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Compte Insta, lettres d'amour: comment les Russes de Boutcha ont été identifiés

Une enquête de grande envergure, réalisée par l'agence de presse Reuters, révèle que les soldats russes ont laissé des traces de leur passage dans l'horreur de Boutcha. Alors que certains ont tagué leurs comptes Instagram sur les murs, d'autres ont abandonné lettres d'amour ou documents officiels sur place.
06.05.2022, 14:1506.05.2022, 17:16

«Crime de guerre» ou «crime contre l'humanité»? Les deux? Alors que la communauté internationale et les procureurs ukrainiens sont toujours en quête de preuves irréfutables de la «boucherie» perpétrée par l'armée russe à Boutcha, l'agence de presse Reuters vient de publier une enquête de grande envergure: c'est certain, les soldats ont laissé des traces. Parfois même insolites.

Les journalistes ont enquêté pendant trois semaines, sur place. Analyses photographiques, interviews d'habitants et recherches d'objets abandonnés par les soldats de Poutine ont abouti à des découvertes qui devraient servir la justice, mais également l'Histoire. «Une grande partie des preuves et des témoignages se sont concentrés sur la rue Yablunska», explique Reuters. Une rue devenue tristement célèbre à cause des corps alignés au bord de sa chaussée, découverts avec effroi par le reste du monde à la fin du mois de mars.

«L'histoire de Boutcha est un montage, une fake news»
Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, interrogé par Reuters à l'issue de l'enquête, n'a pas changé d'axe de communication. Pour lui, l'armée russe n'est pas responsable de cette «boucherie»

Reuters est formelle. Parmi les forces d'occupation qui ont terrorisé et tué les habitants de Boutcha, il y a principalement la 76e division des gardes d'assaut aérien, les combattants tchétchènes et… la force de sécurité Vityaz. Cette dernière est dirigée par un certain Viktor Zolotov, un ancien garde du corps de Poutine. La troupe est d’ailleurs directement sous les ordres du président russe.

Les trouvailles de Reuters

Des lettres d'amour

Durant leur enquête, les journalistes ont interviewé longuement près de 90 survivants ukrainiens. Parmi eux, des habitants ayant tout perdu, et notamment leurs maisons. Dans les décombres, parfois, des surprises. Des lettres et des notes abandonnées par les soldats russes. L'une d'elles a retenu l'attention de Vitalii Zhyvotovskyi. Cet homme a notamment pu témoigner de l'horreur qu'il a vécue au mois de mars: «J'ai entendu des bruits d'os brisés. Le bruit d'un passage à tabac... Il y avait des cris, beaucoup de cris». Mais il est aussi tombé sur une déclaration enflammée, signée d'une empreinte de rouge à lèvres.

Cette lettre était adressée à Aleksandr Logvinenko, que les journalistes de Reuter ont pu identifier plus tard: un parachutiste de la base de Pskov, en Russie. L'auteure? Oksana Rybakova qui appelle son homme son «soldat».

«Tu es proche dans mon cœur, mais tu es loin, servant notre Patrie, nous protégeant. Je suis fière de toi!»

Des papiers officiels

Documents administratifs, piles de pièces d'identité d'habitants détenus par les troupes de Poutine, cartes d'authentification militaire de soldats russes, les maisons en ruines ont laissé des traces que les citoyens de Boutcha ont retrouvées dans les gravas. Comme cette carte qui assure que son propriétaire a suivi un cours d'utilisation d'équipements de télécommunications:

Elle aurait été délivrée le 7 décembre 2021 au caporal Konstantin Vladimirovitch Korshunov. Un soldat rattaché aux forces de sécurité russes Vityaz, la fameuse troupe de Poutine. «Un jeune de 23 ans originaire de Penza, à 625 km au sud-est de Moscou», précise Reuters.

Un compte... Instagram

Des recherches qui se sont également faites en ligne. Grâce aux témoignages des habitants, Reuters a pu retrouver, par exemple, des vidéos de soldats présents à Boutcha. Plus insolite, certains pions de Poutine ne pouvaient manifestement s'empêcher de signer leurs «œuvres» dans les maisons qu'ils pillaient (au mieux). Parmi eux, un certain «Wolf_68». Utilisé sur différents comptes de réseaux sociaux, ce pseudo n'a, en réalité, rien d'anodin. Les journalistes ont retrouvé son propriétaire. Il s'agirait de Kirill Kryuchkov, soldat russe basé dans la région de Tambov. Le numéro 68 désigne justement cette région et trois vidéos publiées sur son compte Instagram «Wolf_68» le 19 avril montraient des soldats en uniforme en train de boire de l'alcool dans un bar.

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