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Flavia Korner
Work in progress

«Les jeunes ne se servent pas du système politique. Quel paradoxe!»

A 25 ans, une conceptrice de jeux vidéo a développé des applis pour pousser les jeunes à voter. Comme son groupe cible, elle est elle-même frustrée face à ce qui cloche dans le monde.
30.11.2021, 12:5330.11.2021, 17:40
Guy Studer
Guy Studer
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Des jeux vidéo pour plus de démocratie: Sophie Walker souhaite que les jeunes se rendent plus souvent aux urnes ou commencent à s’intéresser à la politique.

Elle et son équipe, composée de volontaires de toute la Suisse, ont donc développé des applis d’aide: «CH+» s’adresse à un public dès 20 ans. Avec DOPE Elections, elle va encore plus loin et vise les ados tout juste majeurs. Plus particulièrement celles et ceux qui ne s’intéressent pas encore à la politique. Aux Pays-Bas, la jeune femme de 25 ans a obtenu un bachelor en communication and multimedia design avec spécialisation en game design and development.

Elle a ensuite suivi une filière de master en design avec spécialisation en game design à la Haute école des arts de Zurich (ZHdK). Le projet «CH+» est né dans le cadre de son travail de master. L’appli a déjà été utilisée l’année dernière lors des élections cantonales uranaises et à Bâle-Ville. DOPE Elections était aussi de la partie lors des votations neuchâteloises, puis à Fribourg.

Sophie, pourquoi souhaites-tu que plus de jeunes aillent voter?
Sophie Walker: Parce que les jeunes sont l’avenir de la société. Et parce qu’ils ont souvent des opinions politiques, mais ne parviennent pas à transcrire cette énergie sur un bulletin de vote. Ils ont un avis, mais ne se servent pas du système politique. Quel paradoxe! Je le regrette et j’aimerais que cela change.

En termes simples, comment fonctionnent tes applications?
L’appli «CH+» est similaire à Tinder en ce qu’elle permet de faire connaissance avec les candidats. De la manière la plus conviviale et simple possible, l’utilisateur crée sa propre liste électorale. Nous ciblons les jeunes adultes qui s’intéressent à la politique, mais à qui la documentation correspondante ne parle pas suffisamment. Nous collaborons aussi avec Smartvote. DOPE Elections est ce qu’on nomme un jeu de type Course Royale. Son but consiste surtout à faire connaissance avec les candidats de manière ludique. Nous avons conçu de petits personnages de couleurs vives. Ceux qui n’intéressent pas le gamer disparaissent. Nous souhaitons cependant donner une image positive de la démocratie; nous nous donnons beaucoup de peine pour que ce jeu soit enjoué et non brutal. Avec les deux applis, ce sont les utilisateurs qui décident de qui apparaît en tête de leur liste. Et les fonctions à intégrer dans les applis font l’objet de sondages.

Que pense le groupe cible de ces jeux?
Pour l’instant, ils intéressent plutôt les personnes politisées. Mais nous savons aussi que l’accroche fonctionne chez celles et ceux qui ne s’intéressent pas à la politique. Malheureusement, nous n’avons pas encore assez d’utilisateurs pour procéder à une analyse détaillée. Nous sommes aussi conscients que ces nouveaux outils peuvent entraîner des répercussions négatives. Il est exclu qu’ils servent à mobiliser des personnes à l’esprit destructeur. Le fait que nous ayons encore des testeurs qui s’intéressent à la démocratie est donc une bonne chose. Je veux renforcer le bon système politique suisse et non l’affaiblir.

Selon toi, pourquoi est-ce que les jeunes ne participent que si peu à la vie politique?
Je pense qu’ils sont dépassés, frustrés et déçus par les problèmes de notre monde. Pour ce qui est de la frustration et de la déception, je partage leur avis. Quand on voit comment agit Facebook ou encore l’absence de réaction face à la crise climatique. On se sent impuissant. Mais en parallèle, les possibilités de se laisser distraire sont infinies, surtout sur les réseaux sociaux. Enfin, d’autres vont manifester, car cela leur permet d’exprimer directement leurs émotions. En comparaison, le bulletin de vote peut sembler une alternative plutôt faible. Mais c’est faux.

Tu recours à la gamification pour convaincre. Comment est-ce que cela fonctionne?
Pour résumer, je me sers des mécanismes du jeu, mais hors du contexte de celui-ci. Les facteurs de motivations sont essentiels. Le game design consiste à établir une relation entre l’utilisateur et le système. Les jeux fonctionnent si bien parce que l’on interagit avec les contenus et reçoit des retours immédiats. La récompense a un effet personnel. Ce facteur est très efficace et décisif du point de vue psychologique. Cela a un effet de contrepoids dans un monde complexe où l’on se sent souvent impuissant, où l’on ne se comprend plus. Comme le dit René Bauer, mon ancien professeur en game design: «Games create meaning in a world that has become meaningless».

Développer des applis coûte cher. Comment finances-tu tes projets?
Le projet «CH+», qui regroupe les deux applis, est financé à presque 100% par des fondations. Officiellement, nous sommes basés à la ZHdK, avec laquelle nous entretenons une collaboration jusqu’à la fin 2022. La ZHdK se charge des aspects administratifs et je peux m’adresser à des mentors qui me mettent en contact avec des testeurs ou des spécialistes scientifiques. C’est très précieux. Dès 2023, nous devrons nous débrouiller par nous-mêmes. Générer des financements est très difficile et nous ne vendons aucune donnée. Pour cette raison, j’ai fondé la start-up de jeux éducatifs Mira Lux Creations, qui me permet d’obtenir des fonds sur une base commerciale. Nous développons des systèmes éducatifs interactifs pour divers domaines tels que les écoles ou les musées, mais aussi pour des établissements médicaux dans le cadre de traitements les plus divers.

Tu es encore en train de développer tes applis. Les élections nationales de 2023 représentent-elles ton objectif?
Oui, c’est mon objectif avoué. Pour cette raison, nous faisons preuve de prudence en termes de développement. Nous procédons à des tests dans le plus de cantons possible et obtenons de nombreux retours. De par ses différents cantons, la Suisse est très variée. Nous tenons à en profiter. D’autres séries de projets sont planifiées. D’ici aux élections nationales, les applis devront être les plus abouties et intuitives possibles pour aider le plus de personnes possible dans le plus grand nombre de cantons possible. Mais nous avons encore du pain sur la planche. Par exemple, nous nous sommes à peine occupés de la communication.

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