La défaite de Trump pourrait se retourner contre l'Ukraine
A Kiev, la victoire des démocrates devrait susciter un soulagement. En effet, à l'issue des élections de mi-mandat de mardi 3 novembre, Donald Trump a perdu les majorités républicaines dans les deux chambres du Congrès. Les démocrates pourront désormais exercer un contrôle sur sa politique à l'égard de la Russie et favoriser de nouvelles livraisons d'armes à l'Ukraine.
Alexander Dubowy, spécialiste de l'Europe de l'Est, met toutefois en garde contre toute conclusion hâtive quant à un éventuel changement de cap. A court terme, ce résultat pourrait même aggraver la situation de l'Ukraine. Il estime:
D'ici l'entrée en fonction du nouveau Congrès en janvier 2027, le président américain pourrait tenter de pousser l'Ukraine à faire des concessions à la Russie. Ses marges de manœuvre sur le plan intérieur étant désormais plus limitées, Donald Trump pourrait se concentrer davantage sur la politique étrangère, un domaine dans lequel il conserve un large pouvoir.
Un premier test se profile
Un premier test se profile. Les 10 et 11 novembre, la Russie, l'Ukraine et les Etats-Unis doivent se retrouver à Abou Dhabi pour de nouvelles négociations visant à mettre fin à la guerre. Washington devrait y envoyer Steve Witkoff et Jared Kushner. Moscou mise une nouvelle fois sur Vladimir Medinski pour diriger sa délégation. Ce dernier avait déjà conduit de précédentes discussions, qui n'avaient guère permis d'avancer. Cette fois encore, les positions des belligérants restent très éloignées sur des points clés.
Selon Alexander Dubowy, ces discussions s'accompagnent d'une importante opération de communication. Moscou chercherait à afficher sa volonté de négocier auprès de Donald Trump afin d'obtenir un assouplissement des sanctions. Parallèlement, l'expert s'attend à ce que la Russie intensifie ses attaques contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes durant l'hiver.
Une politique russe contradictoire
En principe, pour Vladimir Poutine, le résultat des élections constitue un revers, poursuit Alexander Dubowy, à condition toutefois que les nouvelles majorités exploitent leurs pouvoirs de contrôle. Les démocrates pourront examiner de plus près les relations de l'administration Trump avec la Russie, organiser des auditions et peser sur le financement de l'aide militaire. Les assouplissements concernant les livraisons de diesel russe devraient d'ailleurs faire l'objet d'un examen approfondi. Pour rappel, en octobre, Donald Trump avait autorisé des dérogations malgré l'adoption de nouvelles sanctions.
Alexander Dubowy estime néanmoins qu'il serait réducteur de présenter systématiquement les républicains comme favorables à la Russie et les démocrates comme favorables à l'Ukraine. La politique russe de Donald Trump s'est révélée plus contradictoire que ne le laissait supposer sa rhétorique. Alors qu'il multipliait les propos conciliants à l'égard du chef du Kremlin, son administration a tout de même imposé de lourdes sanctions au secteur pétrolier russe. A l'inverse, des dérogations comparables concernant les échanges énergétiques avaient déjà été accordées sous Joe Biden.
Par ailleurs, les républicains favorables à l'Ukraine restent des interlocuteurs importants pour Kiev. Rien ne garantit que les nouvelles majorités au Congrès se traduiront par une augmentation des livraisons d'armes. Aux Etats-Unis, les préoccupations de politique intérieure dominent et la volonté de s'engager davantage dans les conflits internationaux reste limitée. Le Congrès pourrait néanmoins compliquer la tâche de Donald Trump s'il cherchait à s'opposer à des livraisons d'armes déjà approuvées.
La prudence prévaut en Ukraine
Pour le Kremlin, même un Donald Trump affaibli resterait un interlocuteur bienvenu à la table des négociations. Alexander Dubowy met cependant en garde contre une surestimation des perspectives d'un grand accord entre Washington et Moscou. Même au meilleur de leurs relations, les liens économiques entre les deux pays sont restés limités.
En Ukraine, le regard porté sur le résultat des élections est donc mitigé. Certains se réjouissent de la défaite de Donald Trump, compte tenu des relations difficiles avec Washington. Mais dans l'ensemble, c'est la prudence qui prévaut, selon Alexander Dubowy. L'élément décisif sera la position adoptée par les Européens. Car même avec un Congrès contrôlé par les démocrates, Donald Trump reste celui qui négocie avec Vladimir Poutine et qui peut exercer des pressions sur Kiev.
