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Zelensky est tombé le 6 décembre 2023

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images: getty, montage: fred valet
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Zelensky, c'est fini

La «personnalité de l'année 2022» a perdu le jour où la «personnalité de l'année 2023» a été sacrée. Hélas, Taylor Swift, et malgré son influence, n'est pas en mesure de terrasser Poutine. Alors, on fait quoi?
07.12.2023, 18:4808.12.2023, 08:48
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A-t-on le droit de se lasser d'une guerre qui menace la totalité de l'Occident? La réponse est oui. C'est injuste, profondément humain, très grave et peu surprenant. Pour les mêmes raisons qu'il a su incarner la résistance de tout un peuple, Volodymyr Zelensky se retrouve aujourd'hui dans le rôle ingrat du paratonnerre de tout un tas de frustrations. Comme en amour, le coup de foudre et le coup de poignard contiennent les mêmes ingrédients. Et ce qui nous a séduits finit par nous agacer. Un bruit de bouche, une respiration, un T-shirt kaki.

Jusqu'à la rupture.

Mercredi 6 décembre 2023 est un jour qui restera discrètement gravé dans l'Histoire. En quelques heures, Taylor Swift, Vladimir Poutine, Elon Musk, le Congrès américain, le maire de Kiev et le président ukrainien lui-même démontreront l'inévitable:

Zelensky, c'est fini.

La veille au soir, et en guise d'amorce, Volodymyr disparaît. Celui qui tient tant à convaincre Washington de lui allouer des milliards annule son discours à la Chambre des représentants. A la dernière minute. Sans explication. On saura plus tard que le président ukrainien ne voulait pas que ses mots puissent être retenus contre lui. Mauvaise stratégie. Non seulement l'enveloppe lui sera refusée, mais le monde s'interrogera sur cette bruyante défection.

Comme il est coutume d'entendre lors d'une affaire criminelle, «ça ne lui ressemble pas». Savait-il que ses ennemis conservateurs avaient la main sur le robinet? Qu'il partait perdant? Que c'eût été l'imploration de trop? Qu'elle risquait de braquer la lumière sur son influence en berne?

Sans doute.

La «personnalité de l'année 2022» a annulé sa prestation au Congrès, à la manière d'un chanteur pop face à une billetterie en demi-molle. Ironie du sort, juste après le dîner, une artiste qui remplit les stades sera consacrée «personnalité de l'année 2023». Une première pour ce prix qui épingle des présidents, des militants, des résistants, des tyrans, des dirigeants.

L'air de rien, Time est passé de Volodymyr Zelensky à Taylor Swift avec la même cruelle humanité que l'on passe des Stan Smith aux Birkenstock. Certes, les deux ont une vaste armée sous leurs ordres. Mais des soldats fatigués d'un côté et des fans galvanisés de l'autre. Si les Swifties ne servent pas la patrie, ils savent présenter les armes pour défendre la reine. Mercredi, après les révélations de Taylor et sous la photo de Kim Kardashian sur Instagram, les Swifties ont lancé l'assaut sur celle qui aurait failli provoquer «sa mort professionnelle» en 2016.

Kim et Taylor se sont longtemps affrontées à coups d'émoji serpent. Et ça continue.
Kim et Taylor se sont longtemps affrontées à coups d'émoji serpent. Et ça continue.

Hasard anecdotique? Pas tant que ça. Rappelons-nous que le magazine américain avait justifié la nomination de Zelensky en 2022 en évoquant le fait que «dans un monde qui est désormais défini par ses divisions, il y a un rassemblement autour de lui, autour de cette cause, autour de ce pays». Une année plus tard, force est de constater que le rassemblement s'organise au pied des stades conquis par Taylor Swift. Elon Musk, en félicitant la popstar par un avertissement lourd de sens, décrira cette sournoise mécanique des influences, que le leader ukrainien subit aujourd'hui de plein fouet.

«Il y a un risque de baisse de popularité après cette récompense»
Elon Musk à Taylor Swift, sur X.
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Zelensky a pourtant échappé au pire en abandonnant sa couronne à la chouchou de Travis Kelce. Time Magazine, friand de choix qui restent en travers des gorges, était à deux doigts d'épingler... Vladimir Poutine sur sa couverture du 6 décembre 2023. Ce mercredi noir pour le président ukrainien sera d'ailleurs le jour choisi par son homologue russe pour mettre le nez dehors et se pavaner chez ses alliés du Golfe.

Requinqué par une cote de popularité en dangereuse progression, l'autocrate a profité d'une économie aux reins étrangement solides et de l'échec de la contre-offensive ukrainienne pour papoter pétrole. Et réhydrater une influence qui, le même jour, quittait officiellement le leader de Kiev. Le «cadeau à Poutine», qu'évoquait Joe Biden mercredi, en parlant du refus de continuer à soutenir l'Ukraine, a été déballé avec allégresse. S'attendait-on un jour, qui plus est ce jour, à ce que le maître du Kremlin félicite les Américains pour «leur décision»?

Le symbole est terrible.

Comme si ça ne suffisait pas, c'est aussi ce maudit 6 décembre 2023 que Moscou choisira, dans la soirée, la date de la prochaine élection présidentielle en Russie. Le 17 mars, Vladimir Poutine sera probablement réélu à la tête d'un pays en guerre contre un voisin qui, lui, n'autorise aucun scrutin. Brandissant la loi martiale pour toute feuille d'absence, Zelensky est désormais attaqué de l'intérieur et ouvertement accusé de tenir violemment ses adversaires politiques à l'écart. Le maire de Kiev, en rogne contre son président depuis 2019 (et persuadé que le timing jouera en sa faveur) lui flanque alors une gifle dévastatrice.

«Zelensky paie pour les erreurs qu'il a commises»
Vitali Klitschko, maire de Kiev.

La fin de la lune de miel

Bien sûr, Volodymyr Zelensky n'a pas fait que des erreurs. Il n'est pas le seul à en avoir fait. Mais ce président, sans qui la lassitude étrangère se serait écrasée bien plus tôt sur l'Ukraine, n'est plus le symbole d'une formidable résistance. Le voilà devenu quasiment responsable d'un conflit qui s'éternise, coûte cher, ne bouleverse plus foules, agace les parlements occidentaux et épuise les Ukrainiens.

Celui qui fédérait les soutiens cristallise désormais les colères avec la même énergie. Les raisons qui ont incité Time à le hisser «personnalité de l'année» en 2022, l'ont fait tomber le mercredi 6 décembre 2023: d'une année à l'autre, il n'y a toujours eu qu'un seul homme à recevoir les lauriers et les balles.

«Ce qui a été la plus grande force de Zelensky deviendra son talon d'Achille: l'omniprésence et l'hyper-présidence»
Alexandre Eyries, spécialiste en comm' politique, à watson, en mai 2022.

Sans soutien financier et militaire, l'Ukraine perdra cette guerre et c'est l'Europe qui trinquera. Si le robinet n'est pas encore définitivement condamné, la capacité de l'hyper-président à y faire couler l'argent est manifestement épuisée.

La lune de miel est terminée.

Sans oublier que Poutine n'est pas tout seul à envisager un nouveau sacre en 2024. Dans onze mois, son ami Donald Trump menace Kiev et l'Occident de déposer de lourds bagages autocratiques à la Maison-Blanche. Et on a beau prêter à Taylor Swift le pouvoir d'influencer l'économie et la politique entre deux refrains, la popstar n'est pas en mesure de terrasser le locataire du Kremlin. Depuis le début de l'agression, le 24 février 2022, l'Ukraine n'a jamais eu autant besoin de remettre les compteurs de la confiance à zéro. Et si le salut se trouvait précisément dans la tenue d'une élection présidentielle?

L'Ukraine a développé une «cape d'invisibilité» pour ses soldats
Video: watson
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