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En trahissant l'Ukraine, Trump a laissé tomber son dernier masque

Auf dem Bild: US-Präsident Donald Trump an einem Rednerpult. Darübergelegt eine zerfallende Illustration einer US-Flagge
Image: watson/keystone
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Trump est blessé et ça le rend dangereux

Le président américain est politiquement fragilisé, surtout alors que les sondages lui prévoient une nette défaite lors des élections de mi-mandat de cette fin d'année. Est-il désormais capable de tout?
21.10.2026, 16:4621.10.2026, 16:46
Philipp Löpfe
Philipp Löpfe

Bien que Donald Trump ne soit pas en manque d'argent, surtout au vu de la fortune qu'il a su cumuler lors des premières années de son second mandat, il se retrouve néanmoins largement dilapidé de son capital politique.

Ses cotes sont au plus bas et son administration républicaine subira probablement, comme l'annoncent les sondages, une défaite cuisante lors des prochaines élections de mi-mandat.

C’est précisément ce qui rend le président américain encore plus dangereux que d’habitude, constate le célèbre économiste et ancien lauréat du prix Nobel Paul Krugman dans sa chronique sur la plateforme Substack:

«Trump a besoin de son pouvoir restant pour déclencher des choses à la fois profondément antipatriotiques et impopulaires, mais qui servent ses propres penchants et préjugés.»
epa12537438 US economist and Nobel Laureate in Economic Sciences Paul Krugman speaks during the 4th Metafuturo Forum in Madrid, Spain, 20 November 2025. The forum serves as a platform for discussing t ...
Paul Krugman.Image: keystone

Il poursuit:

«Une fois les élections de mi-mandat passées, Trump n’aura plus rien à perdre. Il pourra donner libre cours à son pire côté, son narcissisme malfaisant, qui soutient instinctivement les dirigeants autoritaires et s’occupe avant tout de vengeance et de tout ce qui remet en question ses fragiles fantasmes de toute-puissance.»

Un indigne accord avec Moscou

La honte est de toute façon un mot étranger pour Trump, il l’a une fois de plus démontré ces derniers jours. Il n’a pas seulement trahi l’Ukraine, il l’a fait d’une manière extrêmement perfide.

Après la mort de Lindsey Graham, sénateur de Caroline du Sud, à la fois proche ami du président et défenseur véhément de l’Ukraine, Trump a approuvé, en son hommage, une loi adoptée par le Congrès avec les voix des deux partis, qui prévoit des sanctions encore plus dures contre tous les pays qui achètent du pétrole russe. Mais Trump a veillé à ce que cette loi comporte une porte dérobée lui permettant de la suspendre pendant 60 jours.

Après la mort du sénateur républicain de Caroline du Sud Lindsey Graham, proche allié de Trump et fervent défenseur de l’Ukraine, le président a approuvé, en son hommage, une loi adoptée par le Congrès avec le soutien des deux partis. Le texte prévoit de renforcer les sanctions contre tous les pays qui achètent du pétrole russe. Trump a toutefois pris soin d’y ménager une échappatoire lui permettant de s'y soustraire pendant 60 jours.

FILE - Sen. Lindsey Graham, R-S.C., questions Defense Secretary Pete Hegseth during a hearing, May 12, 2026, in Washington. (AP Photo/Alex Brandon, File)
Iran US Pushback
Lindsey Graham.Image: keystone

Cette porte dérobée, Trump s’en est aussitôt servi pour conclure un accord sur le diesel avec Vladimir Poutine. Cet accord, qui doit supposément soulager les finances de son électorat, ne servira guère à faire baisser le prix du diesel aux Etats-Unis, mais fera en revanche affluer des milliards de dollars dans les caisses du Kremlin.

Un nouvel allié de Poutine

Comme si cela ne suffisait pas, Trump a veillé, avec Elon Musk, à nouveau un invité apprécié à la Maison-Blanche depuis peu, à ce que l’internet par satellite Starlink ne fonctionne qu’avec un certain retard en Ukraine, livrant les habitants sans protection aux attaques de missiles russes.

Pour couronner le tout, le président américain a aussi expliqué aux Européens qu’il ne trouvait pas bonne l’idée d’utiliser les avoirs russes gelés à Bruxelles, d’environ 300 milliards de dollars, pour acheter des armes à Kiev.

En bref, ces derniers jours, Trump a laissé tomber son dernier masque et a clairement montré au monde ce que le magazine Atlantic résume dans son titre: «L’Amérique est désormais un allié de la Russie.» Le média poursuit dans ses colonnes:

«En court-circuitant la loi de Graham, il signale aussi à l’Ukraine, à la Russie, à l’Europe et aux alliés de l’Otan de l’Amérique que la Maison-Blanche et le Kremlin font désormais cause commune.»
epaselect epa13291859 The image of Russian President Vladimir Putin is on display during a protest titled 'Renewable Energy: Expand, Don't Hold Back! in front of the German Bundestag parliam ...
Vladimir Poutine a de quoi rire.Image: keystone

La crainte d'une répétition de l'histoire

On a déjà beaucoup écrit pour tenter de comprendre l’étrange relation qui unit Trump et Poutine. Nous pouvons cependant nous épargner un détour psychologique, car elle est au fond banale: Trump aime tous ceux qui ont beaucoup d’argent et beaucoup de pouvoir, ou si possible les deux, et qui n’ont pas à se soucier de la démocratie et de l’Etat de droit.

C’est précisément le cas de Vladimir Poutine et du président chinois Xi Jinping. Dans le monde idéal de Trump, les trois se partagent donc la planète selon la devise:

«Celui qui a le pouvoir a aussi le droit de son côté»

Le président russe en appelle d’ailleurs à cette logique de chef mafieux et propose au président américain une rencontre commune des trois chefs d’Etat pour mettre fin à la guerre en Ukraine, à sa manière bien sûr. Vladimir Poutine a en tête une sorte de répétition de la conférence de Yalta (en Crimée). En février 1945, Franklin Roosevelt, Winston Churchill et Joseph Staline se sont partagé le monde. La Chine n’était alors pas encore un acteur majeur à l'échelle internationale.

Selon l’opinion générale, Staline est reparti de Yalta en vainqueur. L'écrivain américain Tom Nichols craint, dans ses écrits pour The Atlantic, que l’actuel dictateur russe puisse même surpasser ce triomphe. Il constate:

«Si Staline et ses successeurs avaient pu voir, pendant la Guerre froide, ce que Trump et Poutine réalisent, et comment les puissants Etats-Unis sont rabaissés et humiliés, ils auraient sans doute pensé que leurs espoirs n’étaient pas faux, mais qu’ils avaient simplement rêvé trop tôt.»

De sombres perspectives

Il est peu probable qu’une telle rencontre apporte la paix au monde. Les intérêts des trois dirigeants sont trop différents. Trump préparerait, dit-on, une nouvelle attaque massive contre l’Iran après les élections de mi-mandat. Or, l’Iran fait lui-même partie, avec la Russie, la Chine et la Corée du Nord, du nouvel axe du Mal qui veut écraser l’Occident.

A cela s’ajoute que la guerre d’Iran s’étend, met en difficulté les Etats du Golfe, a fait entrer en scène les houthis au Yémen et inspire aussi de mauvaises idées au président turc.

Un président qui veut rétablir la grande puissance russe, un président qui veut démanteler la démocratie américaine, et toute une série d’autres acteurs qui veulent eux aussi s’en mêler: cela n’augure rien de bon. Le monde est devenu un endroit très dangereux. (trad. ysc)

Donald Trump et Xi Jinping, ici en 2018.
Donald Trump et Xi Jinping, ici en 2018.Image: Imago
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source: corbis news / view press
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