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Work in progress

«Il est extrêmement délicat de détecter des chutes sans contact»

Chaque année, des millions de personnes sont victimes de chutes et ont alors rapidement besoin d’une aide médicale. La start-up d’Eugenie Nicoud et de Sandro Cilurzo a développé des détecteurs de chute intelligents, capables d’éviter des dommages indirects très graves. Le dernier round de financement a été couronné de succès et désormais, la société prépare le lancement sur le marché international.



Les chutes d’apparence inoffensives peuvent entraîner des dommages sérieux pour la santé et représenter un coût élevé, en particulier lorsque les victimes restent allongées pendant une période prolongée. La solution réside dans les détecteurs de chute intelligents mis au point par la start-up Sedimentum de Sandro Cilurzo et Eugenie Nicoud. Le dernier round de financement en date a permis de lever 2,1 millions de francs, dépassant toutes les attentes. En même temps, le Conseil d’administration a été renforcé de l’extérieur en termes d’expérience et de savoir et, à présent, c’est le passage à l’international qui se prépare avec l’entrée sur le marché de la zone DACH (Allemagne, Autriche, Suisse). Cilurzo et Nicoud ont fondé la start-up avec deux autres collègues il y a deux ans et ils sont membres de la Direction tricéphale. Lui en qualité de chief executive officer (CEO) et «Mastermind» technique, elle en qualité de chief operating officer (COO) pour la direction opérationnelle. C’est en Suisse que les détecteurs de chute sont produits.

Comment est née l’idée de développer des détecteurs de chute?
Sandro Cilurzo: J’étais chargé de l’information et de la Cyber Security dans une clinique psychiatrique suisse. Dans le cadre de ma fonction, j’étais également membre d’un think tank composé de cadres et de professionnels du secteur de la santé.

«L’un des défis majeurs rencontrés par chaque institution des métiers de la santé est la garantie de la continuité sans interruption de la sécurité des patients et des habitants pendant 24 heures»

La pénurie de personnel dans les métiers des soins, les auxiliaires technologiques obsolètes ou déficients ou bien des appareils avec des caméras et des microphones qui enfreignent massivement la sphère privée – c’est ainsi que se présentait la triste réalité. J’étais obsédé par ce problème et c’est pour cela que j’ai décidé de créer Sedimentum.

Comment s’est forgée votre équipe de fondateurs?
Cilurzo: Avec Roman Böhni, notre avocat, j’ai suivi des études en informatique de gestion à la Haute école de Lucerne (HSLU). Eugenie poursuivait des études d’économie dans la même école et c’est par des contacts personnels que j’ai eu le plaisir de faire sa connaissance et ensuite d’entreprendre divers projets ensemble. Pendant de longues années, j’ai pratiqué le kung-fu avec Immanuel Zerbini. Outre les arts martiaux, nous avions en commun une autre passion, l’informatique. C’est ainsi que l’équipe s’est formée. Elle couvre les champs de compétences les plus variés, ce qui a posé les jalons pour la croissance de notre entreprise.

Qu’est-ce qui fait que les chutes sont tellement dangereuses?
Eugenie Nicoud: Une chute est l’une des causes d’accidents les plus fréquentes à domicile. A l’échelle mondiale, il s’agit de millions de cas qui doivent ensuite être pris en charge sur le plan médical. 82 pour 100 des personnes ayant chuté sont des personnes âgées, dont la moitié ne peut plus se relever seule. Or, ces chutes entraînent une morbidité et mortalité très élevées. Chez les personnes âgées, un état dit «Long-lie condition» est particulièrement dangereux si elles restent allongées pendant plus d’une heure. Les répercussions sur la santé, sur le plan psychique et corporel sont hélas souvent dramatiques pour les personnes concernées.

De quelles répercussions s’agit-il?
Nicoud: Par exemple des thromboses, mais également des dommages aux muscles et aux tissus ou encore l’alitement. Il peut arriver qu’une personne reste allongée à terre pendant de longues heures, sans être découverte, ce qui peut conduire à un état d’hypothermie et de déshydratation.

«La plupart du temps, une conséquence ne vient pas seule et l’association de plusieurs facteurs accroît sensiblement la mortalité des personnes âgées après une chute»

Avez-vous des chiffres quant aux coûts de ces répercussions?
Nicoud:
En Suisse, les coûts annuels des chutes subis par les seniors s’élèvent à près de 1,8 milliard de francs. Ils comprennent entre les coûts pour la guérison et les soins. Le Bureau de prévention des accidents (BPA) estime toutefois que le coût total pour l’économie des chutes subies par les seniors s’élève à près de 14 milliards de francs.

Et c’est à quel niveau qu’intervient votre détecteur de chute?
Cilurzo:
Précisément au niveau de la problématique sociétale évoquée: les détecteurs reconnaissent des chutes sans contact et peuvent ainsi éviter les dommages indirects et les coûts. A cet égard, le «cœur» de notre innovation est constitué par le procédé que nous avons mis au point à l’aide de l’intelligence artificielle (IA).

Pourriez-vous préciser?
Cilurzo:
Repérer avec fiabilité des chutes sans contact est une discipline extrêmement exigeante. Il existe littéralement une multitude de façons de chuter. Un exercice de fitness au sol n’est indéniablement pas une chute. Un cerveau humain peut faire la différence, mais pas un dispositif technique classique. Jusqu’à présent, il n’existait pas de solution fiable et intelligente pour parvenir à une détection «véritable» des chutes. Pour qu’un appareil dispose de la même compréhension «intuitive» qu’un être humain, il faut recourir à l’intelligence artificielle. C’est pourquoi nous avons mis au point un procédé d’IA exigeant et innovant, qui reconnaît les chutes, sans envoyer d’alertes en cas d’exercices de fitness au sol ou de déplacement d’un chat à travers l’appartement.

Qu’est-ce qui vous démarque de la concurrence?
Nicoud:
Trois facteurs décisifs. Premièrement: notre détection intelligente des chutes. Deuxièmement: la facilité d’installation, car nous n’avons pas besoin de calibrer notre détecteur et pouvons installer l’appareil partout au plafond. Troisièmement: notre procédé d’anonymisation des données unique garantit une grande confidentialité des données. En effet, on pense souvent à tort que les données d’un capteur sont anonymes, alors que ce n’est pas le cas. C’est cette combinaison qui nous place à part.

Comment parvient-on à convaincre des personnes fortunées, fondations et investisseurs, à investir des millions dans une entreprise aussi jeune?
Cilurzo:
Un travail acharné, beaucoup de patience, une assez grande tolérance à la frustration et bien sûr, également un peu de chance, qui permet de faire la connaissance des bonnes personnes au bon moment. En qualité de First-time-founders, il faut d’abord forger un réseau, ce qui demande beaucoup de temps. Nous avons sollicité de nombreuses personnes et bien sûr essuyé de nombreux refus, mais comme nous sommes convaincus de notre vision, nous sommes restés tenaces. Cette persistance a porté ses fruits et nous avons même réussi à conclure un round de financement qui a dépassé les attentes. Ce n’est certes que le début, le chemin est encore long et semé d’embûches, mais nous nous réjouissons à la perspective de chaque étape à venir.

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