Ce Français exerce à Moscou un métier bientôt interdit chez lui
«Allez!» lance Ivan Deforge. Karym et Oural, ses deux acolytes de 300 kilos chacun, franchissent sans hésiter un cercle de feu. Sous la coupole du Grand cirque de Moscou, ce Français de 56 ans s'est lancé le rare défi de dresser des bisons d'Europe.
«Il y a deux sortes de bisons», explique l'expatrié, après une séance de dressage avec ses deux «garçons» de deux ans, au pelage brun et roux. Les bisons d'Amérique, plus dociles, que l'on voit généralement dans les cirques. Et les bisons d'Europe, qui ont un caractère beaucoup plus difficile et un peu plus agressif.
Arrivé en Russie en 2018, le dresseur a fait fi des réticences de ses proches, quatre ans avant le début de l'offensive en Ukraine. «Je dresse des animaux depuis 30 ans», raconte-t-il, évoquant girafes, hippopotames, rhinocéros, chameaux et zèbres. «Quand on a la confiance, les animaux peuvent réussir beaucoup de choses». Ivan Deforge dresse également des éléphants au Grand cirque de Moscou, créé à l'époque de l'Union soviétique.
Une pratique qui divise
Dans une grande partie de l'Europe, les spectacles mettant en scène des animaux sauvages n'ont pas bonne presse. En France, leur utilisation dans les établissements itinérants sera interdite à partir du 1er décembre 2028, notamment au nom de la lutte contre la maltraitance animale.
En Suisse, contrairement à la France, les animaux sauvages ne sont pas interdits dans les cirques. Leur détention reste toutefois soumise à une autorisation cantonale et à des exigences de protection animale. Les numéros avec des animaux sauvages ont néanmoins presque disparu des pistes suisses. Selon l'organisation Quatre Pattes, aucun cirque suisse n'en présentait dans son programme en 2025.
En Russie, les cirques utilisent plus d'un millier d'animaux. Tous ou presque sont gérés par l'Etat, selon les statistiques officielles.
La Douma, chambre basse du Parlement russe, a rejeté un projet de loi proposant une interdiction en 2026. Les députés ont estimé que la question du traitement humain des animaux est suffisamment régulée par la loi, et que leur participation aux spectacles reste un facteur d'attrait majeur pour le public.
A Moscou, Ivan Deforge compte relever l'un des défis les plus audacieux de sa carrière en dressant Karym et Oural, résidents du cirque depuis août 2025.
Des mots courts
Présentés la première fois au public lors d'une répétition ouverte quatre mois après leur arrivée, les deux bisons n'ont pour l'heure participé qu'à des spectacles d'été en petit chapiteau, dans un parc de la ville. Leur apparition dans l'arène principale sous la coupole est prévue pour décembre. Elle nécessite une préparation soignée.
Selon Ivan Deforge, le recours à des mots courts s'avère déterminant. «Si on leur dit: "Venez ici, s'il vous plaît", ce sera trop long et trop difficile à comprendre. Et dans la langue russe, il y a beaucoup de mots courts que j'adore pour le dressage: "Stoïat" (Debout!), "Lejat" (Couché!), "Idi" (Vas-y!)». L'artiste félicite ses bêtes d'un «Molodets!» (Très bien!) après chaque manoeuvre réussie.
Il répète avec Karym et Oural entre trois et quatre fois par semaine, durant une heure. «Le plus important reste que les animaux soient à l'aise et bien nourris», insiste-t-il à grand renfort de pommes et de carottes.
Arrivé en Russie il y a huit ans lors d'une tournée avec une compagnie italienne, le Français a ensuite accepté une proposition pour des éléphants de la part du directeur du Grand cirque de Moscou, Edgard Zapachny. Ce dernier s'est illustré à travers le monde pour le dressage de grands félins. Aux côtés d'Edgard Zapachny, quatrième génération de la célèbre dynastie, Ivan Deforge envisage de présenter prochainement un spectacle inédit avec sept éléphants. Six de ces pachydermes ont été offerts au cirque en 2025 par la Birmanie, pays allié de la Russie, à l'occasion des 75 ans des relations diplomatiques bilatérales. (afp/vz)
