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Sur les caméras de surveillance, on peut voir des soldats russes enfoncer les portes et entrer dans le bâtiment
Sur les caméras de surveillance, on peut voir des soldats russes enfoncer les portes et entrer dans le bâtiment

Des soldats russes ont pris 200 civils en otage: «C'était un cauchemar»

Les forces russes auraient pris en otage 200 habitants d'un lotissement près de Kiev. Mais certains d'entre eux ont réussi à s'enfuir. Voici le récit de leur périple.
21.03.2022, 19:2921.03.2022, 20:28

Etre pris en otage à son propre domicile par des hommes armés, c'est aussi ça la guerre en Ukraine. Et c'est un crime de guerre. Sept otages détenus dans un lotissement près d'Hostomel ont pu échapper aux soldats russes. Ils ont raconté leur histoire au New York Times:

Avant la prise d'otage

Dès les premiers jours de la guerre en Ukraine, les forces russes ont tenté de s'emparer de l'aéroport d'Hostomel. Situé à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Kiev, il est principalement utilisé comme aéroport de fret et d'usine pour le constructeur aéronautique Antonov. Les habitants du lotissement Pokrovsky ont filmé l'enfer depuis leurs balcons.

Jour après jour, les forces russes se sont rapprochées de l'immeuble. Le 3 mars, l'un des 14 bâtiments du complexe a été directement touché par un missile.

«J'ai écrit à ma fille. Je lui ai dit au revoir. Je lui ai dit que nous allions probablement être bombardés.»
Lesya Borodyuk au «New York Times»

Peu après, des soldats russes ont pris d'assaut le lotissement, et le même jour, ils se sont retrouvés devant leur porte, comme le racontent les anciens otages au quotidien américain.

Les soldats entrent dans le bâtiment

L'invasion de l'armée russe dans l'immeuble Pokrovsky a été enregistrée par des caméras de surveillance.

«Nous avons vu l'infanterie russe sur la caméra de surveillance de notre bâtiment. A partir de ce moment, ils ne sont jamais partis.»
Roman Naumenkosource: New York Times

Les vidéos montrent les soldats russes enfoncer des portes avec leurs armes et se déchaîner dans l'ascenseur en brisant des caméras de surveillance:

Sur d'autres vidéos, on voit les soldats russes transporter du matériel de guerre lourd dans les bâtiments et emmener les habitants à l'intérieur:

La prise d'otage

Les soldats russes ont pris en otage environ 200 habitants de l'immeuble. Ils les ont enfermés dans leurs propres caves avant de prendre possession de leurs appartements, racontent les anciens otages au New York Times:

«Ils n'ont rien demandé à personne, ils nous ont juste dit d'aller à la cave»
Elena Anishchenkosource: new york times

Certains habitants seraient réfugiés dans leurs appartements, tandis que d'autres se seraient cachés dans le bâtiment pour échapper aux forces russes.

«Nous ne savions pas ce qui nous arrivait. C'était simplement un état de peur totale.»
Kseniasource: new york times

Dans certains immeubles, les soldats sont passés d'un étage à l'autre, arrachant les portes de leurs gonds et fouillant les appartements, selon les habitants.

Le crime de guerre
En attaquant à la roquette le complexe de Pokrovsky et en capturant des civils, l'armée russe a commis un crime de guerre. En effet, selon les Conventions de Genève – le cœur du droit international humanitaire – il est interdit de s'en prendre à des bâtiments et infrastructures civils pendant un conflit armé. Les civils doivent en outre toujours être protégés et devraient avoir le droit de communiquer. La Russie a également signé les Conventions de Genève.

Les premiers jours en otage

Lors de la prise d'otage, ils se sont vu arracher leur téléphone et leur ordinateur portable:

Ils nous ont dit: «Ne nous en voulez pas, mais si nous trouvons votre téléphone, vous serez abattu sur le champ»
Elena Anishchenkosource: new york times

Pour les résidents coincés au sous-sol, le quotidien dépendait des gardes de l'immeuble. Certains auraient été autorisés à rentrer de temps en temps chez eux pour se procurer de la nourriture et des vêtements chauds. Alors que d'autres auraient été surveillés par des soldats plus stricts, ont déclaré les anciens otages au journal.

En l'absence d'électricité, les habitants ont dû improviser. Ils ont donc allumé de l'huile dans des soucoupes pour réchauffer la nourriture ou ont utilisé des bougies pour chauffer un bidon d'eau.

Pendant ce temps, la zone continuait d'être fortement touchée par des bombardements.

«Nous nous sommes habitués aux bruits de tirs et avons appris à les distinguer. S'ils venaient de loin ou s'ils étaient proches. Si c'était dans le bâtiment ou si ça passait au-dessus. Nous pouvions les entendre»
Roman Naumenko au «New York Times»

Les discussions avec les Russes

Lesya Borodyuk raconte comment elle a surpris une conversation entre un officier russe et une jeune fille en pleurs. Le soldat russe utilise alors le motif de guerre invoqué par Vladimir Poutine, à savoir la prétendue «dénazification» de l'Ukraine:

«Ma fille a aussi huit ans. Je l'aime beaucoup. Elle me manque. N'aie pas peur, petite fille, nous allons te libérer des nazis»
source: New York Times

De jeunes soldats se sont montrés en partie impuissants. Ainsi, quand l'un des otages aurait demandé à l'un des gardes ce qu'il faisait exactement en Ukraine. Celui-ci aurait répondu:

«Où suis-je? Qu'est-ce que je dois faire?»
source: new york times

La fuite

Le 9 mars, la Russie et l'Ukraine convenaient de mettre en place plusieurs couloirs humanitaires pour une durée de 72 heures afin de permettre à la population civile de quitter les lieux en toute sécurité. Mais les occupants russes du complexe de Pokrovski auraient omis d'en informer leurs prisonniers.

Lors d'un repas surveillé dans l'appartement, l'un des otages aurait vu passer un convoi de drapeaux blancs par la fenêtre. Ce n'est alors que sur demande qu'un des gardes aurait expliqué que des couloirs humanitaires avaient été mis en place. Certaines personnes auraient alors préparé leurs sacs et pris la fuite.

Alors qu'ils s'apprêtaient à quitter le bâtiment, un soldat russe leur aurait dit que certains de ses collègues risquaient de tirer sur le groupe. Ils se sont quand même enfuis et s'en sont sortis indemnes.

«Ce que j'ai vu était un cauchemar»
Roman Naumenkosource: new york times

Le New York Times précise encore que parmi les anciens otages Naumenko souhaitait rester provisoirement dans le pays, pour se battre.

(yam) traduit de l'allemand par (arz)

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source: sda / amel pain
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