Ces manifestants ont déjà été jugés: voici leurs peines
Plusieurs personnes interpellées en amont de l'explosion des violences en marge des manifestations samedi, ont été écrouées au terme des premières comparutions immédiates lundi à Paris, Toulouse ou Bobigny.
D'autres audiences prévues ce mardi, concerneront des personnes mises en cause dans les faits les plus graves.
Une recherche sur ChatGPT qui incrimine
Manuel, un intérimaire de 21 ans installé à Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire), s'accroche à sa version: il était venu «sur un coup de tête» à Paris pour fêter son anniversaire avec son amie, en organisant notamment un barbecue.
Selon ce cuisinier au casier judiciaire vierge, voilà qui explique le contenu de son sac lorsqu'il a été contrôlé samedi peu avant midi à proximité du lieu de départ de la manifestation parisienne. Les CRS y ont découvert quelques bouteilles en verre, des chiffons, un briquet. Soit, selon le procureur, «la parfaite panoplie» pour un cocktail Molotov.
Deux vidéos retrouvées sur des téléphones mettent à mal la thèse de Manuel: il s'y essaie, sans grand succès, à jeter des bouteilles enflammées. Autre élément gênant, une recherche ChatGPT quelques jours plus tôt: «comment se protéger d'un cocktail Molotov.»
En tee-shirt noir, le prévenu, qui assure n'avoir jamais manifesté par le passé, insiste:
Le procureur demande huit mois de prison ferme sous bracelet électronique. Le tribunal l'envoie en prison: deux mois ferme avec incarcération immédiate, en plus de six mois avec sursis.
Jet de Molotov «forcé» par un autre individu?
Penaud dans le box à Toulouse, Ylane, 18 ans, tente d'expliquer son jet de cocktail Molotov en direction des policiers à la fin du cortège de la manifestation. «Je tiens vraiment à m'excuser auprès de toutes les forces de l'ordre, c'était vraiment pas mon intention», soutient le timide lycéen devant le président qui lui demande s'il a voulu «brûler des policiers».
Originaire de Brive-la-Gaillarde (Corrèze) et arrivé dans la Ville rose depuis un mois, le jeune majeur affirme avoir agi sous la menace d'un émeutier lui ordonnant de lancer la bouteille explosive. Il explique être venu manifester à cause de sa scolarité stoppée net par l'impossibilité de trouver une alternance. Pour violences aggravées, un an de prison avec sursis et 140 heures de travaux d'intérêt général.
A Paris, Hector, étudiant en musique de 21 ans, peine à expliquer le contenu de son sac lors de son contrôle avec quatre amis près de la place de la République: un casque de chantier, un masque, des gants coqués, une clé à molette, une fiole mélangeant soufre et ammoniac, des allumettes. Ce qui lui vaut d'être poursuivi pour participation avec arme à une manifestation.
A l'audience, l'étudiant au conservatoire, aux airs de bonne famille, qui participait à «la première manifestation de (sa) vie», est hésitant. La clé à molette? Pas de justification. Les fioles d'ammoniac?
Les gants coqués ? «Je suis trompettiste... sans mes doigts... je peux pas me permettre de risquer mes doigts. Vous voyez?» Les allumettes ? «Ça... je sais pas, y avait pas vraiment de raison.»
La procureure requiert six mois de prison sous bracelet électronique. Mais, constate le tribunal, au moment de son interpellation, il n'était pas en train de faire usage de l'arme: relaxe.
Trois jeunes en voiture
Au tribunal de Bobigny s'alignent trois jeunes hommes de 23 et 24 ans, interpellés en voiture à Bondy (Seine-Saint-Denis) dans la nuit de samedi à dimanche. Les policiers qui les contrôlent pour vitesse excessive découvrent un pistolet factice – «gagné dans une fête foraine», selon le conducteur -, trois mortiers d'artifice, des gants, deux cagoules, un briquet, deux bouteilles vides et, dans le coffre, un jerrycan, tout aussi vide.
Pour le procureur, «le kit de base parfait» de casseurs qui, «dans un contexte de violences urbaines», allaient «profiter d'un moment démocratique pour le détourner». Les trois prévenus habitent chez leurs parents; l'un est pâtissier dans un hôpital, un autre livreur de pizza, le troisième en CDI dans un fast-food.
«Si on avait voulu aller foutre la merde à Paris ou piller, on n'aurait pas attendu 01h00 du matin», plaide le pâtissier, qui explique qu'ils allaient «voir des copines» à Paris et qu'il n'est pas illégal d'avoir toujours dans son coffre un jerrycan vide en cas de panne, un briquet quand on fume, des gants quand on est motard... Pour eux, ce sera de 10 mois avec sursis à sept mois ferme sous bracelet.
Des conversations Instagram gênantes
Venus d'Auxerre samedi, Mathilde B., une étudiante alternante en BTS de 19 ans, et François D., un intérimaire de 20 ans qui entend devenir guide de montagne, sont contrôlés en fin de matinée à la Bastille à Paris. Dans le sac du jeune homme, un coup de poing américain et un couteau à cran d'arrêt. Le premier, c'était car il avait déjà été agressé en manifestation; le second, pour couper du jambon. Mais la présidente s'interroge:
Mais les discussions sur Instagram des deux Bourguignons inconnus de la justice, qui affirment n'avoir eu aucune intention violente, sont plus gênantes. Il y est question de «guérilla» ou de «tabasser des CRS».
Ce n'étaient que des mots, disent-ils, pâles et repentants. Lui était venu marquer son soutien aux lycéens; elle entendait dénoncer le salaire insuffisant des jeunes travailleurs. Leur avocate insiste sur leur insertion professionnelle et sociale. Cinq mois de prison avec sursis pour Mathilde B. Mais François D. est parti en prison: le tribunal a assorti d'un mandat de dépôt sa condamnation à huit mois de prison dont deux ferme.
Quatre autres hommes, dont un chargé de cours à l'Inalco et un étudiant en BTS de 19 ans au lycée Raspail, ont également été écroués, dans l'attente de leur procès, qui se tiendra d'ici quelques semaines.
