thèse d'un suicide tragique s'est ensuite imposée. Elle permettait d'éviter une enquête prolongée dans l'entourage immédiat d'Hitler, qui aurait risqué de faire trop de bruit dans la presse et de compromettre son ascension.

Un requin aperçu dans une rue inondée en Floride
Video: watson
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