Il a un plan pour faire vaciller Poutine le 20 septembre à midi
Le détracteur du Kremlin Ilia Iachine, qui vit en exil depuis plusieurs années, appelle tous les «Russes opposés à la guerre» en Ukraine à voter contre le parti de Vladimir Poutine aux prochaines législatives.
Son initiative, baptisée «Midi pour la paix», vise à inciter tous les électeurs tant en Russie qu'à l'étranger à se rendre, pour ce faire, aux urnes le 20 septembre à cette heure-là dans leurs pays respectifs. Habitant à Berlin, il explique:
Une action similaire avait été organisée en 2024, le jour de l'élection présidentielle russe.
Ce n'est pas «une élection»
La victoire de Russie unie ne fait pas le moindre doute. Les autorités russes exercent en effet depuis des années un contrôle strict sur le processus électoral et les défenseurs des droits humains mettent en exergue les fraudes orchestrées au moment des scrutins.
La répression a atteint en Russie des niveaux jamais vus depuis la fin de l'ère soviétique après le déclenchement de l'invasion de l'Ukraine en 2022. Des milliers de personnes ont été emprisonnées ou condamnées à des amendes pour avoir dénoncé ce conflit. Les principales figures de l'opposition sont incarcérées, en exil ou mortes et les manifestations contre le Kremlin quasi inexistantes.
Le mois dernier, la Cour suprême russe a empêché le seul parti opposé à cette guerre, Iabloko, de se présenter aux prochaines législatives. «Nous ne considérons même pas cela comme une élection», confie Ilia Iachine.
Ce quadragénaire, un proche allié du défunt opposant Alexeï Navalny, est à la tête d'un parti fondé en juin dans la capitale allemande qui s'est donné pour mission de rassembler les différents groupes d'opposition russes — longtemps minés par des luttes intestines — afin d'appeler à la fin des hostilités en Ukraine et de défendre les droits humains. Il s'attend à ce que des milliers de personnes se joignent à l'action à laquelle il appelle fin septembre.
Donner aux Russes la possibilité de s'exprimer
«Nous voulons donner aux gens la possibilité d'exprimer leur position face à ce qui se passe, leur opposition à la guerre et à la dictature de Vladimir Poutine», explique l'opposant.
Militant actif dans l'opposition libérale en Russie depuis les années 2000, Ilia Iachine avait été condamné fin 2022 à huit ans de prison pour s'être insurgé contre «le meurtre de civils» dans la ville ukrainienne de Boutcha pendant l'assaut russe. Il avait été relâché deux ans plus tard au cours d'un échange de prisonniers historique entre la Russie et les Occidentaux.
Quelles ambitions pour son parti, «Russie Pacifique»? Accéder au pouvoir un jour, lorsque cet objectif sera peut-être un peu plus réaliste. Ilia Iachine explique:
Avant de promettre : «lorsque l'occasion se présentera, je serai le premier à retourner en Russie.» Cela dépendra en grande partie de la fin de la guerre en Ukraine et «de la manière dont elle se terminera», ajoute-t-il.
Une escalade en Ukraine avant les élections
Ilia Iachine dit d'ailleurs s'attendre à une «escalade» en Ukraine après la fin du scrutin. Il pense que des centaines de milliers de Russes seront mobilisés afin de mener une grande offensive au printemps ou à l'été l'année prochaine. «Rien n'indique que Poutine soit prêt à entamer des négociations sérieuses avec l'Ukraine. (...) Mais de nombreux signes montrent qu'il prépare une escalade», martèle-t-il.
Le président russe a réfuté ces rumeurs, y voyant des tentatives de désinformation en amont des législatives. La Russie avait procédé à une «mobilisation partielle» de quelque 300 000 réservistes en septembre 2022 pour faire face à des contre-offensives ukrainiennes victorieuses.
La mesure, impopulaire, avait entraîné l'exode de nombreux Russes à l'étranger et les autorités ont depuis évité toute initiative similaire, malgré des pertes très importantes sur le front. Autres évolutions possibles, selon Ilia Iachine: «une provocation à l'encontre de l'Otan», telle qu'«une tentative de s'emparer d'une des villes des Etats baltes, ou une provocation à l'encontre de la Pologne», prédit-il. Autant de scénarios, là encore démentis par Moscou.
