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Pourquoi aussi peu d'Ukrainiens ont trouvé du travail en Suisse

epa09877023 Mascha (R), a Ukrainian refugee, and her daughter Vlada (L), look out the window of the house of Tom Loosli, a resident of Tramelan, in the Bernese Jura, Switzerland, 07 April 2022. Tom we ...
Les réfugiés ukrainiens rencontrent souvent des difficultés en termes d'emploi en Suisse.image: keystone

Pourquoi aussi peu d'Ukrainiens ont trouvé du travail en Suisse

Moins de 10% des entreprises locales ont embauché des réfugiés d'Ukraine. En voici les raisons.
21.08.2022, 08:2821.08.2022, 17:45
Florence Vuichard / ch media
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La situation de départ était prometteuse: l'économie cherche désespérément des travailleurs et les personnes qui ont dû fuir l'Ukraine en raison de la guerre peuvent exercer une activité lucrative dans notre pays sans délai d'attente grâce au «statut de protection S». Cela devrait améliorer leur intégration et leur situation financière. Selon les derniers chiffres du Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM), près de 34 000 des quelque 58 000 Ukrainiens qui ont fui en Suisse sont en âge d'exercer une activité professionnelle.

Or, il s'avère aujourd'hui que si 56% des entreprises suisses, soit plus de la moitié, s'intéressent en principe à ce potentiel de main-d'œuvre, dans la réalité, seules 9% d'entre elles ont engagé un Ukrainien ou une Ukrainienne à ce jour. C'est le résultat décevant d'une enquête menée entre le 18 et le 25 juillet auprès de 376 entreprises de Suisse romande et alémanique par l'institut de recherche Sotomo sur mandat de l'Union patronale suisse (UPS).

Le problème? La langue

Pour l'Union patronale suisse, la raison de ce faible nombre d'embauches réside avant tout dans des «connaissances linguistiques insuffisantes». En effet, 45% des entreprises interrogées indiquent que le manque de connaissances en allemand ou en français les empêcherait d'engager des personnes venant d'Ukraine ou d'en engager davantage.

Les entreprises du secteur de la restauration, en particulier, y voient un problème majeur: pour 64% d'entre elles, les «connaissances linguistiques insuffisantes» empêcheraient les restaurants, les bars et les hôtels d'engager des personnes originaires d'Ukraine, malgré leur besoin d’un plus grand nombre de cuisiniers et de serveurs. Pour les entreprises du secteur social et de la santé, ce chiffre s'élève à 57%.

Selon l'organisation patronale, c'est d'autant plus fâcheux que c'est le secteur «qui reconnaît en principe le plus grand potentiel dans l'embauche de réfugiés». Ainsi, selon l'enquête, 62% des entreprises demandent un engagement plus important de la part de la Confédération et des cantons en ce qui concerne les offres de cours de langue.

Prolongation du statut de protection S

Environ un tiers des entreprises souhaitent en outre une plus grande sécurité de planification concernant le permis de travail et de séjour. Concrètement, selon les entreprises, la validité du statut de protection S devrait être prolongée – et ce pour la durée de l'emploi. Aujourd'hui, il est limité à un an, ce qui signifie que le permis de séjour de ceux qui sont arrivés en Suisse juste après le début de la guerre expire déjà dans six mois.

Le président de l'Union patronale suisse, Valentin Vogt, constate que le manque de clarté des autorisations déstabilise de nombreuses entreprises. Une perspective à long terme concernant le séjour des réfugiés ukrainiens en Suisse permettrait de réduire les obstacles à la création de stages et de places d'apprentissage dans les entreprises.

Difficile d'engager des Ukrainiens

Un tiers des entreprises interrogées souhaiteraient que les offices régionaux de placement (ORP) jouent un rôle plus actif dans l'enregistrement et le placement de la main-d'œuvre potentielle. Car les problèmes de recrutement sont considérables, comme le sait Judith Bellaiche, directrice de l'association Swico. Il est «extrêmement difficile» d'accéder directement aux personnes réfugiées. De plus, ils manquent parfois de connaissances sur le marché du travail local:

«Un soutien des ORP serait particulièrement bienvenu dans ce cas»
Judith Bellaiche, directrice de l'association Swico

Le fait qu'un quart des entreprises interrogées déclarent n'avoir reçu «aucune» ou «presque aucune» candidature de personnes originaires d'Ukraine témoigne également de leur manque de connaissance du marché du travail local – ou, peut-être, de leur désintérêt pour celui-ci.

Pourtant, les retours sont positifs

Selon les derniers chiffres du SEM, le taux d'activité des Ukrainiens en Suisse est d'un peu plus de 10%. Le «taux d'activité des réfugiés ukrainiens est donc plus élevé que celui d'autres groupes de réfugiés», comme l'a constaté Karin Keller-Sutter.

La ministre de la Justice cite aussi la langue comme étant «le plus grand obstacle», mais contrairement à l'association patronale qui appelle à des cours de langue publics, elle en appelle à «l'engagement de l'économie». Il existe des branches qui proposent des cours d'introduction ou leurs propres cours d'allemand.

Malgré peu d'expériences et de connaissances acquises au cours des six derniers mois, les employeurs maintiennent leur plan d'intégration au marché du travail et veulent même le développer. Cela s'explique notamment par les retours positifs des quelques entreprises qui ont déjà embauché des Ukrainiens. Selon l'enquête Sotomo, 85% sont «satisfaites» ou au moins «plutôt satisfaites» du travail de ces personnes.

Traduit de l'allemand par Léon Dietrich

Le village de conteneurs pour les Ukrainiens à Berne
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