L'ex-maîtresse de ce politicien influent déballe tout
C'est un moment charnière qui a secoué la politique de San Francisco et qui restera gravé comme l'un des plus embarrassants de la vie et de la carrière de Gavin Newsom, l'actuel gouverneur de Californie, déjà pressenti comme candidat pour l'élection présidentielle américaine de 2028. La révélation de sa liaison avec une subordonnée, Ruby Rippey.
Si le démocrate avait reconnu cette relation devant les caméras du pays tout entier à l'époque, avant d'empoigner ce sujet hautement sensible dans ses mémoires, publiées cette année, Gavin Newsom a toujours conservé les détails pour lui.
Tout juste résume-t-il cette affaire de plusieurs mois comme une «histoire aussi stupide que brève». «Ruby buvait trop, et moi aussi», écrit-il dans son livre. «Elle faisait partie d'un groupe de collègues venus faire la fête chez moi. Elle a été la dernière à partir.»
Dans l'article publié dans Vanity Fair, l'intéressée a tenu à mettre des points sur les virgules et à fournir pour la première fois son point de vue sur ce scandale. Etape par étape, elle déroule comment sa relation avec le maire a évolué au fil des mois, ce alors qu'elle était mariée à Alex Tourk, le directeur de campagne et l'un des plus proches amis de Gavin Newsom. Un véritable triangle amoureux digne d'une sitcom.
Ruby Rippey, qui ne formule aucune accusation ni véritable reproche à l'égard de son ancien amant mais tient plutôt à apporter des précisions, profite également de cette tribune pour relater son combat contre l'alcoolisme, l'échec de son mariage et son chemin vers la sobriété, tout en s'interrogeant sur la manière dont l'équipe du politicien a présenté cette affaire.
Une affaire de «dépendance»
Nous sommes donc en 2005. A l'époque, Gavin Newsom, âgé de 37 ans, est fraîchement séparé de sa première épouse, Kimberly Guilfoyle. Il fréquente par ailleurs déjà celle qui deviendra sa future femme, Jennifer Siebel Newsom.
Ruby Rippey, elle, en a 33. Enrôlée dans la nouvelle administration en tant que secrétaire de commission, chargée de coordonner les nominations au sein des conseils et commissions municipaux, elle travaille aux côtés de son compagnon, Alex Tourk, chef de cabinet adjoint, installé dans un bureau au bout du couloir.
Sa réaffectation dans le bureau du tout jeune maire de San Francisco va changer la donne. Petit à petit, un rapprochement s'opère. Discret, silencieux.
Les regards se transforment bientôt en flirts et en caresses, jusqu'à une nuit de l'été 2005, qui marque le commencement de leur liaison et des rencontres sporadiques dans des chambres d'hôtel de la ville.
Bientôt rattrapée par son addiction pour l'alcool et la cocaïne, les trous noirs, les incidents et sa mauvaise conscience, Ruby Rippey entrera en cure de désintoxication en mai 2006. Elle en profite pour démissionner de la mairie et rompre définitivement avec son amant.
La révélation
A son retour de cure, près de deux mois plus tard, Ruby tente de reprendre sa vie d'épouse et de mère. Pendant ce temps, elle observe son mari, Alex Tourk, partir chaque matin travailler pour l'homme avec lequel elle l'a trompé, dans la plus totale ignorance. «Il est rapidement recruté pour gérer la campagne de réélection du maire. Ses journées s'étirent entre réunions stratégiques et dîners qui se prolongent tard dans la nuit», écrit-elle.
«Pendant des mois, je ne dis rien. Le silence s'installe en moi comme une fièvre. Jusqu'à ce qu'une nuit, je ne puisse plus le supporter.» Nous sommes en janvier 2007 lorsqu'elle s'empare alors de son téléphone et rédige un mail de quelques lignes.
Si cette confession a définitivement raison de sa relation avec le père de son fils, elle sera porteuse d'autres conséquences, nettement plus publiques. Lorsque le chargé de campagne et mari trompé contacte Gavin Newsom pour en discuter, celui-ci se trouve encore à Davos pour le Forum économique mondial.
Quelques jours plus tard, le visage de l'ex-maîtresse est à la Une de tous les médias de la ville. Les chaînes de télévision diffusent l’information en boucle. Droit dans ses bottes autant qu'il est possible, le maire organise une conférence de presse en direct à la télévision. «Tout ce que vous avez entendu et lu est vrai», lâchera-t-il, avant de présenter ses excuses publiques.
Le rôle de Kamala Harris
Entre alors en scène un personnage inattendu, mais ô combien connu: Kamala Harris, à l'époque procureur de San Francisco. «Je lui dis que plusieurs personnes me pressent de prendre la parole en public. Un éditeur m'a proposé une avance pour mes mémoires. Je suis sans le sou et sans emploi», raconte Ruby Rippey.
Bien mal engagée, l'histoire de Ruby Rippey a connu un heureux dénouement: sobre depuis vingt ans désormais, elle vit toujours en Californie, au nord de San Francisco. Après son divorce d'Alex Tourk, elle a troqué les galas de la mairie contre les sous-sols d'églises, les talons aiguilles contre des New Balance. Elle s'est remariée et a donné naissance à un second fils, âgé de onze ans.
Une chose est sûre: pour Gavin Newsom, actuellement l'une des figures les plus en vue du Parti démocrate, cet article garantit probablement un regain d'attention sur un scandale que tout le monde considérait comme réglé depuis longtemps. Contacté par Newsweek, un porte-parole du gouverneur a confirmé que ce récit concorde avec les versions données précédemment.
«Le gouverneur a reconnu sa responsabilité et a présenté des excuses publiques il y a près de vingt ans, alors qu'il était encore maire. Depuis, il a rencontré sa femme, fondé une famille et s'est consacré au service des Californiens. Il a abordé ce chapitre de sa vie, notamment dans ses mémoires, et par respect pour toutes les personnes concernées, il n'a rien à ajouter», conclut le porte-parole.
A voir si, pour le candidat présomptif à la Maison-Blanche, ce coup de pub inattendu est bon à prendre... ou à oublier au plus vite.
