«Je suis en colère», a déclaré le chancelier allemand, Olaf Scholz, suite à l’attentat au couteau qui a fait trois morts et cinq blessés graves, vendredi soir à Solingen, dans le Nord-Ouest de l’Allemagne. «Nous aussi, Monsieur Scholz», a répliqué ce mardi le quotidien populaire Bild, plus fort tirage de la presse d’outre-Rhin.
La polémique occupe la Une de tous les médias allemands. Elle a trait à la politique d'asile, beaucoup trop laxiste selon ses détracteurs, encore plus nombreux depuis l’attaque meurtrière de la semaine dernière, revendiquée par le groupe Etat islamique et perpétrée par un requérant d’asile syrien de 26 ans, Issa al H., entré en Allemagne en 2022.
Selon des révélations de Bild citant des sources autorisées, cet individu aurait dû être renvoyé en 2022 déjà en Bulgarie, son pays d’entrée dans l’Union européenne, comme le prévoit l'accord de Dublin sur les requérants d’asile.
Cette année-là, l’Allemagne avait six mois pour exécuter le renvoi. Mais le jour où cela devait se produire, Issa al H. était introuvable. Il avait disparu du centre où il était censé se trouver. Curieusement, il est réapparu peu de temps après, alors que le délai prévu pour l’application de la mesure de renvoi était échu. Le jeune Syrien n’était dès lors plus expulsable. Des sources soupçonnent Issa al H. d'avoir été averti des subtilités des procédures de renvoi.
Les réfugiés syriens, auxquels Angela Merkel a ouvert les portes en 2015, la guerre faisant rage en Syrie, un geste salué pour son humanité à l’époque, sont particulièrement nombreux en Allemagne. Il continue d’en arriver chaque année. En 2022, le nombre de Syriens entrés sur le sol allemand comme requérants d’asile était de 70 976, parmi eux Issa al H. En 2023, tous pays confondus, ce sont 351 915 requérants qui ont afflué en République fédérale, beaucoup de jeunes hommes originaires du Proche et du Moyen Orient.
Nombreux sont ceux qui n’ont pas vocation à obtenir l’asile. Fin 2023, 10 340 Syriens étaient sous le coup d’un ordre d’expulsion. Seuls 829 d’entre eux ont été expulsés. Comme dans d’autres pays européens, les renvois se heurtent à une disposition qui interdit à l’Allemagne d'y procéder à destination de pays où la sécurité des individus n’est pas garantie – le cas de la Syrie, entre autres.
De son côté, la CDU (chrétiens-démocrates, droite), par la voix de son chef Friedrich Merz, demande au gouvernement de suspendre l’accueil des réfugiés en provenance de Syrie et d’Afghanistan. Le secrétaire général du SPD (sociaux-démocrates), Kevin Kühnert, lui a répondu que cela n’était pas possible au regard de la constitution allemande.
Une rencontre «au sommet» était prévue, mardi, entre Friedrich Merz et le chancelier Scholz pour envisager des mesures plus sévères dans la politique d’asile et la lutte contre l’islamisme. La CDU ne fait pas partie de la coalition gouvernementale au pouvoir, comprenant le SPD, le FDP (libéraux) et les Verts.
L’auteur de l’attentat de Solingen ignorait probablement que d'importants scrutins régionaux se tenaient le 1er septembre en Allemagne, en Saxe et en Thuringe, deux Länder de l’ex-République démocratique allemande, où l’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) caracole en tête dans les sondages, écrit la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Son acte ne peut que renforcer la peur que ressentent beaucoup d’électeurs face à cette immigration faite de requérants d’asile, ajoute le quotidien conservateur et libéral.