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Comment Hitler a amassé une fortune inimaginable

Adolf Hitler se mettait en scène comme un homme modeste, alors qu'il a gagné des millions en secret.
Adolf Hitler se mettait en scène comme un homme modeste, alors qu'il a gagné des millions en secret.Image: EPA DPA

Comment Hitler a amassé une fortune inimaginable

Travailleur et modeste: c'est ainsi qu'Adolf Hitler se présentait aux Allemands. Mais derrière la façade, le Führer était un homme riche. Voici comment il a obtenu ses millions.
17.09.2023, 08:0017.09.2023, 10:18
Marc von Lüpke
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Un article de
t-online

«Comme dans un conte de fées!», s'enthousiasmait Joseph Goebbels dans son journal. «Hitler est chancelier du Reich». Ce qui s'était passé le 30 janvier 1933 à Berlin tenait plutôt du cauchemar. Adolf Hitler, le Führer du Parti national-socialiste des travailleurs allemands, était arrivé à ses fins et allait bientôt s'atteler à l'établissement de sa dictature.

Hitler se présentait aux Allemands comme un homme modeste, un chef d'Etat qui avait mis sa vie au service du «peuple» sans grandes exigences personnelles. De l'argent? Hitler n'en avait pas, du moins c'est ce qu'il semblait.

En février 1933, le journal du parti Völkischer Beobachter affirmait que le Führer ne percevait pas de salaire en tant que «chancelier du Reich», «car il gagne lui-même ses revenus en tant qu'écrivain». Un geste noble à une époque où l'Allemagne subissait encore les effets de la crise économique mondiale? Sans doute pas.

Hitler à Munich en 1931, avant la prise de pouvoir.
Hitler à Munich en 1931, avant la prise de pouvoir.Image: AP

Dès 1934, Hitler change d'avis et commence à encaisser ses émoluments de chancelier du Reich, comme l'écrit l'historien Volker Ullrich dans sa biographie du Führer. En plus d'un salaire d'environ 29 000 Reichsmark par année, ce dernier touchait 18 000 Reichsmark d'indemnités de représentation.

Mein Kampf et la poste

Pour Hitler, ces sommes n'étaient toutefois que des «peanuts». Depuis longtemps, mais surtout après la prise du pouvoir en janvier 1933, l'argent coulait à flots dans sa poche, provenant d'une autre source. Et ce, comme le rapporte le Völkischer Beobachter, grâce à son activité «d'écrivain». Mein Kampf, l'ouvrage de combat et de dénigrement d'Hitler paru en deux volumes dans les années 1920, est devenu au fil du temps un best-seller. D'autant plus que les couples qui s'unissaient pour la vie recevaient une copie de Mein Kampf en cadeau de mariage de la part du bureau de l'état civil. Les droits dus au dictateur ont explosé.

Hitler recevait également des sommes colossales d'une autre source: la poste du Reich. Le portrait du despote «ornait» des timbres, et Hitler encaissait depuis 1937 un certain pourcentage du produit de la vente. Année après année, million après million.

Mais le Führer a également établi une autre forme de maximisation de la fortune. Le «don Adolf Hitler de l'économie allemande» s'est transformé en une véritable machine à sous à partir de 1933. D'une contribution volontaire, le «don» s'est rapidement transformé en une obligation. Les employeurs devaient verser une certaine somme basée sur les coûts salariaux générés dans leurs entreprises: 700 millions de Reichsmark jusqu'en 1945, comme l'écrit l'historien Guido Knopp.

Hitler et de sa maîtresse Eva Braun lors d'un repas.
Hitler et de sa maîtresse Eva Braun lors d'un repas.Image: AP, EVA BRAUN'S PICTURE ALBUM

Mais à quoi servait tout cet argent? Seul le Führer en décidait, car le pot dans lequel atterrissait le «don» était à sa seule disposition. Les «anciens compagnons d'armes» qui seraient tombés dans le besoin «sans qu'on leur en veuille» devaient être soutenus, et la «culture» devait également recevoir sa part. Par exemple en créant un musée du Führer à Linz.

Non imposable

Pour l'économie, le «don Adolf Hitler» était moins dramatique qu'il n'y paraît à première vue. En effet, elle a pu déduire l'argent des impôts. Et en parlant d'impôts. Hitler se livrait depuis longtemps à un jeu du chat et de la souris avec le fisc.

Car même avant la prise de pouvoir, Hitler n'était pas un pauvre bougre. Dans les années 20, il se faisait bien payer pour ses apparitions et recevait des cadeaux de la part de mécènes fortunés. A un moment donné, les recettes de Mein Kampf ont commencé à affluer. Ce qui n'a pas échappé au fisc.

Hitler, qui selon Volker Ullrich ne disposait selon toute vraisemblance pas d'un compte en banque personnel, s'est en contrepartie appauvri. Du moins sur le papier. Pourtant, début 1934, une dette fiscale de plus de 400 000 Reichsmark pour l'année précédente le tourmentait. Or, il n'est pas si facile de faire payer ses dettes à un tyran comme Hitler.

Les autorités ne se sont pas trouvées dans cet embarras. Il a été convenu que le Führer n'était pas imposable «compte tenu de son statut constitutionnel». Les avis d'imposition? «Nul et non avenu». Les dettes fiscales accumulées? Autant en emporte le vent. Hitler était d'accord.

Hitler en visite à Vienne, 1938.
Hitler en visite à Vienne, 1938.Image: PHOTOPRESS-ARCHIV

«Ce que je possède appartient au parti»

Et l'argent s'accumulait. Le «don Adolf Hitler» mentionné plus haut rapporta 700 millions de Reichsmark jusqu'à la fin de la guerre, les timbres d'Hitler un peu plus de 50 millions de Reichsmark et les recettes de Mein Kampf probablement jusqu'à deux millions de Reichsmark par an, comme l'historien Frank Bajohr l'explique dans un livre. Le chercheur cite également une autre source d'argent d'Hitler: le Führer a été doté dans des testaments. Et a bien entendu hérité sans payer d'impôts.

«Le Führer, le parti et l'Etat ne font qu'un», comme le résume le représentant légal d'Hitler. Rares sont ceux qui, à l'époque du national-socialisme, l'ont contredit. Notamment parce que le Führer distribuait généreusement de l'argent, par exemple à ses officiers supérieurs. Et les liait ainsi plus étroitement à lui.

«Ce que je possède appartient — dans la mesure où cela a de la valeur — au parti», peut-on lire dans le testament privé d'Hitler du 29 avril 1945.

«Si celui-ci devait ne plus exister, à l'Etat, si l'Etat devait également être détruit, une autre décision de ma part n'est plus nécessaire»

Un jour plus tard, Hitler se suicidait.

Traduit et adapté par Noëline Flippe

Hitler, c'est qui? On a demandé à des gymnasiens
Video: watson
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