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Le pire cauchemar de l'Ukraine est en train de se réaliser

Xi Jinping, Donald Trump et Vladimir Poutine (de gauche à droite) : la Russie a proposé la tenue d'un sommet sur l'Ukraine avec les États-Unis et la Chine.
Xi Jinping, Donald Trump et Vladimir Poutine (de gauche à droite) : la Russie a proposé la tenue d'un sommet sur l'Ukraine avec les États-Unis et la Chine.Image: montage t-online

Le pire cauchemar de l'Ukraine est en train de se réaliser

Donald Trump se rapproche de Moscou et accentue la pression sur l'Ukraine. A l'approche d'un hiver difficile, la Chine pourrait tirer son épingle du jeu.
23.10.2026, 05:4223.10.2026, 05:42
Patrick Diekmann / t-online

La Russie lance une nouvelle vague de frappes aériennes massives contre l'Ukraine. Selon les autorités ukrainiennes, les forces russes ont tiré plus d'une douzaine de missiles balistiques et lancé des centaines de drones en début de semaine. Des immeubles d'habitation et des infrastructures énergétiques ont été touchés, privant temporairement d'électricité des centaines de milliers de foyers. Ces frappes ont fait des morts et des blessés dans plusieurs régions.

Pendant ce temps, Donald Trump tient des propos étonnamment bienveillants à l'égard de Vladimir Poutine. «La Russie s'est comportée correctement vis-à-vis de l'Ukraine», a déclaré le président américain. Selon lui, Moscou aurait considérablement réduit ses opérations ces derniers temps. Une affirmation qui contraste avec les frappes de missiles et de drones russes qui touchent actuellement les villes ukrainiennes chaque nuit. Trump s'en est ensuite pris à Volodymyr Zelensky, estimant qu'il était temps que quelqu'un d'autre négocie au nom de l'Ukraine.

Des pompiers ukrainiens luttent contre les incendies à Kiev. A l'approche de l'hiver, la Russie intensifie ses frappes aériennes contre l'Ukraine.
Des pompiers ukrainiens luttent contre les incendies à Kiev. A l'approche de l'hiver, la Russie intensifie ses frappes aériennes contre l'Ukraine.Image: IMAGO/State Emergency Service of Ukraine

Alors que la Russie bombarde les villes ukrainiennes, les Etats-Unis, principal allié de Kiev, prennent la défense de Moscou. Trump a déjà renoncé à imposer de nouvelles sanctions à la Russie et cherché à renforcer les liens économiques avec elle.

Derrière le rapprochement entre Trump et Poutine se dessine une évolution dangereuse. Le maître du Kremlin entend discuter de l'Ukraine avec le président américain et son homologue chinois Xi Jinping, mais sans Zelensky ni les Européens. Pour l'instant, ce sommet n'est pas encore à l'ordre du jour. Mais cette proposition révèle les intentions de Poutine: faire en sorte que l'avenir de l'Ukraine soit décidé non par les Ukrainiens, mais par les trois grandes puissances. Et au bout du compte, le grand gagnant pourrait bien être le pays qui s'est largement tenu à l'écart du conflit depuis près de cinq ans: la Chine.

Pourquoi Trump se rapproche de Poutine

Le 3 novembre, les Américains éliront un nouveau Congrès. L'enjeu est de taille pour Trump et les Républicains. La guerre contre l'Iran a mis les marchés mondiaux de l'énergie sous pression. Les prix élevés de l'énergie pèsent sur l'économie, et le diesel a particulièrement renchéri.

La flambée des prix des carburants pourrait coûter cher aux Républicains, car les électeurs en tiennent Trump pour responsable. Le président américain cherche donc à faire baisser le prix du diesel et le coût de la vie avant les élections de mi-mandat, mais ses efforts ont jusqu'ici donné peu de résultats.

Le 9 octobre, lors d'un entretien téléphonique, les deux présidents ont évoqué la possibilité d'augmenter les livraisons de diesel russe. L'administration américaine a accordé une dérogation temporaire autorisant certaines transactions sur les produits énergétiques russes, normalement limitées par les sanctions. Les sanctions américaines contre la Russie restent donc en vigueur, mais Trump a également suspendu, le 16 octobre, l'adoption de nouvelles mesures contre Moscou.

Reste à savoir si ces mesures permettront de faire baisser sensiblement le prix du diesel aux Etats-Unis. Car la guerre contre l'Iran continue de peser lourdement sur les marchés de l'énergie. Pour Poutine, en revanche, le rapprochement avec Trump est une opération gagnante: la Russie obtient des assouplissements économiques sans avoir à cesser ses attaques ni à faire de concessions pour mettre fin à la guerre. Et les Etats-Unis normalisent en partie leurs relations avec un régime qui mène une guerre d'agression en Europe.

Le rapport de force est déséquilibré. A l'approche des élections de mi-mandat, Trump est pressé par le temps. Pas Poutine. Le président russe pourrait tirer profit de négociations qui s'éternisent, si celles-ci permettent d'atténuer la pression américaine pendant que la Russie poursuit son offensive. L'attitude de Trump face aux frappes de drones ukrainiens contre les raffineries russes illustre bien ce déséquilibre. Kiev cherche à affaiblir l'économie de guerre russe. Mais Trump voit surtout dans ces attaques un facteur de hausse des prix des carburants et demande à Zelensky d'y mettre fin.

Voilà toute la contradiction, et elle est dangereuse. La Russie bombarde les infrastructures énergétiques ukrainiennes pour affaiblir le pays à l'approche de l'hiver et saper le moral de la population. Mais Washington exige de la retenue de la part de l'Ukraine, alors que c'est elle qui subit les attaques.

La dangereuse dépendance de l'Ukraine

En ce qui concerne la défense aérienne, la situation de l'Ukraine est particulièrement préoccupante. Selon Zelensky, le Pentagone retarde la livraison de missiles intercepteurs Patriot déjà payés par les partenaires européens. Washington n'a pas non plus donné son feu vert au transfert de missiles issus des stocks européens. Le Pentagone dément avoir modifié les procédures de livraison.

Les deux pays se contredisent également sur le partage des renseignements américains avec l'Ukraine. Zelensky affirme que Washington en a temporairement restreint la transmission, ce que l'administration américaine dément. A cela s'ajoutent des problèmes signalés avec les liaisons satellitaires, notamment Starlink. Les Etats-Unis évoquent également des causes techniques pour expliquer ces perturbations.

Mais l'ensemble de ces événements laisse entrevoir une explication probable: leur enchaînement ne doit rien au hasard. L'administration Trump se sert délibérément de son soutien à l'Ukraine pour faire pression sur Kiev.

Un artilleur de la 100e brigade mécanisée indépendante de l'armée ukrainienne tire avec un canon automoteur 2S22 Bohdana en direction des troupes russes, sur la ligne de front dans la région de D ...
Un soldat ukrainien tire en direction des positions russes sur le front, dans la région de Donetsk, le 29 septembre 2026.Image: REUTERS

L'Ukraine reste fortement dépendante du soutien militaire américain. Les renseignements fournis par les Etats-Unis lui permettent de détecter rapidement les attaques russes, tandis que les systèmes Patriot sont indispensables pour intercepter les missiles balistiques. Quant aux liaisons satellitaires, elles permettent de maintenir les communications sur le front. Or, l'Europe n'est pas en mesure de prendre entièrement le relais à court terme. Si Trump décidait de réduire durablement son aide, les capacités de défense de l'Ukraine pourraient être considérablement affaiblies.

Zelensky n'est pas pour autant totalement démuni face à cette évolution. Il peut tenter de rallier l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni à une initiative diplomatique commune. Les gouvernements européens pourraient faire comprendre à Trump qu'un désengagement américain affaiblirait non seulement l'Ukraine, mais nuirait aussi aux relations des Etats-Unis avec leurs principaux alliés. Kiev conserve également un moyen de pression militaire avec ses frappes contre les raffineries russes, même si celles-ci contrarient les efforts de Trump pour faire baisser les prix de l'énergie.

Le plan de Poutine pour redessiner l'ordre mondial

Alors que Kiev se bat pour conserver le soutien américain, Poutine prépare une initiative diplomatique. Selon les informations du Wall Street Journal, il a proposé à Trump de discuter de la guerre en Ukraine avec le président chinois Xi Jinping. Cette rencontre pourrait avoir lieu en marge du sommet de la Coopération économique pour l'Asie-Pacifique (Apec), les 18 et 19 novembre, à Shenzhen, en Chine. Selon le scénario envisagé par Moscou, ni Zelensky ni les dirigeants européens ne seraient invités.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a confirmé que des discussions étaient en cours au sujet de cette rencontre. Trump s'est montré ouvert à cette idée, tout en précisant que sa priorité était actuellement de discuter du désarmement nucléaire avec Poutine. Reste à savoir si Xi Jinping acceptera la proposition et si la guerre en Ukraine sera effectivement abordée lors de ce sommet.

Derrière cette proposition se cache un calcul stratégique de Moscou. Poutine cherche à faire de la guerre en Ukraine une affaire à régler entre trois grandes puissances, en écartant Zelensky des négociations. Trump semble lui donner raison, puisqu'il a lui-même déclaré que quelqu'un d'autre devrait négocier au nom de l'Ukraine.

Cette position fait également le jeu de Moscou, qui entend décider du sort des conflits internationaux et du partage des zones d'influence avec les Etats-Unis et la Chine. Cette idée rappelle la conférence de Yalta, en février 1945, lorsque les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l'Union soviétique avaient négocié les contours de l'Europe d'après-guerre.

Un sommet avec Trump et Xi Jinping suffirait déjà à redonner à Poutine une légitimité sur la scène diplomatique. Le président russe, que les gouvernements occidentaux ont cherché à isoler en raison de sa guerre d'agression, se retrouverait à nouveau autour de la même table que les dirigeants des deux superpuissances. Ce serait un revers pour Kiev. L'Europe risquerait elle aussi de voir l'avenir de sa propre sécurité se négocier sans qu'elle ait son mot à dire.

La Chine en position de force

Xi Jinping pourrait bien être le grand gagnant de ce bras de fer entre grandes puissances. Un sommet réunissant les trois dirigeants sur le sol chinois permettrait à Pékin de s'imposer comme un acteur majeur de la diplomatie internationale. Le simple fait d'évoquer cette possibilité pourrait déjà renforcer le prestige de la Chine, sans que Xi Jinping ait à s'engager dans des négociations concrètes.

Xi Jinping et Vladimir Poutine, ici lors d'une réception militaire organisée en l'honneur du chef du Kremlin à Pékin: Poutine s'était rendu en Chine pour la dernière fois en septembre 2 ...
Xi Jinping et Vladimir Poutine lors d'une réception militaire organisée en l'honneur du chef du Kremlin à Pékin.Image: Alexander Kazakov / ap

Car Pékin n'est pas pressé de voir la fin des conflits. La Russie dépend de plus en plus de la Chine, tandis que Moscou et Washington s'affaiblissent militairement dans leurs conflits respectifs. Xi Jinping ne fait donc pas grand-chose pour favoriser la paix, mais se retrouve malgré tout sur le devant de la scène.

Les intérêts de Pékin ne sont pas pour autant les mêmes que ceux de Moscou. La Chine soutient la Russie sur les plans politique et économique, mais tient à préserver ses relations avec l'Europe. Si ce sommet donnait l'impression que Pékin cautionne une réorganisation de l'Europe selon les souhaits de Moscou, cela pourrait compromettre ses relations avec l'Union européenne, dont les marchés sont essentiels à l'économie chinoise.

Et puis il y a la question taïwanaise. La Chine considère cette île dotée d'un régime démocratique comme faisant partie de son territoire et n'exclut pas de recourir à la force pour la réunifier avec le continent. Un ordre mondial dans lequel les grandes puissances négocieraient sans consulter les petits Etats pourrait servir les ambitions de Pékin. Mais Taïwan et ses partenaires auraient toutes les raisons de s'en inquiéter.

Pour Xi Jinping, l'intérêt de la proposition de Poutine réside donc aussi dans le fait qu'elle ne l'engage à rien: il peut renforcer le poids diplomatique de la Chine sans avoir à faire siennes les ambitions russes.

Des semaines décisives

Pour l'instant, le plan de Poutine n'a pas abouti. Trump n'a pas donné son accord ferme à un sommet consacré à l'Ukraine, et Xi Jinping reste discret sur ses intentions. Aux Etats-Unis, l'assouplissement des sanctions économiques contre la Russie rencontre aussi des résistances. Des sénateurs des deux partis ont appelé Trump à maintenir les sanctions en vigueur.

L'Ukraine n'est pas non plus écartée des négociations diplomatiques. Mardi 20 octobre, Zelensky a rencontré à Oslo le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre, le président finlandais Alexander Stubb et Steve Witkoff, l'envoyé spécial de Trump. Jared Kushner, le gendre du président américain, a participé aux discussions par visioconférence. Des représentants de l'Allemagne, de la France, du Royaume-Uni, de la Pologne, de l'UE et de l'Otan étaient également présents. Les discussions visaient à définir une position commune pour la suite des négociations avec la Russie. Witkoff pourrait ensuite se rendre à Moscou.

Pour l'Europe, l'enjeu est de garantir la poursuite du soutien militaire à Kiev et de conserver son influence sur Washington. Si un sommet réunissant les trois grandes puissances devait aborder la question des territoires ukrainiens et des garanties de sécurité, aucun accord durable ne pourrait être conclu sans la participation de l'Ukraine.Pour Zelensky, c'est désormais une course contre la montre. L'Europe doit renforcer les capacités de défense ukrainiennes avant que d'éventuelles restrictions de l'aide américaine et l'intensification des frappes russes pendant l'hiver n'affaiblissent davantage le pays.

La rencontre d'Oslo pourrait permettre de mesurer l'influence que Kiev et ses partenaires européens exercent encore. Si Poutine parvenait à imposer son sommet à trois, une question bien plus fondamentale se poserait: qui décidera de l'avenir de l'Ukraine, et qui aura son mot à dire? (trad.: mrs)

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Un bâtiment en flammes après un bombardement russe, Kiev.
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