Ce beau crétin est partout
Avec sa mâchoire anguleuse, cette dentition beaucoup trop parfaite et la musculature d’un influenceur fitness, James Marsden a les défauts requis pour incarner l’homme objet d’Hollywood. De ceux que l’on engage quand il faut parader au bord d’une piscine, porter secours à la jolie jeune femme en détresse ou sortir une blague pas drôle.
Un Ken sympathique et bien peigné, un bibelot de sex-appeal dont on n’est pas d’emblée en mesure d’attendre des tonnes de finesse ou même d’intelligence. En clair, il a tout l’air d’être aussi charmant que doucement crétin. Or, un ami qui a eu la chance de le rencontrer nous confirmera qu’il est effectivement «adorable», mais loin d’être un abruti.
Bref, James Marsden a blousé tout le monde.
Celui qui a rencontré le succès en incarnant Cyclope dans la franchise X-Men, il y a déjà plus de 20 ans, sublime aujourd’hui deux séries parmi les plus excitantes du moment. Des seconds rôles indispensables, dans lesquelles il s’avance d’ailleurs une nouvelle fois en beau gosse un peu stupide. De quoi parle-t-on? De Paradise et de Vrais voisins, faux amis, respectivement sur Disney+ et Apple TV, qui font en ce moment un véritable carton.

Dans la première, notre homme incarne un président des Etats-Unis qui n’a jamais vraiment demandé à l’être. On le juge incompétent, manipulable et puérile, mais son assassinat va révéler sa vraie nature, alors que l’humanité subit la pire catastrophe de son existence.
Grâce a des flashbacks plutôt ingénieux, la deuxième saison démontre à quel point ce président en retrait et peu crédible avait en réalité tout compris avant tout le monde.
Dans le thriller gorgé d’humour noir Vrais voisins, faux amis, porté par le formidable Jon Hamm (Andrew «Coop» Cooper), James Marsden déboule cette fois en businessman qui a fait fortune dans l’import-export. Armé d’un costard et d’un bolide aveuglants, il impose une nouvelle fois le petit sourire Colgate, le visage de poupon des salles de sport et cette niaiserie présumée.
Dans le premier épisode de la deuxième saison, qui est sorti cette semaine, son personnage Owen Ashe va s’offrir la plus grosse baraque du coin, en cash. Pile dans le quartier où «Coop», un ancien gestionnaire de fonds spéculatifs, a commencé à cambrioler ses Vrais voisins, faux amis. Avant de toucher un autre fond, celui de sa propre vie.
L’arrivée tonitruante de ce tapageur nouveau voisin va évidemment compliquer ses plans et secouer tout son entourage.
Le trailer de la 2e saison:
Dans ces deux séries, James Marsden charrie sur ses épaules une importance plus lourde que son personnage voudrait nous faire croire. Bien sûr, d’un côté comme de l’autre, il peut compter sur un scénario écrit avec doigté.
Mais l’acteur de 52 ans sait mieux que personne comment imposer un second rôle avec une étonnante détermination, sans jamais perturber la danse des têtes d’affiche. Un talent diffus et dans les marges qu’il a d’ailleurs maintes fois dévoilé par le passé. On pense notamment à des séries comme Dead To Me ou Jury Duty.
Même dans l’incroyable Westworld, où il incarne Teddy Flood, Marsden se montre à la fois essentiel et accessoire. Et puis, si l’humour bouffon qui date des années MTV le suit depuis ses débuts, il est en réalité capable de jouer tous les rôles qu’il a l’intelligence d’accepter. Surtout, le beau gosse semble suivre un timing bien à lui. Comme l’explique très bien la journaliste Ana Cláudia Paixão sur son blog, «James ne crée pas de phénomènes, il les traverse. Il ne redéfinit pas les récits, il les soutient».
Depuis qu’il a remporté un Blockbuster Entertainment Awards en 2001 pour X-Men, notre homme se contente très souvent d’être nominé dans la catégorie du meilleur second rôle. Ce fut d’ailleurs le cas pour Jury Duty et plus récemment aux Emmy Awards pour Paradise. Trop discret pour rafler la mise et accaparer le projecteur? Peut-être. Sans frasques ni incursion à répétition dans les tabloïds people, il veut bien s’épancher, mais quand ça en vaut la peine.
Dans Vanity Fair, il avoue, par exemple, avoir toujours adoré les «personnages un peu à part, que ce soit pour des raisons comiques ou dramatiques, et les seconds rôles très particuliers». Alors que l’on pourrait penser qu’il pioche ses contrats au gré des opportunités qui s’offrent encore à lui, il s’avère que James Marsden mène sa carrière avec une précision rare, car il peut «se permettre le luxe» de s’engager dans des projets où il sent qu’il a «quelque chose à dire, même si c’est une bêtise rigolote».
Son rôle aux côtés de Jon Hamm? «Ma sœur était une amie de l’actrice Olivia Munn au lycée et je joue dans une ligue de football américain virtuel avec Jon. Avant même que j’accepte le rôle, ils m’ont sommé de participer à la série parce que le rôle était, selon eux, fait pour moi!».
Et puis, comment fait-on pour incarner un con sympa?
Dans Paradise, comme dans Vrais voisins, faux amis, cette étonnante recette fonctionne à merveille. Pas mal pour un boomer des X-Men qui a un jour été un petit garçon biberonné aux sitcoms. L’omniprésence de James Marsden aujourd’hui prouve au moins que les plateformes de streaming n’ont pas oublié d’où elles viennent.
