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Angelyne, la première Paris Hilton qui a failli gouverner la Californie

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Images: Corbis Historical et getty, montage: watson

Angelyne, la première Paris Hilton qui a failli gouverner la Californie

En 1984, Ronia Tamar Goldberg rêvait d'être célèbre. Elle le deviendra. La série Angelyne raconte l'histoire de la première influenceuse de l'histoire, âgée aujourd'hui de 73 ans. Mais aussi une Amérique douée pour commercialiser le vide, qui accueillera, quelques blondes plus tard, une certaine Paris Hilton.
20.01.2024, 07:0220.01.2024, 09:13
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Des talons, mais aucun talent. Une balle perdue? Une vacherie sexiste? Il n'en est rien. Ronia Tamar Goldberg, pur produit hollywoodien, née le 2 octobre 1950 en Pologne, a sans doute compris mieux que personne comment marche le monde. Un certain monde, le plus traître, mais aussi le plus désirable, celui du Los Angeles des années quatre-vingt. Cette époque où il était naturel (et même conseillé) de se croire almost famous, avec la paille du milkshake dans une bouche rose et Like a Virgin dans l'autoradio.

Bien avant Paris Hilton, Ronia savait que le seul fait d'exister lui offrirait une tranche de gloire aussi généreuse et mystérieuse. Une fuite en avant, sous les yeux de tout le pays. S'afficher pour mieux disparaître.

En 1982, cette étrange blonde de 34 ans va s'amouracher d'un hurluberlu qui va bouleverser sa vie, le riche entrepreneur Hugo Maisnik, qu'on disait doué dans le business du ruban adhésif. Deux ans plus tard, elle tombera dans le panneau. Littéralement. Le panneau qui fera de cette fille sans passé et élevée par des survivants d'Auschwitz, la star la plus touchante et la moins utile des Etats-Unis.

«Je suis un test de Rorschach rose, au sommet d’un nuage rose au sommet d’une montagne rose»

L'histoire longtemps racontée est effectivement rose. Une jeune femme, partie de rien, dévore Hollywood en 1984 avec un billboard imaginé (et payé) par Hugo, l'homme qui voyait en elle le «petit truc que les autres n'ont pas». Affichée en format mondial sur le bout de trottoir le plus dense de Sunset Boulevard, Angelyne dévoile pour la première fois ses seins fugueurs, la choucroute platine de circonstance et des« yeux cagoulés», comme l'écrira tendrement The Hollywood Reporter, le 2 août 2017. Le slogan, lui, fleure bon la pensée positive, une fois en tête à tête avec son miroir:

«Angelyne est géniale.»

Le premier panneau d'affichage d'Angelyne sur Sunset Boulevard, en 1984.
Le premier panneau d'affichage d'Angelyne sur Sunset Boulevard, en 1984.image: getty

C'est tout. Et ce sera suffisant. La suite aura le goût sucré de l'euphorie. Au volant de sa Corvette Stingray 1LT (rose) et moulée dans ses multiples tuniques (rose), elle vendra aux mâles affriolés une stricte idée d'elle-même, à savoir une histoire personnelle et un corps qu'elle transformera au gré de ses états d'âme. Dans le coffre de son bolide, des photos dédicacées, des produits dérivés et quelques exemplaires de ses vinyles rock, qu'elle enregistrera grâce à son boyfriend Baby Blue, puis, plus tard, sa pote Nina Hagen.

Angelyne (Photo by Jim Smeal/Ron Galella Collection via Getty Images) *** Local Caption ***
Angelyne, à Los Angeles, le 16 septembre 1987.Image: Ron Galella Collection

La première bimbo punk ambulante de Californie était née, tarifant ses apparitions. Et des panneaux d'affichage, il y en aura plusieurs centaines érigés un peu partout à Los Angeles. En quarante ans de carrière, Angelyne hissera sa propre frimousse sur près de 20 000 affiches géantes à travers le monde.

L'artisanat de soi, bien avant le selfie. La saltimbanque narcissique, bien avant l'influenceuse. En 2018, allergique au mot «viral» (parce que «je ne suis pas un virus»), elle va élégamment cracher sur ses contemporaines dans le magazine Oyster: «C'est quoi le défi de se prendre en photo aujourd'hui? De raconter son quotidien devant un écran? Je veux dire, qui aujourd'hui va sortir, trouver un investisseur, se fabriquer une image, puis installer des milliers de panneaux d'affichage?». Surtout qu'Angelyne, qui a quand même un compte Instagram (faut pas déconner), peut compter sur une cargaison de groupies amoureuses et prestigieuses.

La chanteuse Fergie, pour ne citer qu'elle, s'était approprié la dégaine historique de son héroïne, pour Halloween, le temps d'une bastringue à Los Angeles, en 2015.

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Angelyne, bimbo triste

C'est elle qui créera la bimbo moderne. Celle qu'on admire très fort, mais moins bruyamment qu'une scientifique. La poupée qu'on voudrait être si on lâchait les chiens et les codes. Et comme nous sommes en Amérique, personne n'ira creuser beaucoup plus loin. Jusqu'en 2017 et l'enquête d'un généalogiste amateur, intrigué par le mystère enfoui sous le silicone de l'irrésistible Barbie débraillée. Cette Amy Winehouse en Malabar passera une bonne partie de sa vie à maquiller une enfance grise, sous une tonne de poudre à paraître, testant avec la même endurance toutes les drogues et toutes les religions. Avec un bilan doublement mitigé.

«Juive, catholique, hindoue et les autres. Mais rien à faire, il y a vraiment trop de dogmes»
Angelyne, au journaliste Gary Baum, du Hollywood Reporter.
«Le succès est bien meilleur que n'importe quelle drogue»
Angelyne, au magazine Oyster.

A l'époque, rien d'étonnant, pour les survivants de la Shoah, de renaître ailleurs, d'effacer l'avant, dans l'espoir de se gribouiller une nouvelle virginité émotionnelle. Après avoir été trimballée de Varsovie à New York, sous le manteau de papa et avec une courte escale en Israël, Angelyne ira simplement beaucoup plus loin que les autres dans cette métamorphose de survie. Elle s'inventera des origines américaines, enchaînera les pseudonymes et les faux domiciles. Comme s'il fallait que personne ne la retrouve, pour qu'elle puisse se perde elle-même de vue.

Angelyne, bien avant le platine, le silicone et la Corvette.
Angelyne, bien avant le platine, le silicone et la Corvette.

Surnommée The Billboard Queen, la starlette sans carrière s'est peu à peu incrustée dans l'esprit de quiconque a eu un jour le privilège de vivre à Los Angeles. Là-bas, tout le monde prétend la connaître, l'avoir croisée. Bien sûr, sa célébrité lui a aussi permis de glisser un talon à Hollywood, pour une poignée de films et de dollars. Mais rien de prépondérant, rien d'inoubliable. Le défi, le vrai, était de parvenir à l'inviter à la dernière soirée à la mode, s'afficher à ses côtés dans des vernissages qui comptent ou à la sortie d'une énième cérémonie des Grammy Awards.

Angelyne fut, l'espace de trois décennies, la pièce rapportée la plus demandée et la plus consentante du gratin californien. Un Etat qui est d'ailleurs passé à deux (gros) doigts de l'élire gouverneure, en 2003, après une campagne doucement saugrenue, sous le slogan «Nous devons faire la fête!»

MALIBU, CA - SEPTEMBER 27: (EXCLUSIVE, NO U.S. TABLOID SALES) California gubernatorial candidate Angelyne strikes a pose September 27, 2003 at the Malibu Inn in Malibu, CA. Angelyne is in a crowded fi ...
Image: 3rd Party - Misc.

Et n'allez surtout pas croire qu'en vieillissant, la dame s'est assagie, rangeant le rose, la grande gueule et la choucroute au garage. A 73 ans, elle déambule toujours au volant de sa Corvette sucrée, dans les rues denses d'un Los Angeles qui ne l'oubliera jamais.

Angelyne, en 2020, à Los Angeles.
Angelyne, en 2020, à Los Angeles.getty

La série TV et le clash

Vidéo: YouTube/OCS

Il paraissait logique qu'une faiseuse de cinéma s'intéresse un jour à la vie tortueuse de cette Paris Hilton originelle. Après plusieurs documentaires plus ou moins fidèles et dignes d'intérêt, c'est Nancy Oliver qui saura imaginer une fiction en épisodes, sur la poupée la plus improbable du siècle dernier.

Cette scénariste américaine, connue pour avoir écrit Six Feet Under et True Blood, avait même réussi à traîner la vraie Angelyne dans le projet, en qualité de productrice exécutive. Avant de se ramasser une gifle monumentale. En 2022, et à bout touchant, la starlette se désolidarisera de la série, en critiquant le scénario et l'actrice qui a osé l'incarner, la pauvre Emmy Rossum.

«Cette merde est absude. Personne ne peut être Angelyne à la place d'Angelyne»
Angelyne parlant de la série Angelyne.

Et il suffit de parcourir l'existence, les archives et les séquences oubliées de cette Billboard Queen inimitable pour lui donner raison. Angelyne, la série, est disponible depuis jeudi sur Canal +. Angelyne, la femme, est disponible dans les rues de Los Angeles. Mais aussi sur son site internet, où elle entretient son propre mythe et son compte en banque, en fourguant de petits morceaux d'elle-même. Comme en 1984.

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Cette influenceuse n’existe pas et pourtant elle gagne très bien sa vie
Video: watson
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