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Qui est Gadi Eizenkot, l'homme qui peut battre Netanyahou?

Gadi Eizenkot
Gadi Eizenkot, nouveau rival de «Bibi».Image: keystone

Netanyahou redoute cet homme

Gadi Eizenkot pourrait devancer Benjamin Netanyahou et menacer sa place de premier ministre lors des prochaines élections en Israël, selon les derniers sondages. Qui est cet homme qui veut faire tomber l’éternel «Bibi»?
10.09.2026, 05:5810.09.2026, 05:58
Pierre Heumann, Tel Aviv / ch media

A sept semaines des élections en Israël, Gadi Eizenkot est devenu le rival le plus dangereux de Benjamin Netanyahou, au point de devancer nettement le chef du gouvernement sortant dans le dernier sondage. Si l’on en croit les projections électorales, son parti Yashar obtiendrait 25 sièges – quatre de plus que le Likud de Benjamin Netanyahou - et deviendrait ainsi la première force de la prochaine Knesset.

Le chef de file du camp anti-Netanyahou arriverait également en tête en cas de duel direct: 42% des personnes interrogées le jugent plus apte à être premier ministre, contre seulement 35% pour Benjamin Netanyahou. Mais la course est encore loin d’être jouée.

Des révélations qui font mal

D'ailleurs, le journal Haaretz a secoué la campagne avec une révélation choc sur Benjamin Netanyahou. Le président des Emirats arabes unis, Mohammed bin Zayed, l’aurait averti d’une opération majeure du Hamas quelques jours avant le 7 octobre. Le premier ministre n’aurait pourtant ni transmis l’information aux responsables de la sécurité ni modifié sa stratégie concernant Gaza.

Le bureau de Benjamin Netanyahou a démenti ces informations, mais celles-ci ont été confirmées au moins indirectement depuis Abu Dhabi. Gadi Eizenkot s’est servi de ces révélations pour lancer une attaque frontale: Benjamin Netanyahou aurait «conduit Israël les yeux fermés vers la catastrophe» et serait inapte à exercer la fonction de premier ministre.

Le fait que «Bibi» s’en prenne de plus en plus personnellement à son rival, y compris au moyen de vidéos générées par intelligence artificielle, montre à quel point il le prend au sérieux.

Gadi Eizenkot offre toutefois peu de prises aux attaques. Il est considéré comme modeste, pragmatique et intègre. Le nom de son nouveau parti, Yashar, reprend délibérément cette image: en hébreu, yashar signifie à la fois «droit» et «intègre».

Le service militaire obligatoire comme objectif

La principale faiblesse de Gadi Eizenkot réside dans le flou de son profil politique. Jusqu’à présent, il n’a présenté que peu de projets concrets sur le conflit avec l’Iran, la position internationale d’Israël et les réformes intérieures, des questions pourtant centrales dans le pays.

Deux points de son programme sont toutefois clairs. Gadi Eizenkot réclame en premier lieu l’application du service obligatoire à tous. Il s’appuie ainsi sur l’indignation croissante provoquée par l’exemption presque totale du service militaire dont bénéficient les ultraorthodoxes, acceptée par Benjamin Netanyahou afin de conserver le soutien de ses partenaires de coalition religieux radicaux. Gadi Eizenkot veut soulager les réservistes, les personnes actives et les familles.

Deuxièmement, Gadi Eizenkot s’oppose à la création d’un Etat palestinien dans les conditions actuelles. Depuis le 7 octobre, la création d’un tel Etat serait déconnectée de la réalité; il refuse par ailleurs de s’engager explicitement en faveur de cet objectif, même à long terme. Après le 7 octobre, l’idée de créer maintenant un Etat palestinien serait «délirante», estime Gadi Eizenkot. Quiconque réclame aujourd’hui «la paix maintenant» et une solution à deux Etats méconnaît, selon lui, la profondeur du conflit national, religieux et social.

Contrairement à Benjamin Netanyahou, Gadi Eizenkot réclame la création d’une commission d’enquête d’Etat chargée de déterminer pourquoi l’attaque du Hamas n’a pas pu être empêchée lors du samedi noir du 7 octobre 2023. Alors que Benjamin Netanyahou refuse catégoriquement toute enquête indépendante et cherche avant tout à faire porter la responsabilité à d’autres, Gadi Eizenkot exige que toute la lumière soit faite et que chacun reconnaisse ses propres erreurs.

Nommé par Netanyahu lui-même

Les origines marocaines de Gadi Eizenkot pourraient lui permettre de séduire une partie de l’électorat auprès de laquelle le Likud de Benjamin Netanyahou est traditionnellement bien implanté. Né en 1960 de parents juifs marocains ayant immigré en Israël, il a grandi dans un milieu modeste à Eilat. Il était le deuxième d’une famille de neuf enfants.

Gadi Eizenkot a commencé sa carrière militaire au sein de la brigade Golani, une unité de l’armée israélienne particulièrement aguerrie, riche en traditions et proche de la population. Il a ensuite gravi tous les échelons jusqu’à atteindre le sommet des forces armées. De 2015 à 2019, il a été chef d’état-major après avoir été nommé, précisément, par Benjamin Netanyahou.

Les deux hommes se sont retrouvés des années plus tard. Gadi Eizenkot a rejoint le gouvernement d’urgence de Benjamin Netanyahou aux côtés de Benny Gantz après le massacre du 7 octobre 2023. Au sein du cabinet de guerre, il a réclamé des objectifs militaires clairement définis, mis en garde contre une dispersion stratégique et demandé que des décisions soient prises concernant les otages.

Un fils mort à la guerre

Gadi Eizenkot a quitté le gouvernement en juin 2024 et pris ses distances avec la gestion de la guerre de Benjamin Netanyahou. Il a notamment dénoncé l’absence de stratégie à long terme, en particulier concernant les otages détenus dans la bande de Gaza.

Les plans pour Gaza agitent la planète👇

Nouveau venu en politique, il connaît le prix des décisions militaires à la fois parce qu'il a siégé à la tête de l’état-major et parce que son fils Gal est mort au combat dans la bande de Gaza en décembre 2023 alors qu’il servait comme réserviste. La famille a ensuite perdu deux autres proches durant la guerre. Dans une société où les réservistes et leurs familles supportent un poids considérable, cette tragédie confère à Gadi Eizenkot une crédibilité particulière.

Trouver des soutiens pour évincer «Bibi»

Une victoire lors des élections ne propulserait toutefois pas automatiquement Gadi Eizenkot au poste de premier ministre. Sa principale faiblesse réside dans l’arithmétique des coalitions. Ensemble, les partis d’opposition sionistes n’obtiendraient que 57 des 120 sièges.

Ce serait supérieur au résultat du bloc de Benjamin Netanyahou mais, pour évincer celui-ci, Gadi Eizenkot devrait alternativement obtenir le soutien des partis arabes ou, à tout le moins, leur abstention bienveillante, convaincre des partis ultraorthodoxes de changer de camp ou rallier des députés du Likud.

Benjamin Netanyahou, le premier ministre ayant exercé le plus longtemps dans l’histoire d’Israël, briguera lors des élections du 27 octobre un septième mandat historique. De nombreux adversaires ont tenté de le battre avec ses propres armes: une rhétorique plus dure, une mise en scène plus spectaculaire et la promesse d’une direction encore plus déterminée.

Gadi Eizenkot a choisi la voie opposée. Son message est le suivant: Israël n’a pas besoin d’un deuxième Benjamin Netanyahou, mais d’un chef de gouvernement conscient de ses responsabilités. La campagne électorale porte moins sur les projets politiques que sur une question: Gadi Eizenkot peut-il mettre fin à l’ère Netanyahou?

(Traduit et adapté de l'allemand par Bastien Trottet)

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