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«La mafia PayPal» fait trembler la Silicon Valley

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Les trois têtes qui forment les trois pierres angulaires de la «mafia Paypal».Image: UGC / watson

«La mafia PayPal» fait trembler la Silicon Valley

Ils sont connus pour avoir fondé PayPal, l'iconique start-up qui a inventé le paiement en ligne et pesant plusieurs milliards aujourd'hui. Désormais, le trio hanterait et «droitiserait» la Silicon Valley, entraînant avec lui une culture d'enterprise que la gauche abhorre.
19.02.2023, 16:3019.02.2023, 17:51
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La «mafia PayPal», un syndrome démocratisé à la suite d'un article paru dans le magazine Fortune en 2007. Dans une interview accordée à L'Obs, Asma Mhalla a rappelé ce syndrome vicieux qui touche actuellement la Silicon Valley amorcée par les trois fondateurs du service de paiement en ligne. La géopoliticienne de la «Big Tech» s'exprimait à propos des délires mégalo de Musk, de ses techno-utopies qui lui ont notamment fait acheter Twitter pour «sauver la liberté d'expression». Dans l'esprit du multi-entrepreneur, son emprise est à présent si tentaculaire qu'il aurait un réseau de surveillance aussi étoffé que celui de la NSA.

Mais pour Mhalla, Musk est tout simplement hypnotisé par la droitisation de la Silicon Valley, jadis terres des hippies et du progressisme. Exit les altermondialistes, les années 70 comme dans une poche de souvenirs, la Silicon Valley a vu une pluie de billets verts lui faire oublier son passé baba cool. Mais pourquoi? Le pouvoir, bien sûr. Et ce changement de paradigme politique, de lutte conservatrice, serait orchestré par un trio, selon les insiders du temple de la tech: Elon Musk, Peter Thiel et David Sacks. Les révolutionnaires du paiement en ligne qui sont devenus cette fameuse «mafia PayPal». Des potes aux poches pleines et aux idées (très) conservatrices.

Pourquoi ce terme de «mafia Paypal»?
Ils ont créé PayPal et ont enchaîné avec d'autres start-up. Le plus célèbre, Elon Musk, a fondé Tesla et Space X. LinkedIn pour Reid Hoffman (autre maillon de Paypal). Le spécialiste du big data Palantir pour Peter Thiel. David Sacks a, lui, fondé Geni.com et Yammer. Max Levchin, Jeremy Stoppelman et Russel Simmons, des copains d'étude, ont travaillé à la conception de Paypal avant de lancer Yelp. Et ces personnages de l'ombre sont des éléments essentiels. 6 des 19 personnes ayant participé à la création de PayPal sont devenues milliardaires, et tous ont participé à la création d'entreprises de fonds d'investissement.

C'est au magazine spécialisé Fortune qu'on doit cette expression, après la publication d'une photo en 2007 des anciens employés de Paypal en habits de gangsters.
The "paypal mafia" photographed at Tosca in San Francisco, Oct, 2007.
Back row from left: Jawed Karim, co-founder Youtube; Jeremy Stoppelman CEO Yelp; Andrew McCormack, managing partner Laio ...
La fameuse photo de 2007 du magazine Fortune. Image: Wikipedia / Robyn Twomey

Ces trois partagent une même vision économico-politique. Ils ont les mêmes intérêts. Musk, en mettant la main sur Twitter pour 44 milliards, est désormais au centre des débats idéologiques et des affrontements géopolitiques, dans une guerre de l'information qui fait rage. Margaret O'Mara, historienne de la Silicon Valley et auteure d'un livre intitulé de The Code (2019) décrivait, toujours dans L'Obs, ces trois boss «qui savent mieux que les autres».

«Ils ont fait fortune très jeunes, ils ont considéré qu'ils savaient mieux que les autres, et qu'ils n'avaient pas le temps pour les bureaucrates ou le statu quo»
Margaret O'Mara dans L'Obs

Ce nouveau souffle de «droitisation», voire «extrême-droitisation» de la tech est de plus en plus souligné dans les médias américains. Le New York Times évoquait l'argent versé par Peter Thiel à la droite radicale, et ses prises de parole remarquées vont de l'aberration du droit de vote des femmes à ses désirs de guérir la mort. Son idée est de faire avancer cette idéologie libertarienne. Il finance même le mouvement Seasteading de Patrick Friedman, relayant des projets de nations offshore pour échapper aux lois des gouvernements. Il a également investi dans Rumble, la plateforme vidéo fétiche des complotistes de QAnon.

Des ambitions plus élevées que la présidentielle

David Sacks, lui, poursuit une idéologie empruntée à l'«alt-right». Pour ce qui est de Musk, bien que plus mesuré politiquement, appartient à cette caste. Si bien qu'après ses dérapages sur Twitter, de nombreux observateurs pensent que le chantre autoproclamé de la liberté d'expression a des ambitions plus élevées que la présidentielle américaine.

Musk est en passe de pousser loin le bouchon, de prendre la lumière pour se muer en grand sauveur de la planète. Quand Jeff Bezos s'offre le Washington Post, Musk préfère s'offrir Twitter pour devenir le centre des intentions - ou plutôt court-circuiter les débats. Musk, bien que dans un costume de technocrate apolitisé, aurait emprunté le même système de pensée que ses deux potes. Ces trois ont de la suite dans les idées: ils veulent rendre le monde meilleur.

Un cyber-populisme étrenné par cette «mafia PayPal» qui n'entame en rien le credo de la Silicon Valley: une foi aveugle dans la technologie; la réponse à tous les maux de l'humanité. Puisque la révolution passera par l'innovation.

Anti-Etat?

Pour les grands manitous et penseurs de la Silicon Valley, cette posture de régime anti-gauche et militant (ou antiwokisme comme l'impose la novlangue) s'implémente dans l'esprit des gourous de la tech. L'exemple de Musk, au vu de son management frontal, rappelle à Asma Mhalla que le boss de SpaceX cède à une forme de «libertarianisme à géométrie variable quand il s’agit d’avoir du business, de la commande, et donc un leadership.» Il n'est en somme pas contre l'Etat, mais se montre ultralibéral économiquement.

Une future série?
Le magazine en ligne The Hustle parlait même du prochain show télévisé concernant cette mafia. Le site Protocol expliquait même qu'un projet est dans les tuyaux: il serait basé sur le livre de Jimmy Soni, The Founders, dont les droits ont été acquis par des sociétés de production appartenant aux anciens de PayPal, David Sacks et Jack Selby.

Musk serait un symptôme de cette «droitisation» de la Silicon Valley, très conservateur sur les valeurs, par exemple. Le boss de Tesla n'adhère pas à ce paquet du progressisme, à cette culture d'entreprise bienveillante, comme l'inclusivité, la responsabilité sociale et l'activisme politique, considérés comme indispensable pour les chefs d'entreprise dans les années 2020.

Le (très) conservateur Telegraph rappelle que cette «droitisation» du temple de la tech californienne a ses bons côtés: Twitter retrouverait la voie de la stabilité financière et renouerait avec la rentabilité. Une horrible fresque entrepreneuriale pour la gauche qui voit en Musk et la «mafia PayPal» le libertarianisme. Ce mouvement s'inspirant des travaux d'Ayn Rand, l'écrivain et philosophe qui vise à réduire l'Etat à son strict minimum.

Toujours est-il que cette «mafia PayPal» a entraîné dans son sillage de nouvelles structures. Facebook, Oracle et maintenant Square, comme le rappelle Business Insider, ont aussi leur mafia d'entreprise; en Europe, la tendance prend racine, comme le relève Les Echos. Des duplications qui gangrènent, selon certains, ou qui donnent un grand coup de fouet à la productivité, pour d'autres. Les critiques les plus féroces rappellent que nous fournissons nos données à une poignée d'entrepreneurs aux penchants complotistes, aux bras longs et aux obsessions d'un contrôle mondial.

Elon Musk a sa version chinoise, voici «Elong Musk».
Video: watson
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