Ils ont fait quatre fois le tour de la terre pour voir Gottéron
Il est 15h30, vendredi dernier, en région genevoise. Stéphanie, 36 ans, termine le travail. Sa collègue a juste le temps de la ramener chez elle, dans la commune de Puplinge (sud-est du canton), qu'une grosse voiture noire débarque. C'est son père, Jean-Bernard, 67 ans, qui passe la prendre. A l'arrière, sur un siège pour enfant, des maillots et des écharpes siglées Fribourg-Gottéron.
Direction Fribourg, donc. Ces deux fans ont l'abonnement à la BCF Arena. Et pas question de louper un match de Gottéron! Faire l'aller-retour entre le bout du lac et les terres fribourgeoises, ce n'est pas éprouvant, à la longue? «J-B» n'a pas l'air de le penser. Il a fait le calcul:
Fribourgeois d'origine, il prenait déjà son vélomoteur lorsqu'il était ado pour aller voir les matchs à la patinoire des Augustins, en basse-ville de Fribourg. La passion pour le club ne l'a jamais quitté, même lorsqu'il a débarqué dans le canton Genève pour le travail, à la fin des années 1980. S'il a d'abord fait les trajets de manière irrégulière, il a fini par prendre un abonnement en zone debout au milieu des années 2000. Depuis qu'elle est toute petite, Stéphanie a fait les trajets avec son père vers Fribourg. Elle a longtemps été accompagnée par sa grande sœur, Vanessa, qui est revenue dans le canton de Fribourg en 2012.
De même, l'histoire continue puisque Stéphanie vient parfois aux matchs avec sa fille Léa, qui a elle aussi vu son premier match à l'âge de deux ans.
Un bref calcul s'impose: 8000 kilomètres par année sur vingt ans, c'est 160 000 kilomètres engloutis en voiture. Si on y réfléchit autrement: Jean-Bernard et Stéphanie ont déjà fait — au moins — quatre fois le tour de la terre pour voir leur équipe de cœur.
Ils ne sont pas «passés» à Servette
La voiture s'engage dans la circulation de la ville de Genève. Rive gauche, pont du Mont-blanc, rive droite, puis direction le canton de Vaud. «Quand il y a des manifestations, c'est compliqué», explique J-B. Stéphanie joue la copilote — «C'est toujours lui qui conduit!» — et vérifie la circulation sur le chemin. «Ca devrait aller aujourd'hui, même si le trafic sera un peu dense autour de Vevey», analyse-t-elle en regardant son téléphone.
En grandissant dans le canton de Genève, ce n'était pas toujours simple pour Stéphanie, notamment à l'école, quand Genève-Servette est monté en National league, en 2002.
Mais elle n'a jamais renié son équipe pour autant. Quitte à devoir subir quelques railleries de collègues au travail. «Quand Genève a gagné en 2023, mes collègues ont pendu un maillot de Servette en face de mon bureau. Mais pour tout dire, j'étais contente pour eux!», dit-elle.
Et quand Gottéron vient jouer contre Genève-Servette à la patinoire des Vernets, les deux prennent des billets côté visiteurs. Sans parler de quelques matchs occasionnels dans d'autres villes de Suisse. Depuis que Jean-Bernard est à la retraite, il a aussi plus de marge pour partir quand il le souhaite.
Tous les chemins mènent à Fribourg
Nous sommes désormais à hauteur de Nyon. Jean-Bernard a changé One FM pour Radio Fribourg. Le bulletin autoroutier est écouté religieusement. Les deux connaissent tous les chemins possibles pour arriver avec le moins de retard possible à la BCF Arena. «A partir de Lausanne, si l'autoroute est bloquée, on prend la route de Berne et on sort vers Avenches», explique Jean-Bernard.
Lorsque la route est carrément bloquée sur la Côte à cause d'un accident, les deux n'hésitent pas à passer au sud du Léman, côté français, et remonter vers Fribourg via St-Gingolph et Villeneuve. Se retrouver bloqué sur la route, c'est le scénario catastrophe pour arriver à l'heure à la patinoire.
Une fois passé le «tobogan», entre Vevey et Châtel-St-Denis, on arrive dans le canton de Fribourg. Au fait, pourquoi ne pas décider de prendre le train? «C'est vrai qu'on voyage tranquillement et on est sûr d'arriver à l'heure pour le début du match», admet Stéphanie, qui l'a déjà fait quelques fois.
En cas de prolongations, il faudrait partir avant la fin pour arriver à rentrer à la maison. Depuis Cornavin, il me faudrait encore 45 minutes de transports publics, ou alors je dois prendre un taxi. C'est beaucoup plus pratique avec la voiture.»
Arrosés de bière (et pas que)
A hauteur de la sortie Fribourg-Nord, Stéphanie reçoit un message de Vanessa — elle aussi a un abonnement — qui vient voir le match depuis Bulle. «Il reste 43 places de parking, on devrait y arriver», dit-elle. Quand on arrive en retard, difficile de trouver une place de libre dans le secteur du plateau de Saint-Léonard. J-B rassure:
Depuis que les deux ont l'abonnement en places assises — «il a fallu être sur liste d'attente durant cinq ans» —, le timing est moins un problème. En zone debout, il fallait encore attendre «au moins une demi-heure» pour la fouille obligatoire. S'ils étaient déjà en retard à cause de la circulation, ils n'étaient alors «jamais sûrs d'être bien placés».
Désormais, «on voit très bien le match, mais on s'est aperçu qu'on est assis à côté du secteur adverse, on se fait parfois arroser de bière», lâche Stéphanie. Jean-Bernard l'assure:
Un petit café au troisième tiers-temps
La voiture arrive à la patinoire vers 18h et il reste de la place au parking. Une heure et demie d'avance, c'est le timing parfait pour prendre un verre avec leurs amis, devant la patinoire. Puis direction l'intérieur, où père et filles se retrouvent avec une partie de la famille restée en terres fribourgeoises.
Ce soir-là, Gottéron perdra face à Davos (0-1). Père et filles seront même capturés par les caméras de la patinoire. Jean-Bernard n'aura pas manqué de «prendre un petit café» durant le troisième tiers-temps, histoire d'être en forme pour rentrer. A nouveau 150 kilomètres à faire, soit un petit trajet de plus vers le cinquième tour de la terre pour aller voir Gottéron.
