Faut-il voir la série d’horreur des papas de «Stranger Things»?
Je n’aime pas les films d’horreur. Ce n’est pas tant l’idée de m’exposer de mon plein gré à des scènes peu agréables qui m’est spécialement insoutenable. Leur signalétique, en revanche, peine à duper mon esprit lorsqu’on le somme d’avoir peur avec tambour et trompette.
Musique angoissante, lumière tamisée, caméra qui tremblote, fenêtres qui claquent sous les assauts du vent, apparitions fantomatiques, l’attirail de l’épouvante est souvent aussi discret que les rires préenregistrés des vieilles sitcoms américaines.
A mon plus grand désarroi, les trois premiers épisodes de la série Un très mauvais pressentiment alignent tous les clichés du genre avec un tel zèle qu’on se croirait dans La Cité de la Peur.
Souvenez-vous:
Pour vous dire, durant les cinquante premières minutes de cette nouvelle série produite par les frères Matt et Ross Duffer (papas de Stranger Things) et imaginée par la jeune Haley Z. Boston, le personnage principal collectionne les décisions que personne n’oserait prendre en pareilles situations, dans une pénombre constante et trop prononcée pour être honnête.
Toquer à la vitre d’une bagnole isolée au beau milieu d’une station-service, moteur allumé et musique à fond les ballons. S’occuper du bébé découvert dans ladite voiture. Parler à des gens aux tronches patibulaires. Fourrer son nez où ça sent mauvais. Le tout, en plissant les yeux pour bien nous faire comprendre que Something Very Bad Is Going to Happen, titre original de cette série autodiagnostiquée «d’horreur». Un peu comme si Ocean Eleven s’était appelé Des gentlemen cambrioleurs s’apprêtent à cambrioler un casino à Las Vegas.
On a beau y croire très fort, on anticipe tous les pièges et le bâillement remplace le sursaut.
Mais de quoi parle-t-on exactement? D’un couple, incarné par Camila Morrone (Rachel) et Adam DiMarco (Nicky), sur le point de s’unir dans la propriété très cossue et très isolée de l’étrange famille du futur époux, quelque part dans la nature. Cette mystérieuse jeune femme pétrie d’une envahissante paranoïa et son gendre idéal à tête de poupon ont cinq jours pour que la cérémonie se déroule comme sur des roulettes. Sauf que... quelque chose de grave est sur le point d’arriver.
Une fois sur place, les membres de la famille Cunningham sont tous aussi timbrés les uns que les autres, leur chalet de luxe est construit pour faire peur et une petite musique terrifiante, ponctuée de bruits imaginaires, vient napper cette sale ambiance, de manière quasi mécanique.
Bien sûr, nous sommes plongés dans l’esprit torturé de Rachel. Ce que nous voyons, elle se l’imagine. Du moins... au début. Car les choses vont rapidement s’accélérer lorsqu’elle pense avoir affaire à une bande de fous qui désire ardemment sa mort. Paranoïa pure ou réalité crue?
A vous de le découvrir, étant donné que Netflix nous a intimé de ne quasi rien révéler, au risque de faire s’écrouler le château de cartes de l’horreur. Mmh.
Bref, il vous faudra surtout être patient. Car ces trois premiers épisodes qui sonnent creux s’ouvrent peu à peu sur une intrigue beaucoup plus tangible et excitante, menée par des personnages qui se révèlent autrement plus complexes que prévu. En somme, une fois que les artifices du film horrifique calment leurs ardeurs, la peur, la vraie, s’immisce enfin là où on ne l’attend pas.
Rachel va-t-elle finir par épouser son Nicky? Mystère. Mais, petit conseil d’ami: il faut toujours se méfier d’un «homme qui pleure».
