Lausanne n'a pas fini le boulot
On n’est pas du genre à grogner pour grogner. Non seulement watson n’est pas une publication Facebook ou un Skyblog, mais on est d’ordinaire plutôt bon public lorsqu’une bonne âme décide d’animer les rives du Léman. Pourtant, ce coup-ci, à force de passer à côté de la nouvelle installation de la Ville de Lausanne, notre frustration qui marinait en silence a fini par craquer et dégainer le clavier.
Depuis quelques jours, Lausanne s’affiche en toutes lettres sur les quais d’Ouchy. Littéralement. La capitale vaudoise a décidé d’épeler sa coolitude face à un panorama à couper le souffle, en proposant «un nouvel espace d’appropriation, entre expérience urbaine et valorisation du paysage». Oui, les grands mots sont manifestement de sortie.
A la lecture de la note d'intention disponible sur le site de la Ville, on pourrait croire que le département marketing a découvert la lune avant de nous en faire profiter.
Et donc?
Qu’on s’entende bien, l’idée n’est pas mauvaise. C’est même un genre d’installation plutôt très largement répandue à travers le monde. On peut même dire que les villes prisées qui n’auraient toujours pas mis leur gloire au pied de la lettre sont rares. Lausanne a donc simplement voulu raccrocher son wagon à la locomotive promotionnelle avec quelques trains de retard.
Y a pas le feu au lac, dit-on communément dans la région.
En revanche, quand on arrive après tout le monde, faire montre d’une certaine vivacité d’esprit aurait permis d’attirer les regards et de se faire pardonner le délai d’une bonne dizaine d’années. D’offrir un twist, comme on dit dans la cuisine créative. Oh, personne n’attendait de Lausanne le culte des lettres «Hollywood» ou celui du panneau Las Vegas planté au milieu du désert. Sans aller jusqu’à graver son nom dans le bois, à l’instar de Lugano, Lausanne aurait peut-être pu simplement... finir le job.
Bien sûr, les touristes ne se feront pas prier pour prendre «#Lausanne» d’assaut une fois en villégiature à Ouchy. Le lac, les massifs et le soleil feront toujours 90% du boulot. Mais pourquoi diable a-t-on l’impression que la Ville a jeté l’enseigne sur les rives avec la même délicatesse qu’un vulgaire mégot sur le bitume?
Non seulement on dirait que l’enseigne attend qu’on lui dégote sa place définitive, mais le socle peu ragoûtant et le barda de câbles qui rampe jusqu’au lac attirent l’œil bien avant l’œuvre d’art. Sans compter que l’espace qui la sépare du bord ne lui fait pas honneur, pour peu qu’on l’observe depuis la (longue) promenade qui nous mène à elle.
On chipote? Sans doute. D’autant que la Ville assure que ce n’est qu’un projet «temporaire et amovible».
Mais n’aurait-il pas été intéressant de planter les lettres dans les rochers en contrebas, histoire d’offrir l’illusion qu’elles flottent sur le Léman? De faire en sorte que les dizaines de milliers de voyageurs et de touristes de la CGN puissent lire autre chose que «ɘnnɒƨuɒ⅃#»? De jouer avec les courbes naturelles des rives lausannoises pour que cette sculpture dévoile ne serait-ce qu’une miette de la ville?
Last but not least, n’a-t-on pas affaire, ici, à un mobilier urbain qui va typiquement se retrouver à la merci des saccageurs et des petits plaisantins?
Sachant que, pour accoucher de ce projet censé «contribuer au rayonnement de la ville», il y a sans doute eu des dizaines de brainstormings et un budget, on s’étonne (un peu) de la nonchalance avec laquelle tout cela a été déployé. Là, c’est comme si on avait pu se payer une table design à 10 000 balles pour en mettre plein la vue à nos convives, mais qu’on laissait autour les vieilles chaises décaties du discounter du coin.
#sansrancune. (Puisque les hashtags semblent de nouveaux à la mode.)
