Le «prix à payer» de Trump touche aussi les hypothèques suisses
Donald Trump a récemment déclaré: «Nous devrions avoir les taux d’intérêt les plus bas du monde, comme il y a 30 ans». Le président américain a cependant décroché un autre record, puisque le taux des obligations d’Etat américaines à 30 ans ont atteint ces derniers jours leur plus haut niveau depuis 25 ans.
Donald Trump est en partie responsable de ce record, mais il est loin d’en porter seul la responsabilité. Certaines causes sont mondiales, tout comme leurs conséquences. Celles-ci se font sentir jusque sur les taux européens et suisses.
La guerre en Iran, un moteur d'inflation
La guerre contre l’Iran déclenchée par Donald Trump constitue l’une des causes de la hausse des taux. Les prix du pétrole, de l’essence, du diesel et du kérosène ont augmenté rapidement avant de connaître de violentes fluctuations. Cette évolution alimente l’inflation, que les banques centrales doivent combattre en relevant leurs taux directeurs.
Les incertitudes sont actuellement grandes et les déclarations souvent contraires des deux camps alimentent ce manque de prévisibilité. Les marchés peuvent un jour être rassurés par des rumeurs selon lesquelles les producteurs de pétrole seraient capables de faire passer clandestinement des millions de barils par le détroit d’Ormuz, tout en découvrant ensuite dans le Wall Street Journal l’existence d’un plan secret iranien visant à provoquer une escalade de la guerre.
Dans la droite ligne de ces projets, un représentant du régime évoque même sur les réseaux sociaux «un projet de vengeance sanglante sur plusieurs générations». L’Iran voudrait se venger du fait que les Etats-Unis ont tué son ancien dirigeant Ali Khamenei, en s’en prenant personnellement à Donald Trump. La menace est sans équivoque:
La dette publique a pris l'ascenseur
La dette publique américaine, que Donald Trump a portée à des niveaux records, met elle aussi les nerfs des investisseurs à rude épreuve. Sous sa présidence, le déficit budgétaire annuel a atteint 2000 milliards de dollars et la dette publique totale approche la barre des 40 000 milliards.
La dette publique dépasserait ainsi de 20% la production économique annuelle des Etats-Unis. L’agence de presse Bloomberg cite à ce sujet un analyste selon lequel il n’y a malgré tout aucune raison de paniquer, du moins pas encore. Kevin Warsh, le nouveau président de la Réserve fédérale américaine, n’a pas non plus apporté jusqu’ici ce que Donald Trump attendait de lui.
Lors de sa première grande apparition publique, il a semblé «maladroit», selon des analystes. Les taux à long terme ont bondi juste après. Les marchés ont eu l’impression que Kevin Warsh repoussait des hausses nécessaires des taux directeurs. L’inflation augmenterait ainsi davantage, ce qui l’obligerait plus tard à prendre des mesures correctives d’autant plus fortes.
Un risque de récession autour de l'IA
Donald Trump n’est, en revanche, pas responsable du fait que l’essor de l’intelligence artificielle ait commencé durant son second mandat. Les besoins de financement des infrastructures nécessaires à cette technologie atteignent des proportions historiques. Google, Meta, SpaceX, Anthropic ou OpenAI dépensent des centaines de milliards de dollars.
Les flux financiers sont si considérables que la Banque des règlements internationaux (BRI) les a comparés aux grands cycles d’investissement du passé. Elle cite notamment la construction de canaux, de chemins de fer, de réseaux électriques ou d’infrastructures de télécommunication. Selon la BRI, les investissements ont été chaque fois excessifs et ces cycles se sont systématiquement achevés par une récession.
Quelle que soit l’issue cette fois-ci, les investisseurs dans l’IA sont actuellement en concurrence avec l’Etat américain pour capter une épargne redevenue plus rare, ce qui pousse également les taux à la hausse. Un analyste décrit ainsi cette tendance:
La Suisse partiellement épargnée
Guerre contre l’Iran, inflation, dette publique, essor de l’IA: ces tendances ne font pas grimper les taux uniquement aux Etats-Unis. Selon Bloomberg, elles ont déclenché une «peur mondiale sur les marchés obligataires». En Allemagne, l’Etat paie sur sa dette des intérêts qui n’avaient plus été aussi élevés depuis 2011. En France et au Royaume-Uni, ils atteignent leur plus haut niveau depuis 2008, et au Japon depuis 1996.
En Suisse, les taux restent à un niveau bien inférieur, mais une hausse est également perceptible dans le pays. A l’automne 2025, le taux des obligations d’Etat à dix ans se situait encore en dessous de 0,2%. Il s’est rapproché dernièrement de la barre des 0,5%. Cette évolution tend à faire augmenter les taux hypothécaires supportés par les propriétaires immobiliers.
Le taux ne devrait pas grimper beaucoup plus. La Banque nationale suisse n’a en effet aucune raison d’abandonner son taux directeur actuel de 0%: avec 0,4% dernièrement, l’inflation est nettement plus faible qu’à l’étranger. Les taux suisses, inférieurs à ceux pratiqués à l’étranger, affaiblissent toutefois le franc et renforcent l’euro. Après être tombée à 90 centimes au printemps de cette année, la monnaie européenne est récemment remontée à 94 centimes.
Le prix à payer pour détruire l'Iran
Donald Trump n’obtiendra probablement pas de sitôt les taux d’intérêt historiquement bas qu’il réclame. Cela pourrait encore faire baisser sa cote de popularité, alors même que celle-ci vient d’atteindre un nouveau plancher record, selon l’agence de presse Reuters. Car la hausse des taux des obligations d’Etat entraîne également celle des taux hypothécaires américains, au grand mécontentement des propriétaires.
Peut-être Donald Trump finira-t-il par tenir aux propriétaires le même discours que celui qu'il a tenu automobilistes américains. Il avait déclaré que si ces derniers devaient payer leur essence un peu plus cher, ils devraient se rappeler qu’il s’agissait du «prix à payer pour qu’un pays foncièrement mauvais cesse d’exister», pour justifier les conséquences de ses attaques sur l'Iran. Il l'affirme sans ambages:
(btr/az)
