On ne peut pas nier que Masoud Pezeshkian, le seul réformateur parmi les candidats admis à l'élection présidentielle de ce vendredi, a du courage. Ce chirurgien cardiaque et parlementaire de 69 ans n'a pas peur de mettre en évidence les multiples problèmes du pays.
Celui qui semble se situer un peu à gauche n'épargne pas non plus l'establishment ultraconservateur, qui n'aurait toujours pas compris que la foi religieuse ne peut pas être imposée par la force.
Même 45 ans après sa création, la République islamique n'a pas réussi à attirer les jeunes vers les valeurs de l'islam, a déclaré Pezeshkian à la télévision d'Etat, ajoutant:
Le fait qu'un homme politique critique ouvertement le régime et puisse se présenter aux élections est une petite sensation dans le contexte iranien. Après des décennies de stagnation et de répression, un réformateur a-t-il finalement une chance d'être élu président de la République islamique? Ce n'est pas le seul candidat en lice.
Le Conseil des gardiens de la Constitution, un organe de contrôle islamique, a approuvé six candidats pour l'élection. Deux candidats ont déjà retiré leur candidature. Quelque 61 millions d'électeurs sont appelés à élire vendredi le successeur d'Ebrahim Raïssi, décédé dans un accident d'hélicoptère.
Pour faire croire à la population que les élections sont un tant soit peu équitables et pour obtenir une participation plus élevée, le régime a besoin d'un candidat comme Pezeshkian, une sorte de porteur d'espoir capable de mobiliser la grande armée des mécontents. Sa simple participation aux élections ne suffira, toutefois, pas à ramener les électeurs déçus aux urnes, analyse le portail en ligne Iran International, proche de l'opposition.
Selon Javadi Yeganeh, scientifique enseignant à l'université de Téhéran, les électeurs savent que même les réformistes ne seront pas en mesure de tenir leurs promesses d'améliorer la situation économique catastrophique. En outre, il serait presque impossible de rétablir la confiance entre le régime et la population désabusée.
Le journaliste et activiste Mohammed Parsi porte un jugement encore plus radical: il reproche aux candidats d'avoir abandonné depuis longtemps le rêve longtemps caressé de transformer l'Iran en un Japon islamique. Au lieu de cela, ils seraient sur la bonne voie pour transformer l'Iran en «Corée du Nord du Proche-Orient».
Parsi estime qu'il ne faut pas fonder d'espoirs énormes sur Masoud Pezeshkian, qui ne se serait fait remarquer que par «des analyses incompréhensibles» lors des longs débats de la campagne électorale à la télévision d'Etat, auxquels les six candidats ont participé. Même si ce politicien, qui parle couramment le turc et le kurde en plus du persan, devait finalement être élu, il devrait se soumettre au tout-puissant guide de la Révolution Ali Khamenei.
Pour l'ayatollah, dont la santé était fragile, la mort du président Ebrahim Raïssi, le 19 mai, a été un choc terrible. Raïssi représentait la continuité dans l'esprit du régime, qui a été imposé avec une dureté et une brutalité intransigeantes. Il est considéré comme certain que les candidats conservateurs gouverneraient le pays comme Raïssi. Ils se distinguent les uns des autres tout au plus comme «la peste du choléra», dit la militante Simin, qui ne veut pas donner son nom complet par crainte de représailles.
La jeune femme souligne qu'il n'y a pas de «véritable favori» pour les élections présidentielles de vendredi prochain. Selon elle, seul l'ancien ministre de la Justice Mohammed Pourmohammadi, qui a participé à la fin des années 1980 avec Ebrahim Raïssi au «comité de la mort» qui a conduit des milliers de prisonniers politiques à la potence, n'a aucune chance parmi les cinq partisans de la ligne dure.
Les mains de l'actuel président du Parlement, Mohammed Bagher Ghalibaf, sont également tachées de sang. L'ancien pilote de chasse et chef de la police iranienne avait ordonné l'utilisation d'armes à feu lors des manifestations étudiantes de 1999 et 2003.
Son «leadership» a été souligné, début juin, dans un discours du guide de la Révolution Khamenei, ce qui a été interprété par les observateurs politiques de la capitale iranienne comme une «recommandation de vote». L'ancien négociateur nucléaire Saïd Jalili est, toutefois, également considéré comme un «protégé de l'ayatollah». Selon les premiers sondages de l'institut iranien Ispa, il arrive en tête avec plus de 26% des voix, bien qu'il soit dépourvu de tout charisme. Le «réformateur» Pezeshkian, pour lequel 20% de la population voudrait voter, arriverait en deuxième position, suivi de près par le président du Parlement Ghalibaf.
Les résultats officiels sont attendus au plus tard dimanche, mais des estimations devraient être publiées samedi. Si l'on en croit les commentateurs des grands quotidiens de Téhéran, aucun des six candidats n'obtiendra la majorité absolue nécessaire lors du premier tour. Le 5 juillet, il y aura donc probablement un second tour entre les deux candidats les mieux placés.
Traduit et adapté de l'allemand par Léa Krejci