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Interpellation mardi 23 novembre d'un groupe d'ultradroite. En son sein, un colonel de gendarmerie.
Interpellation mardi 23 novembre d'un groupe d'ultradroite. En son sein, un colonel de gendarmerie.image: capture décran twitter

La France sur les dents face à la menace terroriste d'ultradroite

Au moins 6 projets d'attentats fomentés par l'ultradroite ont été déjoués en France depuis 2017. Mardi, 13 membres d'un groupe appelant à l'action violente ont été interpellés. Parmi eux, un colonel de gendarmerie.
23.11.2021, 19:2024.11.2021, 08:24

Les tout derniers faits

Mardi 23 novembre, treize membres d’un groupe appelé «Recolonisation France» ont été interpellés par l’Office central de lutte contre les crimes contre l'humanité. Parmi eux, un colonel de gendarmerie. Convaincu de l’imminence d’une guerre civile, ce groupe d’ultradroite, repéré par les renseignements en 2020, appelle ses membres à constituer des groupes armés.

Trois jours plus tôt, dans un petit village normand, les douanes françaises ont mis la main sur une cache de plus de 130 armes, rapporte le quotidien Le Monde: des fusils d’assaut AR-15 et AK-47, au moins deux pistolets-mitrailleurs, des armes de poing, deux fusils à pompe à canon et crosses sciés, 200 kilos de munitions diverses, des grenades, cinq cartouches de 20 mm pour mitrailleuses d’avion…

De la propagande néonazie a été retrouvée sur place. Deux hommes ont été arrêtés, dont un militaire de 25 ans appartenant au 35e régiment d’infanterie de Belfort. La sous-direction antiterroriste a été mobilisée afin de vérifier si l’arsenal découvert participe d’actes préparatoires à d’éventuels attentats. Les indices relevés mènent, là aussi, à la piste de l’ultradroite.

Six projets (au moins) déjoués

Depuis le début du quinquennat d’Emmanuel Macron en 2017, trente-six projets d’attentats ont été déjoués. Sur ce total communiqué, six étaient le fait de l’ultradroite. Sept peut-être, et même huit, si la prise du 20 novembre et l’interpellation de ce jour, devaient révéler des projets en cours liés à cette mouvance.

Entre 3000 et 3500

Pour l’instant, l’essentiel de la menace terroriste reste cantonné à l’islam radical. Soit environ 22 000 individus fichés S, dont 8000 sont suivis activement, selon des chiffres officiels de 2020. «En comparaison, l’ultradroite, ce sont 3000 à 3500 militants», explique Jean-Yves Camus, codirecteur de l’Observatoire des radicalités politiques. «Ce nombre, poursuit le spécialiste des mouvements extrémistes, est inférieur à ce qu’il est en Allemagne, où il s’élève à 13 500.» Il n’empêche, l’ultradroite française semble gagner du terrain et, surtout, inquiète.

Les cibles et le substrat de l’ultradroite

L’ultradroite désigne une nébuleuse de groupes et d’individus prêts à passer à l’action violente. Ce terme est à distinguer de celui d’extrême droite qui désigne des formations politiques s’inscrivant dans le jeu parlementaire. Exemple: le Rassemblement national de Marine Le Pen.

Les cibles visées par l’ultradroite sont les musulmans, les juifs ou encore le personnel politique, en premier lieu la tête de l’Etat. Le 14 juillet 2002, un extrémiste de cette mouvance, Maxime Brunerie, avait tenté d’assassiner le président Jacques Chirac.

«L’ultradroite française s’inscrit dans un contexte idéologique global. Ce contexte est celui des attentats d’Oslo et d'Utoya, en 2011, commis par Anders Breivick, et de Christchurch, en 2019, perpétrés par Brenton Tarrant. Près de 130 morts en tout.»
Jean-Yves Camus

Néonazisme, antiparlementarisme, antisémitisme, discours sur le grand remplacement, haine de l’islam et des migrants forment le combo de cette idéologie radicale et parfois meurtrière.

Dans les détails

Parmi les six projets d’attaques violentes déjoués en France en lien avec l’ultradroite, il y a celui de ces deux hommes interpellés le 16 novembre et qui cherchaient à commettre des attentats et assassinats, le tout adossé à une propagande antisémite et racialiste. Le but poursuivi était d’accélérer le déclenchement d’une guerre civile, d’où le terme d’«accélérationniste» donné à cette mouvance s’employant à créer par la terreur les conditions d’un affrontement généralisé.

Fascination pour Adolf Hitler

On trouve aussi le cas de ce jeune homme de 19 ans qui prévoyait d'attaquer une mosquée et un lycée en Seine-Maritime, en Normandie. «Chez lui, rapporte RTL sur son site, les enquêteurs ont retrouvé des carnets intitulés Mein Kampf, où il écrivait sa fascination pour Adolf Hitler. Des écussons nazis ont aussi été découverts au domicile d’un jeune Alsacien qui confectionnait des bombes artisanales conçues avec de l’uranium. Il a été mis en examen pour fabrication d’engins explosifs.»

Le 12 octobre, Logan Nisin, 25 ans, fondateur d’un groupe appelé OAS en référence à l’organisation terroriste pro-Algérie française qui sévit au début des années 60, était condamné à neuf ans de prison pour des projets d’attentats fomentés avec des complices et qui visaient des hommes politiques et des mosquées.

Coups d'Etat

Le 19, le «gourou complotiste» Rémy Daillet, fils d’un ancien député, était placé en garde à vue avec sa secrétaire. Tous deux soupçonnés d'avoir envisagé des «projets de coups d'Etat et d'autres actions violentes», dont un attentat contre une loge maçonnique de l'est de la France. Rémy Daillet est également soupçonné d'avoir aidé à organiser l'enlèvement de la petite Mia, cette enfant retrouvée en avril dernier à Sainte-Croix, en Suisse.

Profils

Pour Jean-Yves Camus, codirecteur de l'Observatoire des radicalités politiques:

«Il n’y a plus de profil-type de l’extrémiste de droite violent. Dans les années 80 et 90, ce dernier avait un look de skinhead et sa culture politique de référence était le nazisme. Aujourd’hui ce sont des hommes et des femmes, des jeunes et des retraités, d’anciens membres des forces de l’ordre ou encore en activité dans la police ou la gendarmerie, plutôt issus de la classe moyenne et donnant pour beaucoup dans la rhétorique du choc des civilisations. Il apparaît pour l'heure que les personnes interpellées en France, qu'elles aient agi seules ou en groupe, l'ont été à un stade relativement peu avancé de leur(s) projet(s) d'attentat(s).»

(Très) mauvaise ambiance

La campagne présidentielle charrie de nombreux thèmes identitaires à l’extrême droite, notamment chez Eric Zemmour, mais aussi à droite, comme l’ont montré les débats télévisés opposant les candidats à la primaire chez Les Républicains. «Cela dit, les discours identitaires des candidats peuvent aussi canaliser les colères et frustrations de cette partie de la France attirée par des positions extrêmes», estime Jean-Yves Camus. Les attentats islamistes – «c’était leur but», relève le spécialiste des radicalités – ont produit un repli identitaire chez une partie des Français, synonymes de grande crispation.

Manifestations contre l'extrême droite en France

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Manifestations contre l'extrême droite en France
source: sda / guillaume horcajuelo
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