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Le viol systématique est l'arme ultime des mollahs iraniens

Les mollahs iraniens utilisent une arme sordide pour réprimer la révolte

Amnesty International accuse l'Iran de violences sexuelles généralisées contre les opposants au régime. Un nouveau rapport détaille la nature et les motivations de l'appareil d'Etat.
10.12.2023, 07:0110.12.2023, 09:56
Thomas Seibert, Istanbul / ch media
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Les sbires du régime iranien combattraient le mouvement de protestation dans le pays encore plus sauvagement qu'on ne le pensait. Amnesty International vient de publier les témoignages de femmes, d'hommes et d'enfants violés par des Gardiens de la révolution, des policiers et des miliciens après avoir été arrêtés pour leur participation à des manifestations contre la République islamique.

Dans certains cas, dix agresseurs s'en sont pris à une seule victime. Le rapport suggère que les viols ont été systématiquement utilisés comme instrument de répression et montre à quel point les dirigeants de la République islamique craignent le mouvement de protestation: le régime est déterminé à défendre son pouvoir par tous les moyens.

Une révolte écrasée

La mort de Mahsa Amini, 22 ans, en septembre 2022, a déclenché des manifestations dans tout le pays contre le régime théocratique. La jeune femme avait été arrêtée par des policiers religieux parce qu'elle n'avait soi-disant pas noué correctement son foulard. Elle est morte en garde à vue.

Des millions d'Iraniens et d'Iraniennes sont descendus dans la rue sous le slogan «Femmes – Vie – Liberté» pour réclamer des réformes telles que l'abolition du port du voile. Plus de 500 personnes sont mortes dans des combats de rue, des dizaines de milliers ont été emprisonnées, huit ont été exécutées. Aujourd'hui, les protestations se font rares.

Le régime a pris ces soulèvements comme un signal d'alarme. Pour le commandant de la Garde révolutionnaire, Hossein Salami, la vague de manifestations a été «la plus forte, la plus dangereuse et la plus sérieuse» contre la République islamique depuis sa fondation en 1979.

Le guide de la révolution Ali Khamene et le président Ebrahim Raïsi ont fait réprimer la révolte parce qu'ils craignaient pour l'avenir de leur état de droit divin.

«Le régime s'accroche au pouvoir par tous les moyens»
La responsable d'Amnesty, Agnès Callamard lors de la présentation du nouveau rapport.

Les témoignages des victimes indiquent que la violence sexuelle était l'une des principales armes du régime pour museler les protestations. Dans son rapport, Amnesty s'appuie sur les témoignages de 45 victimes issues de plus de la moitié des 31 provinces iraniennes, dont 26 hommes, 12 femmes et 7 enfants; la plus jeune victime était une jeune fille de 14 ans. Les manifestants ont été abusés dans des bus de police, dans des postes de garde et même dans des écoles réquisitionnées comme centres de détention provisoires.

Agnès Callamard, la secrétaire générale de l'organisation mondiale des droits de l'homme.
Agnès Callamard, la secrétaire générale de l'organisation mondiale des droits de l'homme.Image : Christophe Ena/AP

Le silence radio de Téhéran

Une femme nommée Maryam a raconté à Amnesty qu'elle avait été violée par plusieurs Gardiens. Après cela, ses tortionnaires auraient raillé:

«Vous raffolez des pénis, maintenant on vous en donne. C'est ce que vous entendez par 'libération', non?»

Des manifestants arrêtés ont été violés à l'aide de matraques, de bouteilles en verre ou de tuyaux en caoutchouc, rapporte Amnesty. Certaines victimes auraient souffert de graves hémorragies anales. D'autres ont également été torturés à l'aide de coups, de décharges électriques ou de piqûres d'aiguilles dans les parties génitales.

Aucun des auteurs de ces violences n'aurait été amené à rendre des comptes. En outre, la justice a utilisé des aveux extorqués sous la torture pour condamner des manifestants à des peines de prison, voire à la peine de mort, a expliqué Agnès Callamard.

Amnesty dit avoir présenté son rapport au gouvernement iranien le 24 novembre, mais n'a pas reçu de réponse. Ces derniers mois, les dirigeants de la République islamique ont critiqué les manifestants en les qualifiant d'agents hostiles de l'étranger. Selon l'organisation, dans les rares cas où les victimes de viol ont porté plainte contre leurs agresseurs, elles ont été menacées d'enlèvement ou de meurtre.

Les médias avaient déjà rapporté des viols de contestataires en Iran au cours des derniers mois; une jeune fille notamment serait décédée d'une grave hémorragie. L'opposition iranienne a en outre accusé les autorités de protéger les auteurs de violences dans les rangs des forces d'intervention.

Le dernier rapport d'Amnesty est toutefois la première enquête à conclure à un recours systématique et national à la violence sexuelle contre les membres du mouvement de protestation. La directrice de l'ONG a appelé les autres pays à engager des procédures pénales contre les responsables présumés en Iran, afin d'obtenir des mandats d'arrêt internationaux.

Traduit et adapté par Valentine Zenker

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