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Canal+: Comment «Super Pumped» s'attaque au créateur d'Uber

Joseph Gordon-Levitt est survolté dans la série Super Pumped.
Dans Super Pumped diffusé sur Canal+, Travis Kalanick est joué par Joseph Gordon-Levitt. Image: Canal+

La série Super Pumped raconte Uber et s'attaque à son créateur

Super Pumped débarque sur Canal+. Cette série nous familiarise avec la création de l'application Uber. Un sombre tableau avec pour peintre Travis Kalanick.
05.06.2022, 09:0305.06.2022, 19:36
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Travis Kalanick est le cerveau derrière Uber. C'est aussi une boule de nerfs et un puits d'égocentrisme. «TK» endosse le costume du général prêt à faire cracher la poudre à canon dans les tranchées. Une zone à feu et à sang, voilà ce qui se tramait dans les bureaux de l'application de covoiturage.

La série Super Pumped s'applique à retracer les délires mégalos d'un acharné, d'un mauvais perdant qui refuse la moindre privation de liberté professionnelle. Pour le portraiturer, le duo de créateurs Brian Koppelmann et David Levien, déjà aux manettes de l'excellente série Billions, s'inspirent du bouquin de Mike Isaac. Et pour narrer, Quentin Tarantino.

La bande-annonce:

Il est difficile de bouder son plaisir (coupable) avec Kalanick: un homme totalement déconnecté, d'un égoïsme infini qui ne cherche qu'à «prendre» des villes les unes après les autres, assoir sa domination sur le monde et les autres. «Tu ne peux pas t'attaquer à la Chine tel Rommel en France», ose Mike Gurley (joué par Kyle Chandler), l'un des actionnaires majoritaires de Uber.

Le général Kalanick est un conquistador, parti la fleur au fusil et chauffé à blanc pour accumuler un afflux massif de capitaux. L'argent est le nerf de la guerre. Son premier capital-risqueur, Gurley, prend le rôle de figure paternelle. Kalanick est dopé aux chiffres, aveuglé par ses ambitions démesurées. Mais un rejeton a toujours besoin d'un père pour le recadrer. L'entrepreneur hyperactif se définit comme un agitateur, il n'hésite pas à remettre en cause la moindre des décisions de son conseil d'administration et préfère ne jamais dévier de son axe.

Sa philosophie colle à celle d'un autre gourou de la tech, Adam Neumann, celui qui a créé WeWork. Son ascension est remplie de cupidité vers la gloire. Kalanick n'a de cesse de se comparer à Mark Zuckerberg, Jeff Bezos ou encore Elon Musk. «TK» s'est laissé entrainer dans le sillage de l'avidité, tout bonnement avalé par son désir irrépressible de grandir; l'homme verra les abysses se rapprocher sans même s'en soucier.

WeCrashed, la série qui écorche le créateur de WeWork 👇👇👇

L'histoire se glisse dans les interstices des bureaux de Uber, serpente dans les couloirs et les salles de réunion, démoule la culture d'entreprise toxique qui enflait chez Uber. La bulle va logiquement exploser à force de trop pomper. Mais Kalanick pense profit, respire le fric et laisse ses talents de manager se faire avaler par sa puérilité.

Gordon Levitt ahurissant, Kyle Chandler impeccable

On voit enfin toute l'étendue du talent de Joseph Gordon-Levitt (Batman: The Dark Knight Rises et Looper). L'acteur se glisse sous les traits de Kalanick avec brio et incarne ce regard aliéné par la réussite. Dans la peau de Gurley, Kyle Chandler (excellent dans Bloodline) joue le rôle du vieux sage, l'homme de l'ombre irremplaçable pour stabiliser et gouverner l'entreprise.

Ces deux personnages sont les pierres angulaires de la série, entraînant dans leur sillage de nombreux autres personnages secondaires comme cette armée de collaborateurs tels que Emil Michael (le très bon Babak Tafti), bras droit de Kalanick et considéré comme «Himmler» dans la boucle uberienne, Austin Geidt (solide Kerry Bishé), ou encore l'arrivée tardive d'Arianna Huffington, campée par Uma Thurman, qui détale comme une mère par procuration pour un Kalanick en décomposition. Des rôles imprévisibles, instinctifs, primordiaux dans cette mécanique aux multiples rouages, parfois défaillants, parfois bien huilés.

Kyle Chandler et Uma Thurman.
Kyle Chandler et Uma Thurman, deux parents par procuration.Image: Canal+

Un gros moteur narratif et artistique, qui s'appuie sans relâche sur le champ lexical de la guerre. Un vrai reportage en zone sinistrée. La raison est simple: «TK» est un guerrier sans pitié. Selon lui, le moindre individu qui n'est pas de son côté est un ennemi.

Une série qui reflète notre époque, qui étanche notre soif de curiosité à cerner ces magnats de la tech. Tout est dans le culte de la personnalité. Super Pumped est la série que les Américains savent parfaitement torcher, avec ce schéma classique de succès fulgurant, avant que la défaite ne frappe aussi vite la gloire.

Les licornes telles que Uber et WeWork ont bouleversé le monde économique et ne font qu'entretenir une curiosité perpétuelle pour le grand public. Entre WeCrashed ou The Dropout, série basée sur Elizabeth Holmes, celle qui a fondé l'entreprise américaine Theranos, les start-up de la Silicon Valley aux destins flamboyants ou cataclysmiques sont une mine d'or pour les scénaristes.

Le Lance Armstrong des start-up

Le destin de Kalanick rappelle les exploits de Lance Armstrong: gagner à tout prix en trichant, en mentant, en jouant les enfoirés. Mais la posture du sadique égocentrique entraîne une chute inexorable. Comme le champion cycliste texan, le déclin sera abrupt pour l'oracle de Uber. Et vous vous demandez pourquoi associer ces deux personnages: Lance Armstrong, ruiné par la perte de ses contrats, se sauvera financièrement grâce à ses actions...Uber. Le hasard fait bien les choses.

«Super Pumped» est à découvrir sur MyCanal depuis le 2 juin.

Sans filtre, extrait du film de Ruben Östlund
Video: watson
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