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Loi immigration: Macron doit sacrifier l'un de ses bébés

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images: getty, montage: watson
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Macron doit sacrifier l'un de ses bébés

Lundi soir, cataclysme: gauche et droite s'unissent dans un baiser du diable pour rejeter le projet de loi sur l'immigration. Si c'est une gifle cinglante pour le gouvernement, les Français sont privés d'un débat qui les concerne, prisonniers d'un jeu parlementaire à des années-lumière de leurs préoccupations. Et c'est à Macron de lâcher du lest.
12.12.2023, 12:0412.12.2023, 14:38
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«Mieux intégrer, mieux expulser». Le gouvernement n’était pas peu fier de sa trouvaille marketing, il y a déjà plus d’un an, lorsqu’il a fallu pitcher le projet de loi immigration aux deux pôles irrités de l’Assemblée nationale. Taper dans le dos de «ceux qui bossent» et se montrer ferme avec les brebis galeuses. Mais une année, quand on parle insécurité, c'est long. Surtout lorsque l'on a une réforme des retraites explosive à gérer et des sursauts terroristes à juguler.

On le sait, sur ce sujet, la droite et la gauche ne seront jamais d’accord sur rien. Hélas pour Gérald Darmanin, lundi soir, elles se sont serré les coudes, comme rarement, pour envoyer bouler le dossier sans doute le plus sensible et attendu de cette fin d’année.

Accordant miraculeusement leurs violons autour d’une motion de rejet proposée par les écologistes, les oppositions (LFI et le PS d’un côté, LR et RN de l’autre) se sont épargné deux semaines de joutes sanglantes dans l'hémicycle, juste avant la dinde de Noël. «Deux semaines de discours racistes», selon l'exagération attendue de l'insoumise Mathilde Panot. Au grand dam du ministre de l'Intérieur qui, sous le choc, est allé poser sa dem' chez un président qui l'a (sans surprise) refusée. Une coquetterie qui avait pour but d'adoucir le vœu, bien réel et hurlé à l'Assemblée lundi soir, d'éjecter sèchement Darmanin de la place Beauvau.

Trop habile et croyant pouvoir gonfler sa majorité relative à coups de petites faveurs stratégiques aux moins butés, le ministre de l'Intérieur a péché par excès de souplesse. L'extrême droite a condamné une loi (beaucoup) trop molle, l'extrême gauche une loi (beaucoup) trop dure. A l'étroit entre une chèvre et un chou qui ne seront sans doute jamais rassasiés, mais qui dévoilent une même colère pour risquer une indécente union, Emmanuel Macron n'a d'autre choix que d'agir. S’il veut retrouver un poil d'autorité.

L'impossible échappatoire

Car les solutions ordinaires sont maigrichonnes pour sauver la face. Retirer définitivement la loi? Peu probable, étant donné que Darmanin a (pour l'instant) conservé son poste et que le président lui a sommé de trouver des voies de secours. Renvoyer le texte au Sénat? Si ça peut permettre de calmer le jeu, le risque d'un deuxième rejet est immense.

Reste la «commission mixte paritaire», que Macron a décidé de dégainer mardi, en milieu de journée. Un terme barbare pour dire que sept émissaires du Sénat et de l'Assemblée nationale vont s'asseoir à la même table, pour aboutir à un texte commun. Avec le risque d'accoucher d'une version beaucoup plus sévère. Le hic, c'est que les gauches pourraient bien avaler de travers une fois le bébé de retour devant les députés.

Avec ce mariage forcé des oppositions, les Français sont surtout privés d'un débat qui les préoccupe (et d'un projet de loi pour lequel ils se disaient globalement favorables). Et l'exécutif est plongé dans une crise politique catastrophique. Malin et gonflé, Jordan Bardella a appelé, mardi matin, à la dissolution de l'Assemblée nationale, tout en se disant prêt à empoigner le rôle de «premier ministre de la cohabitation». Il faut dire que si Emmanuel Macron décidait de dézinguer la Chambre basse, seul le RN s'en sortirait grandi.

«Nous sommes prêts non seulement à revenir devant les Français, mais nous sommes prêts également à gouverner la France»
Jordan Bardella

Face à des extrêmes unis pour le pire et un RN qui dévoile ses ambitions avec le torse bombé, le pouvoir doit absolument reprendre le stylo et se réapproprier le scénario. Si la dissolution est bien trop risquée, reste l'option de remanier le gouvernement. Etant donné qu'Elisabeth Borne ne sera (plus) jamais en odeur de sainteté, il est sans doute temps d'offrir un marchepied à la droite et... le poste de premier ministre aux Républicains.

Une solution qui ne tient pas du miracle. Mais en montrant qu'il est disposé à reconnaître l'existence d'une violente impasse politique, Emmanuel Macron pourrait commencer à envisager la suite d'un quinquennat en lambeaux, qu'il vient pourtant tout juste de décapsuler.

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