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La peur américaine: le plan destructeur de Donald Trump

Image: sda
Le discours de l'ex-président américain prononcé ce week-end à Dallas est un parfait exemple de sa stratégie: diffuser la peur comme jamais au sein de ses adorateurs, et poser les bases de sa prochaine candidature à la présidence.
08.08.2022, 17:4708.08.2022, 18:06
Bastian Brauns, Dallas / t-online
Un article de
t-online

Dallas, 5 août 2022. Dans les haut-parleurs résonne la chanson Y.M.C.A, l'hymne gay de la fin des années 1970, devenu depuis des années la marque de fabrique de Donald Trump lors de ses apparitions publiques. Y compris pour ce meeting au cœur du Texas archi-conservateur.

Quelques minutes plus tard, au cours d'un discours enflammé, l'ex-président des Etats-Unis s'insurgera contre la prétendue sexualisation des enfants dans les écoles par «l'idéologie du genre» ou encore contre les hommes jusqu'ici «médiocres» qui se feraient opérer en masse pour devenir des femmes afin d'avoir enfin du succès dans le sport féminin. Avant de conclure en réclamant la suppression du ministère de l'Education, pour mieux protéger les jeunes.

Juste avant que Trump ne monte sur scène à Dallas lors de la «Conservative political action conference» (CPAC), après trois jours d'un feu d'artifice ultra-conservateur, l'ambiance aurait dû être à la liesse. Y.M.C.A. Les spectateurs de l'hôtel du congrès Hilton applaudissent, certains dansent. Ils scandent: «USA-USA-USA». Puis les lumières s'éteignent soudainement.

Sur le grand écran, quatre mots apparaissent sur fond noir: A NATION IN DECLINE («Une nation sur le déclin»). Le tout accompagné d'une musique de film digne d'un blockbuster hollywoodien apocalyptique. Depuis des mois, Trump n'a que ces mots à la bouche: les Etats-Unis sont une nation vouée à la destruction et dont la disparition est imminente. C'est son grand programme politique: la peur américaine, que Trump aime à distiller dans son propre pays.

Défilent des images de pompes à pétrole, censées symboliser la hausse des prix de l'essence. Sur lesquelles s'ajoute la voix de Trump:

«Nous supplions l'Arabie saoudite de nous fournir du pétrole»

Du retrait en Afghanistan au blocage par Twitter, «notre nation est devenue une blague». Le tout en noir et blanc et au ralenti.

Puis la lumière se rallume. Sur l'écran, Trump fait son apparition. Le noir et blanc tournent à la couleur. L'ancien chef d'Etat déclare: «Mais bientôt, nous serons à nouveau grands». Avec des patriotes comme ceux qui l'écoutent, ce pays peut être reconstruit.

Trump s'en prend aux transgenres

S'en suit un discours de presque deux heures, où se mêlent immigration illégale, inflation croissante, dénonciations des fraudes électorales et de la criminalité galopante. Pour Trump, le monde entier se moque de l'Amérique: l'Afghanistan, la Russie, la Chine. La menace d'une Troisième Guerre mondiale pèse. Et c'est sans oublier les transgenres, cette fraction de personnes qui ne s'identifient pas au sexe qui leur a été attribué à la naissance.

Donald Trump le 5 août à Waukesha, Wisconsin.
Donald Trump le 5 août à Waukesha, Wisconsin.Bild: keystone

Pour Trump, c'est évident: cette minorité sexuelle représente une grave menace pour tous les enfants. Ce qui devrait simplement assurer l'éducation dans les écoles et donner l'égalité nécessaire à une petite minorité discriminée est, pour Trump et ses partisans, de la diablerie. Trump s'insurge contre les enseignants:

«Vous ne pouvez pas enseigner la Bible, mais vous pouvez enseigner aux enfants que l'Amérique est mauvaise et que les hommes peuvent tomber enceints»

Il perçoit les désirs et les craintes de ses auditeurs. Ce thème les fait tomber de leur chaise. Ce n'est plus un cri de joie qui résonne dans la salle, mais une sorte de haine triomphante qui s'empare de tous. Trump cite quelques cas isolés dans le sport pour en faire un phénomène de masse. Pendant de longues minutes, il plaisante sur les hommes opérés qui nagent loin des femmes ou les battent à l'haltérophilie. «Nous sommes une nation qui permet aux hommes de faire du sport dans des équipes féminines pour les dominer», dit-il.

«Du jamais vu»

Trump se plaît ensuite à mélanger cette lutte culturelle avec les problèmes économiques. Il dépeint les Etats-Unis comme une «nation du tiers-monde». L'économie se désagrège. Les chaînes d'approvisionnement sont rompues. Les rayons des magasins ne sont pas remplis. Sans mentionner, évidemment, que de nombreuses parties du monde sont actuellement confrontées à de tels problèmes. Le reste du monde ne l'intéresse guère non plus. Le reste du monde doit simplement cesser de se moquer de l'Amérique.

Du point de vue de Trump, les coupables sont les démocrates, l'extrême gauche, les gauchistes, les idéologues du genre, les communistes, la Big Tech, les républicains dissidents et, comme toujours, les médias. Bref, tous ceux qui ne sont pas pour Trump. Nul autre que lui et son mouvement ne peuvent avoir raison.

Le noyau dur des partisans de Trump devant la scène du CPAC exulte. «Notre mouvement ne sera jamais vaincu», assure-t-il. «Make America great again» (MAGA) est, selon lui, le plus grand mouvement de l'histoire du pays.

«On n'a jamais rien vu de tel, on peut probablement dire que c'est le plus grand ou l'un des plus grands mouvements de l'histoire du monde»

Trump sent qu'il doit mettre les bouchées doubles. Il sait qu'à part la peur, il n'a pas grand-chose de nouveau à offrir. Il est encore très attaché au passé et ne se lasse pas de parler de l'élection volée - qu'il vient en réalité de perdre.

Trump peut-il encore l'emporter?

Plus loin dans la salle, les rangées de chaises ne sont que peu occupées. C'était différent avant. Après deux heures d'arrosage négatif, même les visages des fervents trumpistes semblent fatigués. «Nous allons rendre l'Amérique à nouveau sûre» - à peine cette dernière phrase de leur idole a-t-elle été prononcée que beaucoup se précipitent déjà vers leurs voitures.

A Dallas, le prix du gallon d'essence est entre-temps repassé sous la barre des quatre dollars. C'est peut-être pour cette raison que Trump a dû choisir un exemple de la côte ouest dans son discours:

«Un de mes amis de Californie m'a appelé ce matin. Il vient de payer 8,55 dollars»

Avec lui (c'est en fait la seule réponse à sa peur attisée), tout ira mieux. Il ne dit pas comment il compte s'y prendre. Seulement que: «Nous allons sauver notre liberté. Nous sauverons nos enfants et nous sauverons notre pays». Cette fois encore, il ne répond pas à la question de savoir s'il se représentera vraiment pour cela.

Mais à la conférence des archi-conservateurs, ils sont déjà sûrs d'une chose: Trump sera de nouveau dans la course. Un homme qui se fait appeler Max Morgan se tient dans le hall de l'hôtel après le discours, coiffé d'un chapeau de cow-boy rouge. Il affirme faire partie du cercle des proches de Trump. Le 1er septembre, celui-ci annoncera sa candidature, dit-il. Il ne peut toutefois pas en donner la preuve.

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