Trump veut expulser des Afghans vers les talibans
L'administration Trump prévoit d'expulser prochainement des dizaines de migrants afghans vers leur pays via le Pakistan, selon une ONG et le New York Times. Certains risquent pourtant d'être persécutés par les talibans à leur retour.
Parmi les Afghans menacés d'expulsion figurent un homme homosexuel et plusieurs personnes susceptibles de subir des persécutions, selon des responsables américains anonymes cités vendredi par le quotidien. Ils sont actuellement détenus en Louisiane.
Au total, plus de 150 Afghans pourraient être envoyés au Pakistan avant d'être renvoyés dans leur pays, affirme le New York Times. Washington doit passer par un pays tiers, les Etats-Unis ne reconnaissant pas diplomatiquement le gouvernement taliban au pouvoir à Kaboul.
Le projet est vivement dénoncé par #AfghanEvac, une organisation qui oeuvre à la protection et à la réinsertion d'anciens alliés afghans de Washington. Ces derniers avaient collaboré avec les Etats-Unis durant les deux décennies de guerre contre les talibans, entre 2001 et 2021.
Le régime taliban «emprisonne, torture et tue les personnes qu'il considère comme ses ennemis», a dénoncé dans un communiqué Shawn VanDiver, ancien militaire américain qui dirige #AfghanEvac. «Il a traqué d'anciens soldats, des policiers et les familles de quiconque ayant travaillé avec les Etats-Unis», a-t-il ajouté.
Risques de représailles
«Nombre d'Afghans menacés d'être expulsés ont fui après la chute de Kaboul», a poursuivi VanDiver. Certains sont «les frères et les fils d'hommes qui se sont engagés aux côtés des forces américaines», et appartiennent ainsi à des familles que les talibans pourraient prendre pour cible, selon lui.
«Envoyer quelqu'un là-bas n'est pas une expulsion, c'est une sentence», a-t-il encore estimé. Il accuse l'administration Trump d'avoir délibérément choisi la semaine des élections de mi-mandat du 3 novembre pour mener cette opération, «en espérant que personne ne regarde».
Le gouvernement taliban a proclamé une amnistie pour les personnes ayant servi dans les institutions de l'ancienne République afghane. L'ONU a toutefois documenté plusieurs arrestations au cours des dernières années.
Ni les autorités talibanes ni le gouvernement pakistanais n'étaient immédiatement disponibles pour réagir. Le Pakistan mène depuis 2023 une politique de renvoi vers l'Afghanistan de millions d'Afghans présents sur son territoire.
Les relations entre les deux voisins se sont fortement détériorées depuis octobre 2025, lorsque des combats ayant fait des dizaines de morts avaient entraîné la fermeture quasi totale de leur frontière terrestre. Après plusieurs tentatives de médiation et une diminution des affrontements, les hostilités ont repris et dégénéré en guerre ouverte fin février.
Islamabad accuse les autorités talibanes afghanes d'héberger et de soutenir le Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP), un groupe jihadiste responsable de nombreuses attaques meurtrières au Pakistan. Kaboul rejette ces accusations. (tib/ats)
