«J'ai l'impression de vivre dans un pays libre»
Ils ont manifesté deux ans durant contre la corruption et l'ont finalement emporté dans les urnes face au dirigeant nationaliste Aleksander Vucic: le mouvement étudiant a écrit une page d'histoire en Serbie dimanche.
Selon l'ONG de référence Cesid, sur la base d'un échantillon représentant 96% des votes, sa liste a remporté 52,9% des voix, contre 38,8% pour le parti Parti progressiste serbe (SNS) sortant, d'après les résultats préliminaires non officiels publiés lundi matin.
Une victoire historique
Cela représente une majorité de 140 sièges sur les 250 que compte le Parlement, contre 103 pour la formation d'Aleksander Vucic. La participation finale estimée à ces législatives anticipées est de 69,3%.
La dernière forte mobilisation électorale, d'environ 70%, remontait à l'éviction de l'ancien dirigeant Slobodan Milosevic en 2000, et reste une référence dans l'histoire politique serbe.
Les réactions ne se sont pas fait attendre 👇
Figure dominante de la vie politique nationale depuis 14 ans, Aleksander Vucic a concédé rapidement sa défaite face à ces représentants sans expérience, issus de la société civile, une annonce qui a provoqué une explosion de joie dans tout le pays. L'ancien président a alors indiqué à ses partisans au siège de son parti dans la capitale:
La faute à des «influences étrangères»
Ayant maintenu des liens étroits avec la Russie tout au long de son mandat, il a imputé le résultat aux influences étrangères:
Présenté par les étudiants comme un «référendum anti-Vucic», ce scrutin était le premier depuis 2012 à esquisser, pour 6,4 millions d'électeurs, la possibilité d'une alternance. Le représentant de la liste des étudiants Ilija Srdanovic s'est pour sa part réjoui, devant les militants brandissant des ballons colorés:
Suzana Mila Martic, une étudiante interrogée, a abondé, en pleurs, alors qu'un concert de klaxons et une foule aux bras levés envahissaient les artères du centre de la capitale:
Un mouvement né d'une tragédie
Cette alternance spectaculaire est l'aboutissement de près de deux années de protestations déclenchées par l'effondrement, en 2024, d'un auvent de la gare à peine rénovée de Novi Sad, deuxième ville de ce pays des Balkans.
Seize personnes étaient mortes et les étudiants ont estimé que l'accident était une conséquence de la corruption endémique du gouvernement.
Au plus fort de la mobilisation, des centaines de milliers de personnes ont manifesté dans la capitale. Au fur et à mesure, leurs revendications se sont transformées en appels à des élections anticipées.
Début septembre, Aleksander Vucic, vice-premier ministre à partir de 2012, puis premier ministre en 2014 et président en 2017, a fini par convoquer un vote, démissionnant de son second mandat à la tête de l'Etat afin de mener la campagne pour son camp.
Constitué en une force politique disparate, le mouvement étudiant avait présenté une liste unique sans tête d'affiche, avec une sélection de candidats issus de la société civile, dont le seul point commun était de vouloir battre le SNS. Radomir Saicic, un représentant des étudiants, a souligné:
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a écrit sur X que l'Union européenne était prête à «soutenir des réformes en matière d'Etat de droit» et à «faire avancer l'avenir de la Serbie au sein de l'Union». (sda/ats/afp)
