La sécurité de Trump a-t-elle été efficace? «Il y a eu du cafouillage»
Plus d'une centaine de convives, dont Donald Trump, de hauts responsables de l'administration américaine et des journalistes, étaient présent samedi soir dans l'une des salles de l'hôtel Washington Hilton à l'occasion du dîner des correspondants.
Soudain, un homme de 31 ans a tenté de franchir le portique de sécurité, cherchant à assassiner de hauts responsables de l'administration, déclarent les autorités. L'assaillant a été intercepté et un membre des forces de l'ordre s'est fait tirer dessus. Son gilet pare-balles l'a protégé.
Nous apprendrons plus tard que le tireur était déjà présent dans l'établissement. Il était arrivé en tant que client la veille de l'attaque. Selon les témoignages récoltés par le Wall Street Journal, les invités ont expliqué avoir simplement pu entrer en présentant leur ticket pour le dîner.
Quant aux clients de l'hôtel, ils pouvaient se rendre dans le hall d'entrée et dans certaines parties du bâtiment sans passer de contrôle de sécurité. D'après les dires, il était plus facile d'entrer dans le Washington Hilton que dans un événement sportif ou un concert. En cause? Les 1107 chambres et les 47 salles de conférences ne permettent pas la privatisation du lieu – qui accueille le dîner des correspondants depuis une dizaine d'années. Rappelons d'ailleurs que l'ancien président Ronald Reagan a également été visé par un tireur devant l'enceinte de l'hôtel en 1981.
L'assaillant lui-même a même été surpris par le dispositif de sécurité. Dans un manifeste envoyé à ses proches, il raconte être entré avec plusieurs armes. «Personne ne s'était dit qu'il pouvait être une menace. Je m'attendais à des caméras de sécurité partout, des chambres sur écoute, des agents tous les trois mètres... Il n'en était rien.»
Le dispositif «a fonctionné»
De son côté, le secret service, via son porte-parole Anthony Guglielmi, considère que le dispositif sécuritaire «a été efficace», tout en évoquant son renforcement futur.
Une réussite que soulève également Patrick Carruzzo, ancien garde du corps et directeur de l'Académie suisse de sécurité: «L'auteur a été interpelé et n'a pas pu atteindre ses cibles.» Alexandre Benalla, ancien garde du corps d'Emmanuel Macron, corrobore ces propos dans une publication LinkedIn. Après avoir été écarté de l'Elysée pour «violences volontaires» en marge du défilé du 1er mai 2018 à Paris, puis pour l'utilisation d'un passeport diplomatique, il a fondé une entreprise de sécurité basée à Genève. Il explique:
Un «cafouillage» qui interroge
Les experts romands sont cependant en désaccord sur deux points. Alexandre Benalla pointe du doigt «la vulnérabilité structurelle» de l'hôtel Washington Hilton, qui «fonctionnait samedi soir simultanément comme lieu de l'événement présidentiel et comme hôtel ouvert à ses clients réguliers». Un problème «qu'il faudra résoudre». Patrick Carruzzo, en revanche, estime qu'une protection en amont aurait été difficile à mettre en place, puisqu'il ne s'agit pas d'un lieu privé. Et d'ajouter:
Ensuite, Alexandre Benalla salue «le timing de l'extraction présidentielle»: «On voit Donald Trump quitter l'estrade en quelques secondes, encadré par les agents, avec une équipe tactique en tenue lourde et fusils d'assaut qui se déploie immédiatement. C'est ce que l'on attend.»
Un avis que ne partage pas Patrick Carruzzo. Comme son homologue, il a visionné les vidéos de samedi soir. Un élément l'a surpris: «Le temps d'attente entre les premiers coups de feu et l'extraction du président, en particulier pour des hommes aussi entraînés» que ceux du secret service.
Dans une interview accordée dimanche à l'émission 60 Minutes, Donald Trump s'est exprimé sur cette latence. Il a reconnu qu'il n'avait pas «facilité la tâche» des agents pour l'évacuer de la pièce. «Je voulais voir ce qui se passait. Et à ce moment-là, nous avons commencé à réaliser que c’était peut-être un grave problème.»
Un autre élément interroge Patrick Carruzzo: le fait que le vice-président JD Vance ait été «tiré par la veste».
Dîner reprogrammé
L'auteur présumé des tirs a été inculpé lundi par le ministère de la Justice de tentative d'assassinat à l'encontre du président, d'usage d'une arme à feu lors d'un crime violent et d'agression d'un agent fédéral à l'aide d'une arme dangereuse.
Après l'attaque, les réactions de dirigeants mondiaux ont afflué. Ils se sont dits «choqués», ont apporté leur «soutien» à Donald Trump et ont condamné la violence politique. Le président américain a assuré que le dîner des correspondants – auquel il assistait pour la première fois – serait reprogrammé.
