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Voilà pourquoi à cause du Covid nos croissants sont de plus en plus chers

Les payements par carte se sont multipliés avec le Covid-19 et cela pose des problèmes.
Les payements par carte se sont multipliés avec le Covid-19 et cela pose des problèmes.Bild: KEYSTONE
Comme de plus en plus de clients paient avec des cartes de débit, les frais des kiosques ou des boulangers augmentent. Certains répercutent, désormais, cette hausse. Mais la Commission de la concurrence pourrait intervenir.
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09.02.2022, 20:3410.02.2022, 18:49
Pascal Michel / ch media

Payer son croissant à 1,50 franc avec sa carte évite de devoir sortir des pièces de son porte-monnaie et permet de faire ses courses en toute simplicité. C'est un fait.

Mais la monnaie plastique coûte cher aux commerçants. En effet, ils sont obligés de verser une redevance importante à l'entreprise en charge des terminaux de cartes. Cette dernière est composée:

  • D'un montant fixe.
  • D'une part variable.

Dans le cas du croissant en question, il s'agirait d'un montant fixe de 10 centimes et de 0,735 centime de frais variables pour une carte de débit Mastercard.

La boulangerie doit donc reverser près de onze centimes. Les commerçants s'irritent de plus en plus de ces prélèvements sur des transactions liées à de petits montants. Pourtant, la situation s'est améliorée. En effet, ils ne sont plus contraints de verser une somme de base qui pouvait aller jusqu'à 28 centimes et ce, même pour des sommes minimes (comme c'était le cas, auparavant, pour les achats effectués avec la carte Maestro). Aujourd'hui, c'est seulement dix centimes ainsi qu'un pourcentage sur le prix réalisé. Mais alors pourquoi est-ce un problème?

Le Covid a tout changé

Mais le soi-disant bénéfice pour les boulangers, les kiosques et autres a, en fait, été bloqué par l'utilisation croissante des cartes de débit:

«Le nombre de transactions par carte a doublé pendant la pandémie»
Silvan Hotz, président de l'Association suisse des patrons boulangers-confiseurs.

Dans certains endroits, deux tiers des clients paient désormais par carte, car il a été largement recommandé dans le cadre des mesures sanitaires anti-Covid d'utiliser ce moyen de payement. C'est donc pour cette raison que les prix des croissants grimpent.

Selon le Swiss Payment Monitor de la Haute école des sciences appliquées de Zurich, 34% des paiements par carte sont réalisés avec une carte de débit. Une tendance à la hausse. D'ailleurs, depuis quelques mois, les banques les imposent carrément aux clients.

Pourquoi cela pose-t-il problème aux commerçants? Une porte-parole de la société Worldline, qui vend des terminaux de cartes explique:

«Dans l'ensemble, la diffusion croissante des nouvelles cartes avec des frais légèrement plus élevés peut entraîner une légère augmentation des frais pour les commerçants.»

Elle souligne que les petites transactions sont devenues moins chères qu'auparavant, mais que ce sont les montants les plus élevés qui sont plus chers qu'avec les cartes Maestro.

Le gendarme des prix s'en mêle

En août, l'organe chargé de la surveillance des prix en Suisse a pu imposer un plafonnement à la commission du commerçant. Autrement dit la taxe prélevée en faveur de l'émetteur de carte.

En effet, ceux qui vendent des produits chers auraient dû payer des frais massifs sur les payements par carte de débit. Ce n'est plus le cas, car désormais, Worldline est obligé de facturer au maximum 3,50 francs de frais pour les cartes de débit Visa et deux francs pour les cartes de débit Mastercard. Interrogé à ce sujet, Rudolf Lanz, porte-parole de la Surveillance des prix, a déclaré que ces frais pouvaient aujourd'hui être considérés comme acceptables.

Worldline, positive la chose et souligne qu'il faut généralement considérer les frais «dans le contexte global de l'expérience du client»:

«L'acceptation des paiements par carte répond également à un besoin des consommateurs et il est prouvé qu'elle peut augmenter l'envie d'achat, et donc le chiffre d'affaires.»

Pourquoi les nouvelles cartes entraînent plus de frais?

C'est dû à ce que l'on appelle la commission d'interchange, qui n'existait pas jusqu'à présent pour les cartes Maestro et qui pèse d'autant plus lourd dans la balance.

Il est difficile de savoir, au premier coup d'œil, qui gagne dans ce casse-tête de frais. Les «acquéreurs» ou les fournisseurs de terminaux en prélèvent une partie avec la commission des commerçants, Wordline ayant tendance à en rajouter pour les petites transactions. Ce sont principalement les groupes Visa et Mastercard, cotés en bourse, qui en profitent.

Le commerçant, par exemple un boulanger de village, verse la totalité des frais, y compris la commission d'interchange, à Worldline, qui fournit les terminaux de paiement. Celui-ci doit payer la commission à l'émetteur de la carte, par exemple UBS. Elle est reversée, ensuite, indirectement à Mastercard ou Visa, qui vendent leurs licences aux banques. Les multinationales des cartes de débit ont donc tout intérêt à maintenir la commission d'interchange à un niveau aussi élevé que possible.

Dans quel cadre cette commission d'interchange a-t-elle été fondée?

A l'origine, la nouvelle commission d'interchange pour les cartes de débit avait été approuvée, en 2017, par la Commission de la concurrence (Comco) afin de donner aux banques, en tant qu'émettrices de cartes, les moyens financiers d'investir dans la nouvelle technologie des cartes de débit.

L’autorité avait alors déclaré que dès que les cartes auraient atteint une part de marché de 15%, elle examinerait si cette commission pourrait encore être prélevée, car elle contrevient, en fait, au droit des cartels.

«Il est possible que la part de marché soit dépassée dans le courant de l'année», affirme la Comco. Dans la branche, on entend dire que l'autorité régularisera peut-être la redevance dès cet été et qu'elle la baissera éventuellement.

Severin Pflüger, directeur de l'association des paiements électroniques, y travaille:

«Les banques ainsi que Visa et Mastercard ont pu mettre en place l'infrastructure des cartes de débit au cours des cinq dernières années. On ne voit pas pourquoi elles devraient continuer à prélever une commission d'interchange élevée pour cela, au détriment des commerçants et des consommateurs.»

Les secteurs malmenés peuvent donc espérer que les paiements par carte leur reviendront bientôt un peu moins cher. Et les consommatrices et consommateurs de voir le prix de leurs croissants baisser.

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