Des colons violents défient l’Etat israélien
Dans la nuit de lundi à mardi, la famille palestinienne Tubasi devait rentrer chez elle. Des membres des forces de sécurité israéliennes l’ont accompagnée jusqu’à Djaloud, au sud de Naplouse, en Cisjordanie occupée. La Cour suprême a ordonné aux autorités de veiller à ce que la famille puisse à nouveau vivre en sécurité dans son logement.
Mais plus d’une centaine de colons israéliens violents ont bloqué les routes, incendié des pneus et jeté des pierres sur les forces de l’ordre. Trois soldats ont été blessés, deux bâtiments ainsi que la voiture de la famille ont été incendiés. Les Tubasi ont dû fuir une nouvelle fois. Les extrémistes ont empêché l’exécution d'une décision de la plus haute juridiction du pays.
Les évènements qui ont précédé montrent comment de jeunes colons parviennent à imposer leur pouvoir. Selon l’avocat de la famille, ils ont installé, en avril, une tente sur un terrain privé à proximité de la maison des Tubasi. Les menaces et les agressions se sont ensuite multipliées, jusqu’à ce que la famille quitte son domicile en juillet. Elle a voulu faire valoir ses droits devant la Cour suprême et a obtenu gain de cause. Mais cette victoire juridique ne lui a pas apporté la sécurité espérée.
Pour les Tubasi, il en va de leur droit à vivre dans leur maison, sans peur. Pour Israël, une question se pose: qui fait respecter la loi en Cisjordanie?
Un Etat capable de mener des opérations militaires complexes loin de ses frontières devrait également être en mesure de protéger une famille dans un village situé à quelque 35 kilomètres au nord de Jérusalem, après que sa plus haute juridiction a ordonné son retour.
Mais lorsque des colons bloquent des décisions de justice à coups de pierres et de cocktails incendiaires, ils se placent au-dessus de l’Etat. Les premiers à en souffrir sont les Palestiniens. Mais accessoirement, la justice et les forces de sécurité perdent leur autorité. Après trois années de guerre, l’armée doit, en outre, mobiliser contre ses propres citoyens des forces dont elle a besoin pour protéger les frontières.
Nouvelle vague de violence en Cisjordanie
L’Institut israélien d’études sur la sécurité nationale, l’INSS, met en garde contre une menace stratégique. Chaque acte de terrorisme commis par des colons mobilise des soldats et met en danger la stabilité de l’Autorité palestinienne. L’institut réclame un soutien politique aux enquêteurs ainsi qu’une action résolue contre les avant-postes illégaux.
La dernière attaque s’inscrit dans une nouvelle vague de violences en Cisjordanie occupée. Selon le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires, l’Ocha, plus de 1600 attaques de colons juifs contre des Palestiniens et leurs biens ont été recensées cette année. Les violences commises par les colons pourraient ainsi atteindre en 2026 leur niveau le plus élevé depuis 2006, année où elles ont commencé à être recensées.
Les réactions du gouvernement sont loin d’être à la hauteur de la gravité de la situation. Après les attaques, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a parlé d’un «petit nombre d’émeutiers». Devant l’ONU, il a minimisé les violences, les présentant comme les actes d’un «petit groupe» de contrevenants. Des voix issues de la droite ont condamné les faits, mais rares sont celles qui ont réclamé des conséquences politiques. Dans un premier temps, seuls trois assaillants ont été arrêtés.
Deux poids, deux mesures
Le gouvernement a retiré aux forces de l'ordre un instrument qu’elles pouvaient auparavant utiliser contre les colons violents. En 2024, le ministre de la Défense, Israel Katz, a interdit le recours à la détention administrative contre les colons violents. Cette mesure permet d’emprisonner une personne sans procès et continue d’être largement appliquée aux Palestiniens. Sa suppression sélective montre que la coalition de Netanyahou applique d’autres critères aux terroristes juifs qu’aux civils palestiniens.
Le spécialiste des religions Tomer Persico voit derrière les violences commises par les colons une idéologie qui glorifie la vengeance et rejette l’autorité de l’Etat démocratique. L’idéal de ces jeunes colons serait un ordre religieux fondé sur leur interprétation des royaumes juifs bibliques. Selon Tomer Persico, le terrorisme est même encouragé par l’Etat: le financement, l’équipement et l’absence de poursuites judiciaires permettraient l’expulsion violente de communautés palestiniennes.
Le journaliste israélien Itamar Eichner met en garde: la tolérance envers les colons violents menace le projet de colonisation. Les attaques accentuent l’isolement international d’Israël et placent ses alliés dans une position délicate. Les Pays-Bas viennent ainsi de décider d’interdire l’importation de produits issus des colonies, tandis que d’autres pays discutent de mesures similaires, notamment le Royaume-Uni.
Mais l’enjeu dépasse les sanctions. La personne qui remportera les élections législatives israéliennes, fin octobre, devra s’opposer à des colons prêts à recourir à la violence, dont le pouvoir n’a cessé de croître au fil des années – et faire respecter la primauté du droit face à eux.
Une décision de justice dont l’application peut être empêchée par des colons violents révèle en effet l’impuissance de l’Etat. Les Tubasi voulaient rentrer chez eux. Ils avaient la loi, la Cour suprême et les forces de sécurité de leur côté. Mais malgré tout, ce sont les incendiaires qui ont obtenu gain de cause. (adapt. tam)
