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Biden promet des milliards à l'Ukraine, mais d'où vient tout cet argent?

Un milliard: la somme vertigineuse promise mercredi par Joe Biden à l'Ukraine, alors qu'il a fait voter une (épaisse) enveloppe de presque 40 milliards de dollars il y a quelques semaines. Mais d'où uncle Joe puise-t-il cette somme? Et à quoi va-t-elle servir? Explications.
20.06.2022, 06:0920.06.2022, 17:41
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Depuis le début de la guerre, la communauté internationale se mobilise pour l'Ukraine à coups de promesses de dons. Des montants stratosphériques où s'alignent les zéros.

Dernier en date: celui du président américain Joe Biden, qui surenchérit avec une tranche d'aide militaire supplémentaire. Un gros gâteau d'un milliard de dollars, rien que ça. Auquel il faut ajouter 225 millions d'aide humanitaire, destinés à fournir des biens de première nécessité à la population ukrainienne. Le tout annoncé sobrement au cours d'un appel téléphonique entre Biden et Zelensky, le 15 juin. Ça semble presque trop facile. Au point qu'on imagine Biden sortir cet argent d'un chapeau de magicien.

Depuis le début de l'invasion russe en Ukraine, les Etats-Unis ont déjà alloué 5,6 milliards de dollars aux autorités de Kiev. Sans compter la gigantesque enveloppe votée fin mai par le Congrès, qui promet d'allouer 40 milliards dans un futur proche.

Nom de code: Roosevelt

Quarante milliards. Un montant «fat» et historique à plus d'un titre: il repose sur une loi dite «prêt-bail», digne héritière d'un dispositif mis au point durant la Seconde Guerre mondiale pour lutter contre le régime nazi. A l'époque, le programme doit son nom à son concepteur: Franklin D. Roosevelt.

(Au cas où vous auriez moins de 77 ans: Roosevelt c'est lui.)
(Au cas où vous auriez moins de 77 ans: Roosevelt c'est lui.) image: keystone

Aujourd'hui baptisée (moins sobrement) «Ukraine democracy defense lend-lease act», cette loi prévoit d'accélérer l'envoi d'équipement militaire vers l'Ukraine et de faciliter le prêt d'armes, en supprimant une série d’obstacles qui pourraient ralentir la procédure. «Elle facilite entre autres la durée de prêt au-delà de cinq ans et élève les plafonds de remboursement», précise Mathilde Velliet, chercheuse à l’Institut français des relations internationales (Ifri) et spécialiste de la politique américaine, au Parisien.

A quoi se destine cet argent?

Comme le confirme à watson Mark F. Cancian, conseiller au sein du programme de sécurité internationale du Center for strategic and international studies (CSIS) à Washington, cette somme phénoménale, puisée dans le Trésor américain, se divise en plusieurs champs:

  • 19 milliards de dollars pour un soutien militaire immédiat à l'Ukraine afin de soutenir la résistance.
  • 16 milliards de dollars pour un soutien économique.
  • 3,9 milliards de dollars pour soutenir les forces américaines déployées en Europe.
  • 2 milliards de dollars pour le soutien à long terme aux alliés de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (Otan) et les programmes de modernisation du ministère de la Défense.

Certains pans du plan d'aide seront disponibles rapidement, dans les jours et les semaines à venir. Mais d'autres, précise Mark Cancian, mettront des années à être mis en place. Certains fonds ne devraient pas être dépensés avant 2031.

Pendant les cinq premières semaines du conflit, le soutien militaire à l'Ukraine s'est élevé en moyenne à environ 30 millions de dollars par jour. Le présent paquet rehausse le niveau à 135 millions de dollars par jour. Un soutien gigantesque, mais indispensable.

«Sans ces programmes d'aide, les Russes seraient aux frontières de la Pologne et de la Roumanie»
Mark Cancian, expert au CSIS

Les dessous de ce chiffre record

Le «dispositif Roosevelt» n'est pas le premier programme d'aide financière accordé à l'Ukraine par les Etats-Unis depuis le début de la guerre. Il a été précédé par cinq autres plans de «moindre» ampleur, annoncés le 25 février, le 12 mars, le 16 mars, le 5 avril, le 13 avril, le 21 avril et le 24 avril. Des fonds d'abord conçus pour durer quelques semaines, dans l'optique d'une guerre courte. Des fonds qui ont vite fondu. Trop vite.

Joe Biden, le 28 avril 2022, à la Maison-Blanche.
Joe Biden, le 28 avril 2022, à la Maison-Blanche.Image: sda

Alors, qui dit prolongement de la guerre, dit rallonge budgétaire. Le 28 avril dernier, devant l'assèchement des fonds déjà accordés à l'Ukraine, Biden demande formellement au tout-puissant Congrès - qui tient les cordons de la bourse -, de voter une augmentation drastique. Il réclame pas moins de 33 milliards de dollars. Finalement, les élus démocrates et républicains de la Chambre des représentants iront au-delà de ses attentes en lui accordant sept milliards supplémentaires.

Outre le Trésor américain, Biden a trouvé une autre source de financement symbolique: vendre les avoirs gelés des oligarques russes (soit un milliard aux USA et 30 milliards en Europe) pour compenser les destructions causées par l’armée russe.

Pourquoi tant de bonté?

Aussi louable qu'il soit, cet élan de générosité n'est évidemment pas désintéressé. Business is business. L'effort financier fourni par l'administration américaine doit être rentable. Si Biden a remis au goût du jour le système de «crédit-bail», explique le professeur Alain Bauer au Parisien, c'est aussi parce que le chef de l'Etat sait qu'il avance les sommes nécessaires à ces pays pour acheter... du matériel américain.

Mais l'intérêt n'est pas que financier. Les Américains investissent également dans la sécurité de l’Europe. Et surtout, la leur.

«Le prix de cette guerre n'est pas bon marché. Mais céder à l'agression, si nous laissons faire, coûterait encore plus cher»
Joe Biden

Mitch McConnell, leader des Républicains au Sénat, ne s'en cache pas: «L'aide à l'Ukraine va bien au-delà de la charité. L'avenir de la sécurité et des intérêts stratégiques fondamentaux de l'Amérique sera façonné par l'issue de ce combat».

«Toute personne préoccupée par le coût du soutien à une victoire ukrainienne devrait considérer les coûts beaucoup plus importants si l'Ukraine perdait»
Mitch McConnell

Les Européens, ces «radins»

Au sein du Congrès, le discours a fait mouche. Le jour du vote, la loi «Ukraine democracy defense lend-lease act» a été soutenue quasiment à l'unanimité.

Quelques rares voix solitaires se sont élevées contre ce crédit. Parmi elles: le sénateur républicain du Kentucky, Rand Paul. Bien que le personnage ait réitéré sa «sympathie» pour la cause ukrainienne, les arguments idéologiques et sécuritaires n'ont pas trouvé grâce à ses yeux. «Oui, notre sécurité nationale est menacée. Mais pas par la guerre russe en Ukraine: par la guerre du Congrès contre le contribuable américain.» Une dizaine d'autres sénateurs se sont rangés sagement derrière cette figure de proue, dont celui de l'Indiana, Mike Braun, qui a déclaré :

«Les Européens, ça se passe dans leur cour, mais ils sont très radins»
Image: sda

Et ils paient combien, les «radins»?

Oui, au fait! Qu'ont-ils mobilisé, les Européens? Sur son site internet, l'Union européenne (UE) précise qu'elle a mobilisé environ 4,1 milliards d’euros jusqu'à présent. Dont une enveloppe de 500 millions d’euros supplémentaires en cours, qui doit servir aux Etats membres de l'Union à maintenir la forte cadence des livraisons d’armes à l’Ukraine.

«Face à la soudaineté de l’agression russe, la première réaction a été celle de la solidarité d’urgence avec le pays agressé. Il s’agissait d’abord de fournir des armes pour éviter l’écroulement, on réglerait les aspects financiers plus tard»
Une source militaire anonyme du quotidien Le Parisien

Pour «rembourser» les équipements prélevés dans les stocks des armées nationales des membres de l'UE, un fond européen a été créé spécifiquement à cet effet. L'argent ne tombe pas du ciel - mais des contributions des pays européens.

D'autres armes ont été envoyées en Ukraine en tant que dons gratuits. Du matériel ancien dont les Etats ne se servaient pratiquement plus.

Pour rassembler toutes les propositions de dons, d'un côté, et les besoins exprimés par Kiev de l'autre, une cellule spéciale a également été mise sur pied à Bruxelles. Son travail consiste à faire le tri, à tout recenser et, à plus ou moins long terme, à permettre aux Etats donateurs d'être remboursés un jour. Les pays de l'Est, dont la Pologne et la République tchèque, font partie des plus gros donateurs. Alors qu'ils sont précisément les plus exposés à la menace russe en cas de débordement du conflit.

Zelensky salue Macron avec un hug!

Video: watson
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