La fin de la guerre en Ukraine et peut-être le début d'une autre en Syrie domineront la nouvelle rencontre vendredi en Russie entre Vladimir Poutine et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan.
Le chef de l'Etat turc retrouve son homologue russe à Sotchi sur la mer Noire, fort de son récent succès diplomatique qui a favorisé l'accord international sur la reprise des exportations de céréales ukrainiennes via le Bosphore.
A Téhéran, le mois dernier, il a clairement été mis en garde par le président russe contre toute nouvelle opération militaire en Syrie visant à repousser les combattants kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et ses alliés. Pour les analystes, ces tensions récurrentes font partie de la «coopération compétitive», qui définit la relation entre les deux dirigeants depuis 20 ans.
La volonté de la Turquie, quoique membre de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (Otan), de rester neutre face à Moscou au sujet de l'Ukraine, commence à porter ses fruits.
Après des mois d'efforts, Moscou et Kiev ont signé à Istanbul un accord soutenu par l'Organisation des Nations unies (ONU): la première expédition de maïs au départ d'Odessa depuis le début de la guerre le 24 février a permis de ravitailler le Liban et d'autres suivront, soulageant les craintes d'une crise alimentaire mondiale.
La Turquie veut maintenant tenter d'obtenir l'ouverture de négociations en vue d'une trêve entre le président russe et l'Ukrainien, Volodymyr Zelensky, si possible à Istanbul.
Mais ces efforts sont compliqués par les menaces répétées d'Ankara d'opération militaire en Syrie, où les intérêts russes et turcs s'entrechoquent. Moscou a largement soutenu le président syrien Bachar al-Assad face à des groupes soutenus en partie par la Turquie.
Aujourd'hui, Erdogan veut de nouveau traverser la frontière pour établir une zone de sécurité dans une région où patrouillent déjà les troupes russes et leurs affidés, mais d'où il veut chasser les groupes kurdes qu'il considère comme des «terroristes».
Pour certains médias turcs, ce que veut vraiment Vladimir Poutine ce sont des drones. Ankara a fourni à l'Ukraine ses fameux drones de combats Bayraktar-TB2 à l'efficacité prouvée face aux chars russes.
Selon des responsables américains, une délégation russe s'est rendue en Iran pour envisager l'achat de centaines de drones. Et Erdogan lui-même a rapporté à son retour de Téhéran une demande de Poutine en ce sens. Une confidence corrigée par un responsable turc assurant que le président plaisantait.
Mais le porte-parole du Kremlin Dmitry Peskov a donné corps à l'idée, en assurant que «la coopération militaire et technologique figure toujours à l'agenda des deux pays».
Reste enfin une possible source de tension entre les deux présidents, connus pour leurs retards chroniques: à Téhéran, Erdogan a fait patienter Vladimir Poutine seul, pendant 50 secondes, debout dans une pièce sous la caméra de l'agence de presse officielle turque centrée sur son visage tendu. Pour beaucoup, c'était la riposte du président turc au retard que lui avait infligé le patron du Kremlin, près de deux minutes durant, en 2020. (ats/jch)